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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204017

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204017

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantAARPI BJMR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Janura, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle le directeur de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du groupement hospitalier de territoire des Yvelines Nord a prononcé son exclusion définitive ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'IFSI du groupement hospitalier de territoire des Yvelines Nord de la réintégrer en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant exclusion définitive est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et la sanction prononcée est disproportionnée dès lors qu'elle est prononcée en raison d'une unique erreur de dosage et que l'erreur a été commise en raison du défaut de supervision de l'infirmière référente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye, représenté par Me Joliff, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Joliff, représentant le centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été admise en 2018 à l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du groupement hospitalier de territoire des Yvelines Nord, rattaché au centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye, en vue de l'obtention du diplôme d'Etat d'infirmier. Alors qu'elle effectuait son stage de troisième année au sein du service d'hémodialyse, elle a été suspendue par une décision du directeur de l'IFSI du 15 octobre 2021 et convoquée par un courrier du 26 octobre 2021 devant la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, réunie le 10 novembre 2021. Par une décision du 10 novembre 2021, le directeur de l'IFSI a prononcé l'exclusion définitive de Mme B de la formation en soins infirmiers. Mme B demande l'annulation de cette décision d'exclusion définitive et sa réintégration afin qu'elle puisse achever sa formation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 susvisé : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge () " et aux termes de l'article 16 du même arrêté " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. () Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : () - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive. ".

3. En premier lieu, Mme B soutient que la décision d'exclusion définitive qui lui a été notifiée est insuffisamment motivée faute de préciser les faits qui lui sont reprochés et d'indiquer les motifs de la sanction d'exclusion définitive. Toutefois, la décision contestée a été prise par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, dans le cadre des compétences qui lui sont dévolues en matière pédagogique sur le fondement des dispositions des articles 15 et 16 de l'arrêté du 21 avril 2007, au motif que l'intéressée a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes soignées. Cette décision n'est pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et aucune des dispositions de l'arrêté du 21 avril 2007 ne prévoit qu'elle doive être motivée. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport du 15 octobre 2021 adressé par la direction de l'IFSI à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles, que Mme B a rencontré des difficultés persistantes tout au long de sa formation, sur le plan de l'acquisition et de la mise en pratique des connaissances et compétences professionnelles. De plus, au cours de sa formation, de nombreux stages n'ont pas été validés et des contrats pédagogiques ont été mis en place. Son stage du cinquième semestre, au titre de la deuxième session, effectué au service d'hémodialyse du centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye, a été interrompu dès le 15 octobre 2021, quatre jours après le début de son stage, à la demande de la cadre de santé qui a relevé des erreurs susceptibles d'affecter la sécurité des soins et des patients. En particulier, il ressort du rapport du 15 octobre 2021 que Mme B n'utilise pas le bon repère sur le piston impliquant une administration incomplète des traitements, qu'elle éprouve des difficultés notamment dans le calcul des dosages et qu'elle a commis une erreur dans l'administration d'une injection à un patient en injectant cinq fois la dose prescrite. Plusieurs des appréciations portées à son égard étaient déjà présentes dans les précédents bilans de stage synthétisés dans le rapport de saisine de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Ses insuffisances de connaissances théoriques, ses difficultés dans l'exécution des soins et son absence de prise en compte des remarques adressées par ses formateurs ont été régulièrement relevées dès les stages effectués au cours de sa première année de formation. Si Mme B invoque un défaut de supervision par l'infirmière référente, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et n'établit pas que les tâches qui lui étaient confiées n'étaient pas du niveau de celles pouvant être prises en charge par une élève infirmière en troisième année de formation. Dès lors, eu égard à la persistance de ces difficultés alors que l'intéressée est en fin de formation et que des observations lui avait déjà été faites sur ses insuffisances professionnelles et sur la nécessité de prendre en compte les remarques qui lui ont été adressées lors de ses stages précédents, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le directeur de l'IFSI a pu estimer que Mme B avait accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge et qu'il a pu décider son exclusion définitive. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, la décision du 10 novembre 2021 portant exclusion définitive de l'IFSI ne constituant pas une sanction, Mme B ne peut utilement soutenir qu'elle serait disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 novembre 2021 par laquelle le directeur de l'IFSI du groupement hospitalier de territoire des Yvelines Nord l'a exclue définitivement de cette formation. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Janura et au centre hospitalier intercommunal de Poissy Saint-Germain-en-Laye.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dely, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

F. Gibelin

La présidente,

signé

I. Dely La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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