lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2104318 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2021 et 27 janvier 2023, Mme A B doit être entendue comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision, notifiée par un courrier du 24 mars 2021, par laquelle le directeur du groupe hospitalier Nord-Essonne a établi sa notation pour l'année 2020 ;
2°) d'enjoindre au groupe hospitalier Nord-Essonne d'augmenter sa note de trois points en tenant compte des évolutions annuelles et de l'harmonisation avec les autres notes des psychologues, de la doter de matériel informatique sécurisé et d'un accès internet dans son bureau, de financer une formation, de l'évaluer dans les délais légaux, de mettre fin à toutes les formes de discriminations contre sa personne ;
3°) de condamner le groupe hospitalier Nord-Essonne à lui verser la somme de 800 euros en réparation des préjudices non matériels qu'elle estime avoir subi, d'un réajustement de sa prime et des frais de conseil auprès d'un avocat.
Elle soutient que :
- ses notations manquent d'objectivité dès lors qu'elles ne s'appuient pas sur des éléments réels, sérieux et factuels ;
- sa notation pour l'année 2020 est entachée d'une erreur matérielle et lui a été transmise tardivement la privant d'un recours interne ;
- le directeur du centre hospitalier ne pouvait déléguer son pouvoir hiérarchique aux médecins-chefs ;
- elle a fait l'objet de discriminations et a subi un traitement différent des agents placés dans la même situation qu'elle, dès lors notamment qu'elle n'a pas bénéficié de la même augmentation de notation que les autres psychologues de 2,5 points et qu'elle est la seule psychologue à ne pas avoir été convoquée à un entretien professionnel au titre de l'année 2020 ;
- elle a subi, du fait de l'illégalité de ses évaluations et des discriminations dont elle a fait l'objet, des préjudices qu'elle évalue à 800 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mai 2022 et 12 février 2023, le groupe hospitalier Nord-Essonne, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de son évaluation professionnelle pour l'année 2020 sont irrecevables, dès lors que Mme B ne produit pas la décision attaquée ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables dès lors qu'elles ne relèvent pas du champ d'application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'affaire, qui relève du 2° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,
- et les observations de Me Maroudin-Viramalé, substituant Me Magnaval, représentant le groupe hospitalier Nord-Essonne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, psychologue de classe normale exerçant ses fonctions au sein du groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE) dans le service de pédopsychiatrie, demande l'annulation de sa notation pour l'année 2020, la condamnation de l'établissement à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis et à ce que soit enjoint au groupe hospitalier Nord-Essonne d'augmenter sa note de trois points, de la doter de matériel informatique, de financer une formation, de l'évaluer dans les délais légaux et de mettre fin à toutes les formes de discriminations contre sa personne.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les modalités de notification d'une décision administrative sont sans influence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant notation au titre de l'année 2020 a été notifiée tardivement est inopérant et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la décision portant notation au titre de l'année 2020 est entachée d'une erreur matérielle, elle n'apporte aucun élément probant au soutien de cette allégation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, si Mme B soutient que les décisions du directeur du centre hospitalier donnant délégation aux médecins-chefs sont entachées d'erreur de droit, ce moyen manque en fait dès lors que son évaluation a été signée par le directeur du centre hospitalier.
5. En quatrième lieu, si la requérante soutient que son évaluation n'a pas été précédée d'un entretien individuel, elle ne se prévaut d'aucun texte et, à la date de son évaluation, il n'existait aucune obligation légale de conduite d'un entretien professionnel préalablement à l'évaluation.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race ". Dans l'hypothèse où un agent soutient qu'une décision de son administration serait empreinte de discrimination, le juge de l'excès de pouvoir, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Mme B soutient que sa notation au titre de l'année 2020 révèle une discrimination à son égard en raison de son état de santé, de ses absences et de son télétravail. Toutefois, en se bornant à soutenir, plus particulièrement, qu'elle n'aurait pas bénéficié de la même augmentation de notation que les autres psychologues de 2,5 points et qu'elle serait la seule psychologue à ne pas avoir eu d'entretien professionnel préalablement à sa notation au titre de l'année 2020, ce qu'au demeurant elle n'établit pas par les pièces produites, l'intéressée n'apporte aucun élément de nature à faire présumer l'existence d'une telle discrimination à son égard ou que cette décision aurait méconnu les dispositions de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 précité. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de sa notation pour l'année 2020, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le groupe hospitalier Nord-Essonne.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie, si à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.
10. Il résulte de l'instruction que Mme B ne justifie pas avoir adressé au groupe hospitalier Nord-Essonne une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation des préjudices qu'elle invoque. Dès lors, le groupe hospitalier Nord-Essonne est fondé à soutenir que les conclusions indemnitaires de la requérante sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure " et aux termes de l'article L. 911-2 de ce code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ". En dehors des hypothèses, prévues par les dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative où les mesures sollicitées constituent des mesures d'exécution nécessairement impliquées par une de ses décisions, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration.
12. Par la présente requête Mme B demande au tribunal d'enjoindre au groupe hospitalier Nord-Essonne d'augmenter sa note de trois points en tenant compte des évolutions annuelles et de l'harmonisation avec les autres notes des psychologues afin d'atteindre la note de 24,5 points, de la doter de matériel informatique sécurisé et d'un accès internet dans son bureau, de financer une formation, de l'évaluer dans les délais légaux et de mettre fin à toutes les formes de discriminations contre sa personne. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de connaître de telles conclusions qui constituent des conclusions à fin d'injonction à titre principal, en méconnaissance des dispositions précitées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables et doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au groupe hospitalier Nord-Essonne.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dely, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
F. Gibelin
La présidente,
signé
I. Dely La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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