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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203755

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203755

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2204707/12-1 du 12 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. A B.

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022 au tribunal administratif de Paris, et des mémoires, enregistrés les 14 juin et 14 août 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre ministériel de gestion d'Arcueil a rejeté sa demande tendant à faire valoir ses droits à la retraite au titre de travaux insalubres, à compter du 1er janvier 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui reconnaître le bénéfice d'un départ en retraite anticipée au titre des travaux insalubres à compter du 1er février 2022 ou de condamner l'Etat à lui verser une somme de 90 euros par mois en réparation du préjudice financier résultant des informations erronées communiquées par les services de retraite de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il réunit les conditions pour bénéficier d'une retraite anticipée au titre des travaux insalubres à compter du 1er janvier 2022, précisant qu'il justifie de façon probante de vingt-deux ans et sept mois d'activité en travaux insalubres au centre d'essais des propulseurs de Saclay alors que la législation exige dix-sept années, son activité professionnelle s'étant située à proximité des bancs d'essais générant des nuisances sonores bien supérieures à la normale et entrant dans le champ de la rubrique XIX de l'annexe au décret n° 67-711 du 18 oût 1967 ;

- elle est entachée d'une méconnaissance du principe d'égalité, dès lors que tous ses anciens collègues, ayant exercé les mêmes activités sous le même statut et dans les mêmes conditions de travail, ont bénéficié d'un départ en retraite anticipée au titre des travaux insalubres

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mai et 2 août 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 ;

- le décret n° 67-711 du 18 août 1967 ;

- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bélot,

- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ancien ouvrier de l'Etat du ministère des armées admis à la retraite au titre des carrières longues le 1er février 2022, a sollicité le 6 avril 2021 un départ à la retraite anticipé au titre des travaux insalubres à compter du 1er janvier 2022. Par une décision du 21 décembre 2021, la ministre des armées a rejeté cette demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " I.- () la liquidation de la pension peut, pour les ouvriers des établissements industriels de l'Etat ayant accompli des services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité ou dans des emplois classés en catégorie active, intervenir à compter d'un âge anticipé égal à l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale diminué de cinq années. Cette faculté est ouverte à la condition que l'intéressé puisse se prévaloir, au total, d'au moins dix-sept ans de services accomplis dans de tels emplois. Les catégories d'emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité sont déterminées dans les conditions fixées au II. / () II.- La liquidation de la pension au titre de l'accomplissement d'au moins dix-sept années de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité, prévue au deuxième alinéa du 1° du I est réservée aux intéressés ayant accompli des travaux ou ayant occupé des emplois dont la liste est fixée aux annexes du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. / Les intéressés doivent avoir accompli, pendant chacune des dix-sept périodes annales exigées : / 1° Soit trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres ; / 2° Soit deux cents jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués jusqu'au 31 décembre 2001 et de cent quatre-vingt jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués à compter du 1er janvier 2002 ". La liste des travaux comportant des risques particuliers d'insalubrité " hygiène et sécurité " au ministère des armées, annexée au décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, comporte un point XIX ainsi rédigé : " Travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons et vibrations à celle des rayonnements ultra-violets ou infrarouges dans les postes de travail fixés limitativement comme suit : / Bancs d'essais, moteurs et réacteurs, souffleries, laboratoires d'engins spéciaux, travaux au pistolet ou marteau pneumatique, soudure à l'arc, découpage au chalumeau oxyacétylénique ".

3. Il résulte de l'instruction que, pour chacune des années 1985 à 2004, un état annuel des services insalubres accomplis par M. B a été établi par son employeur. Il ressort de ces états, que l'administration est tenue d'établir en vue de la constitution des dossiers de pension de ses agents, qu'ils ont été établis au titre des essais de moteur ou de réacteur au banc d'essais, travaux prévus au point XIX de la liste des travaux comportant des risques particuliers d'insalubrité au ministère des armées et font état de plus de trois cents heures de travail dans cette catégorie de travaux insalubres, conformément aux dispositions du 1° du II de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004. M. B produit également une attestation du directeur de DGA/Essais propulseurs de Saclay, établie le 24 juin 2015, indiquant que M. B, employé au centre d'essais de propulseurs de Saclay en qualité de magasinier de 1983 à 1988 et d'agent de gestion des stocks et d'achats de 1989 à 2009, a exercé ses fonctions essentiellement à proximité du bâtiment central qui a concentré une majorité des moyens de simulation d'altitude, sources d'émission d'un niveau sonore très important, supérieur à 85 décibels. Cette attestation précise également que M. B était soumis à l'action intensive des sons et vibrations lors des essais en simulation d'altitude des moteurs d'avion et a bénéficié de la prime pour travaux insalubres se rapportant à la rubrique XIX. Cette attestation est corroborée par une seconde attestation du directeur de DGA/Essais propulseurs de Saclay, établie le 24 juin 2015. Contrairement à ce que fait valoir le ministre des armées en défense, la circonstance que M. B exerçait des fonctions de magasinier puis de gestionnaire de stock n'est pas exclusive de la qualification de travaux d'insalubres, dès lors que les dispositions citées au point 2 exigent seulement l'accomplissement de travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons dans le cadre notamment de bancs d'essais, quelle que soit la nature de ces travaux. La circonstance que certains des états de service ne comportent pas de date ou de signature n'est pas de nature à remettre en cause leur caractère probant. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande tendant à faire valoir ses droits à la retraite au titre de travaux insalubres, la ministre des armées a entaché sa décision du 21 décembre 2021 d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 21 décembre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de M. B tendant à faire valoir ses droits à la retraite au titre de travaux insalubres à compter du 1er janvier 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard aux motifs d'annulation de la décision en litige, le présent jugement implique nécessairement la régularisation de la situation administrative de M. B au regard de ses droits à un départ à la retraite anticipée au titre des travaux insalubres conformément aux motifs exposés au point 3 du présent jugement. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre des armées de procéder à cette régularisation dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 décembre 2021 de la ministre des armées est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de régulariser la situation administrative de M. B au regard de ses droits à un départ à la retraite anticipée au titre des travaux insalubres dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Bélot, premier conseiller,

M. Perez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BélotLe président,

signé

O. MaunyLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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