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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2006120

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2006120

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2006120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL RACINE BORDEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2020 et 12 mars 2024, la société Eau Air Système, représentée par Me Hounieu, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 04000-2020-39 émis le 22 juillet 2020 par le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine pour un montant de 1 581,90 euros dans le cadre de l'exécution du lot n° 15 " chauffage - ventilation " du marché de réhabilitation et d'extension de la piscine olympique intercommunale de Saint-Germain-en-Laye ;

2°) de la décharger de la somme de 1 581,90 euros ;

3°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire attaqué est dépourvu de signature et le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine, en l'absence de communication du bordereau de titres de recettes signé, ne démontre pas que le titre de recette comporte bien la signature de l'ordonnateur, en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il est insuffisamment motivé, dès lors qu'il ne comporte pas d'indication sur le fondement et les bases de liquidation de la créance ;

- la créance alléguée par le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine ne repose sur aucun fondement légal ;

- cette créance n'est pas liquide et exigible, en ce que le titre exécutoire attaqué a été émis alors même que le décompte général du lot n° 15 du marché de travaux n'était pas devenu définitif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine, représenté par Me Aaron, conclut, à titre principal, au sursis à statuer jusqu'à l'intervention de la clôture d'instruction dans le cadre de l'instance n° 2400195, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la société Eau Air Système la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les instances n° 2006120 et n° 2401495 sont connexes et portent toutes deux sur la contestation par la société Eau Air Système de la procédure de règlement financier du marché ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bélot,

- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Aaron, pour le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine (SICGP), chargé de la construction et de la gestion de la piscine intercommunale située à Saint-Germain-en-Laye, a décidé, en 2009, de lancer une opération de réhabilitation. A cette fin, un marché de maîtrise d'œuvre a été conclu avec un groupement composé des sociétés TNA, mandataire solidaire du groupement conjoint, HDM Ingénierie, Soreib, Impact et Tecs Eurexo au mois d'août 2013 et un marché d'assistance à maîtrise d'ouvrage a été conclu avec la société Missions H20 au mois de septembre 2014. Un avant-projet définitif a été validé par le SICGP le 2 juillet 2015 pour un montant de 8 346 116 euros HT. Parallèlement, dans le cadre de l'opération de réhabilitation de la piscine intérieure existante, le SICGP a lancé un projet de création d'un bassin extérieur. A cette fin, ont été conclus un marché complémentaire de maîtrise d'œuvre, le 29 mai 2015, avec le groupement de maîtrise d'œuvre TNA et un marché complémentaire d'assistance à maîtrise d'ouvrage avec la société Missions H20. L'avant-projet définitif a été modifié afin de regrouper les deux projets en un seul marché de travaux prévoyant une phase A relative à l'extension de la piscine existante avec construction du bassin extérieur et une phase B relative à la réhabilitation des espaces intérieurs de la piscine. La mission d'ordonnancement, pilotage et coordination des travaux a été confiée à la société Deltexplan au mois de septembre 2016.

2. Le marché de travaux a été alloti en vingt-et-un lots. Le lot n° 15 " chauffage - ventilation " a été attribué à la société Eau Air Système et le marché signé le 9 août 2016 pour un montant initial de 1 295 000 euros HT, soit 1 554 000 euros TTC. Deux avenants conclus le 30 novembre 2017 et le 26 septembre 2018 ont porté le prix du marché à la somme de 1 323 895,58 euros HT, soit 1 588 674,70 euros TTC. L'ordre de service de démarrage des travaux a été signé le 21 septembre 2016 et prévoyait une exécution des travaux de vingt-quatre mois, soit huit mois pour la phase A, dix-neuf mois pour la phase B et une période de trois mois superposés, la date de fin de travaux ayant été ultérieurement reportée au 13 février 2019. Les travaux de la phase B ont fait l'objet d'une réception avec réserves et sous réserve par le maître de l'ouvrage le 4 juin 2019, la date d'achèvement retenue étant le 24 avril 2019. Les réserves ont été levées le 6 février 2020.

3. La société Eau Air Système a établi et transmis au maître d'ouvrage, par un courrier du 31 mai 2019, son projet de décompte final, également adressé au maître d'œuvre par un courrier du 20 juin 2019. La société requérante a adressé un nouveau projet de décompte final au maître d'œuvre et au maître d'ouvrage par des courriers du 20 septembre 2019.

4. Par bordereau de transmission du 28 octobre 2019, le président du SICGP a adressé à la société Eau Air Système le décompte général de son marché, établi par le maître d'œuvre le 10 octobre 2019 et signé par le maître d'ouvrage. Par un courrier du 28 novembre 2019, la société Eau Air Système a présenté un mémoire en réclamation contre ce décompte. Le 22 juillet 2020, le président du SICGP a émis à l'encontre de la société Eau Air Système un titre de recette pour un montant de 1 581,90 euros correspondant au coût de prestations, prévues au marché, supporté par le SICGP. La société Eau Air Système demande l'annulation de ce titre de recette et la décharge de la somme de 1 581,90 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire n° 39 émis le 22 juillet 2020 et de décharge :

5. D'une part, aux termes de l'article 13.3.1. du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire, établissant le montant total des sommes auquel le titulaire prétend du fait de l'exécution du marché dans son ensemble, son évaluation étant faite en tenant compte des prestations réellement exécutées. / Le projet de décompte final est établi à partir des prix initiaux du marché, comme les projets de décomptes mensuels, et comporte les mêmes parties que ceux-ci, à l'exception des approvisionnements et des avances. Ce projet est accompagné des éléments et pièces mentionnés à l'article 13.1.7 s'ils n'ont pas été précédemment fournis. / Le titulaire est lié par les indications figurant au projet de décompte final ". Aux termes de l'article 13.3.2. du même cahier : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. / Toutefois, s'il est fait application des dispositions de l'article 41.5, la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux visés à cet article est substituée à la date de notification de la décision de réception des travaux comme point de départ des délais ci-dessus. / S'il est fait application des dispositions de l'article 41.6, la date de notification de la décision de réception des travaux est la date retenue comme point de départ des délais ci-dessus ". Aux termes de l'article 41.5 de ce cahier : " S'il apparaît que certaines prestations prévues par les documents particuliers du marché et devant encore donner lieu à règlement n'ont pas été exécutées, le maître de l'ouvrage peut décider de prononcer la réception, sous réserve que le titulaire s'engage à exécuter ces prestations dans un délai qui n'excède pas trois mois. La constatation de l'exécution de ces prestations doit donner lieu à un procès-verbal dressé dans les mêmes conditions que le procès-verbal des opérations préalables à la réception prévu à l'article 41.2 ".

6. D'autre part, il résulte de la combinaison de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et des articles 23 et suivants du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique que l'émission d'un titre de recettes ayant force exécutoire est réservée au recouvrement des créances publiques liquides et exigibles. Or, l'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux publics est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde, arrêté lors du décompte définitif, détermine les droits et obligations définitifs des parties. Il s'ensuit qu'en matière de marchés publics, seul le solde débiteur dégagé du décompte, général ou de liquidation, devenu définitif permet de liquider la créance et d'en exiger le paiement par l'entreprise.

7. Aux termes de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux : " 50.1.1 Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / () / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / () / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de trente jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. / 50.2. Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas donné suite ou n'a pas donné une suite favorable à une demande du titulaire, le règlement définitif du différend relève des procédures fixées aux articles 50.3 à 50.6. / () / 50.3.2. Pour les réclamations auxquelles a donné lieu le décompte général du marché, le titulaire dispose d'un délai de six mois, à compter de la notification de la décision prise par le représentant du pouvoir adjudicateur en application de l'article 50.1.2, ou de la décision implicite de rejet conformément à l'article 50.1.3, pour porter ses réclamations devant le tribunal administratif compétent. / () ".

8. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 4, que, par bordereau de transmission du 28 octobre 2019, le président du SICGP a adressé à la société Eau Air Système le décompte général du marché. Toutefois, à cette date, les réserves dont étaient affectés les travaux réalisés par la société requérante n'avaient pas été levées. Dans ces conditions, aucun décompte général et définitif n'avait été valablement établi à la date à laquelle le titre exécutoire en litige a été émis, de sorte qu'à cette date, la créance dont ce titre tend au recouvrement n'était pas liquide et exigible.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de sursoir à statuer jusqu'à l'intervention de la clôture d'instruction dans le cadre de l'instance n° 2400195 ni d'examiner les autres moyens de la requête, que le titre exécutoire n° 04000-2020-39 émis le 22 juillet 2020 par le SICGP, d'un montant de 1 581,90 euros, à l'encontre de la société Eau Air Système doit être annulée et la société requérante déchargée de cette somme.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SICGP une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la société Eau Air Système et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire n° 04000-2020-39 émis le 22 juillet 2020 par le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine pour un montant de 1 581,90 euros est annulé.

Article 2 : La société Eau Air Système est déchargée de la somme de 1 581,90 euros.

Article 3 : Le syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine versera à la société Eau Air Système la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Eau Air Système et au syndicat intercommunal pour la construction et la gestion d'une piscine.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. Bélot, premier conseiller,

M. Perez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BélotLe président,

signé

R. Féral

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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