jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2202846 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DELARUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 avril 2022, 9 mars et le 15 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Delerue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 14 février 2022 du silence gardé par le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) sur sa demande du 11 décembre 2021 tendant au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 033,73 euros, à parfaire, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable, capitalisés à chaque terme échu ;
3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de lui verser la NBI au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît le 3° de l'annexe du décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 dès lors qu'elle intervient dans le ressort de territoires couverts par un contrat local de sécurité ;
- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle méconnaît le principe d'égalité entre les agents ;
- elle est fondée à recevoir une NBI de 20 points pour la période correspondant à son affectation à l'UEMO d'Argenteuil du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, et une NBI de 30 points à compter de son affectation à l'UEMO de Poissy le 1er janvier 2020, à et ainsi à percevoir une somme de 7 033,73 euros en application de l'arrêté du 4 décembre 2021 fixant par département les emplois éligibles à la NBI au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n°93-522 du 26 mars 1993 ;
- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique
- le rapport de M. Perez, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse. Elle a exercé ses fonctions du 1er septembre 2016 au 31 décembre 2019 au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) d'Argenteuil, puis à compter du 1er janvier 2020 au sein de l'UEMO de Poissy. Par un courrier du 11 décembre 2021, reçu le 14 décembre 2021 par l'administration, elle a sollicité l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) et a demandé à percevoir une somme correspondante à la NBI qui aurait dû lui être attribuée à compter du 1er janvier 2017. Du silence gardé par l'administration est intervenue le 14 janvier 2022 une décision implicite de rejet. Mme A en demande l'annulation ainsi que le versement des sommes dues depuis le 1er janvier 2017.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite refusant d'accorder le bénéfice de la NBI à compter du 14 décembre 2021 :
2. Aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituées à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. ". L'article 1er du décret du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la NBI dans la fonction publique de l'État énonce que : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit. ".
3. En outre, aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ". Figurent notamment en annexe à ce décret, dans sa version initiale, les " Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des zones urbaines sensibles ; / 2. En centre d'action éducative situé en zone urbaine sensible ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. " et, dans sa version issue du décret du 1er octobre 2015, les " Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. ". Il résulte des dispositions précitées que pour bénéficier de la NBI prévue par l'article 1er du décret du 14 novembre 2001, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant des fonctions de catégories A, B ou C de la PJJ et qui entendent se prévaloir du point 3 de l'annexe au décret précitée doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit par ailleurs leur lieu d'affectation.
4. De plus, aux termes du deuxième alinéa l'article L. 132-4 du code de la sécurité intérieure : " Dans les communes de plus de 10 000 habitants et dans les communes comprenant un quartier prioritaire de la politique de la ville, le maire ou son représentant désigné dans les conditions prévues à l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales préside un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance. () ". Aux termes de l'article D. 132-7 du même code : " Le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance constitue le cadre de concertation sur les priorités de la lutte contre l'insécurité et de la prévention de la délinquance dans la commune. / Il favorise l'échange d'informations entre les responsables des institutions et organismes publics et privés concernés et peut définir des objectifs communs pour la préservation de la sécurité et de la tranquillité publiques. / Il assure l'animation et le suivi du contrat local de sécurité lorsque le maire et le préfet de département, après consultation du procureur de la République et avis du conseil, ont estimé que l'intensité des problèmes de délinquance sur le territoire de la commune justifiait sa conclusion. / Il est consulté sur la définition, la mise en œuvre et l'évaluation des actions de prévention de la délinquance prévues dans le cadre de la contractualisation entre l'Etat et les collectivités territoriales en matière de politique de la ville définie à l'article 1er de la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine. / A défaut des dispositifs contractuels susmentionnés, le conseil local peut proposer des actions de prévention ponctuelles, dont il assure le suivi et l'évaluation. / () ". Il résulte de ces dispositions que la création par la commune d'un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance n'est pas subordonnée à la conclusion d'un contrat local de sécurité.
5. Si Mme A soutient qu'elle intervient, depuis qu'elle a été affectée le 1er janvier 2020 à l'UEMO de Poissy, dans le ressort territorial du contrat local de sécurité de Maisons-Laffitte, de Montesson, d'Achères, d'Andrésy, de Carrières-sous-Poissy, de Chanteloup-les-Vignes, de Poissy, de Triel-sur-Seine, de Verneuil-sur-Seine, de Vernouillet, de Carrières-sur-Seine, de Chatou, de Conflans-Sainte-Honorine, de Houilles, de Marly-le-Roi, du Pecq, de Saint-Germain-en-Laye, de Sartrouville et du Vésinet, elle n'établit par aucune pièce probante que ces communes seraient dotées d'un contrat local de sécurité. De plus, si Mme A soutient que la décision attaquée est constitutive d'une rupture d'égalité entre les agents, elle n'établit pas qu'elle se trouverait dans une situation identique à celle d'autres agents de la PJJ percevant la NBI, dès lors en particulier qu'elle n'établit pas exercer la majeure partie de ses activités dans le ressort d'un contrat local de sécurité dans le cadre de son affecttaion à Poissy. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le 3° de l'annexe du décret du 14 novembre 2001 ou méconnaîtrait le principe d'égalité de traitement entre agents publics doit être écarté. Par suite, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de lui accorder le bénéfice du versement de la NBI, et les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les conclusions tendant au versement d'une somme correspondant à la NBI pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 :
6. Mme A soutient qu'elle intervenait lorsqu'elle était affectée à l'UEMO d'Argenteuil, dans le ressort territorial du contrat local de sécurité d'Argenteuil, de Bezons, de Saint-Gratien, de Montigny-lès-Cormeilles, de Franconville, d'Ermont, de Sannois, de Taverny, d'Herblay et d'Eaubonne. Elle a produit au cours de l'instance le contrat local de sécurité valable pour la commune d'Argenteuil, que le maire a été autorisé à signer par une délibération du 3 juillet 1998. De plus, elle produit des délibérations de la commune d'Argenteuil des années 2019, 2020, 2021 et 2022 qui font état d'un contrat local de sécurité. En outre, elle produit une attestation de la responsable de l'UEMO d'Argenteuil, signée le 15 mars 2022, par laquelle celle-ci certifie que Mme A intervenait principalement, au cours de son affectation à l'UEMO d'Argenteuil entre le 1er septembre 2016 et le 31 décembre 2019, dans une liste de communes au nombre desquelles figurent Argenteuil et ses quartiers. Par suite, Mme A établit qu'elle intervenait dans le ressort d'un contrat local de sécurité lorsqu'elle était affectée à Argenteuil. Alors que l'administration n'a apporté aucune pièce ni argumentation de nature à remettre en cause la validité ou la portée de ces éléments, la requérante est fondée à soutenir que l'administration a commis une faute en ne lui versant pas la NBI sur la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. Par ailleurs, la requérante soutient, sans être contredite en défense, que le montant de NBI qu'elle aurait dû percevoir au titre de ces deux années s'élève à 3 260,67 euros. Elle peut donc prétendre au versement de cette somme, en réparation du préjudice financier résultant du non versement de la NBI pour la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019.
En ce qui concerne les conclusions tendant au versement d'une somme correspondant à la NBI pour la période à compter du 1er janvier 2020 :
7. Ainsi qu'il a été exposé au point 5 du présent jugement, il n'est pas établi que l'affectation de Mme A au sein de l'UEMO de Poissy ouvre droit au versement de la NBI. Par suite, il n'est pas établi que l'administration aurait commis une faute en ne versant pas à l'intéressée la NBI depuis le 1er janvier 2020. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice financier issu du non versement de la NBI depuis le 1er janvier 2020 doivent être rejetées.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu seulement de condamner l'Etat à verser à Mme A une somme de 3 260,67 euros, assortie des intérêts à taux légal à compter du 14 décembre 2021, date de réception de la demande indemnitaire par l'administration. Ces intérêts porteront eux-mêmes intérêts à compter du 14 décembre 2022, puis à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 3 260,67 euros, assortie des intérêts à taux légal à compter du 14 décembre 2021 et capitalisation de ces intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, au ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Perez, premier conseiller,
M. Bélot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
J-L Perez
Le président,
signé
O. MaunyLa greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026