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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204070

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204070

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Maitre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 23 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête de M. B A enregistrée le 25 mars 2022.

Par cette requête enregistrée au tribunal administratif de Versailles le 24 mai 2022 et un mémoire enregistré le 15 mars 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 24 janvier 2022 du ministre des armées prise suite à son recours devant la commission de recours des militaires à l'encontre de sa notion annuelle 2021.

Il soutient que :

- il conteste les mentions selon lesquelles il serait " trop ferme dans son comportement ", devrait " mieux prendre en compte le facteur humain et déléguer davantage pour fédérer " et devrait "s'attacher à s'adapter davantage à son environnement et faire preuve de plus de flexibilité "; son chef de corps ne lui a jamais adressé de remarques sur un tel comportement et ne lui a jamais communiqué les comptes rendus auxquels il semble faire référence ; ces notations précédentes louent ses qualités de commandement ;

- la baisse d'appréciation globale de ses services n'est pas justifiée ;

- il conteste l'appréciation " je préfèrerais ne pas l'avoir sous mes ordres si cet officier m'était à nouveau proposé " qui n'est pas motivée et est en contradiction avec l'appréciation globale des services évaluée comme très bonne ; le premier notateur n'a pris son commandement qu'en juillet 2020 ;

- s'agissant de l'évaluation des compétences liées au commandement/management, il conteste le position de l'item " décider " à la valeur 4 et des items " superviser " et " animer " à la valeur 3 qui constituent des baisses par rapport aux années précédentes et ne sont pas justifiées alors qu'il n'a jamais reçu d'avertissement sur son style de commandement ni de préconisations à ce sujet ; les risques psychosociaux invoqués au sein de la musique des parachutistes n'ont jamais été établis ni identifiés ;

- il conteste l'appréciation " à confirmer " s'agissant de son " aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé " alors que ce critère était évalué avec la mention " oui, sans délai " depuis 2003 et que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas justifiés ;

- s'agissant du bilan, il conteste la mention "il doit porter ses efforts sur l'amélioration de son commandement afin de fédérer ses subordonnés. Cet effort lui permettra d'exercer pleinement ses responsabilités de chef " qui n'est justifié par aucun fait survenu en 2021 ;

- s'agissant de la validation par le dernier notateur, il conteste le positionnement de la qualité des services rendus en " très bon " qui constitue une baisse par rapport aux années précédentes ainsi que l'appréciation portée ;

- il conteste l'attribution d'un indice relatif interarmées (IRIs) de niveau 4 alors que le niveau 5 lui était attribué sans interruption depuis 2013 ;

- cette notation a été réalisée dans le seul but de déclencher un déplacement d'office afin de repositionner un autre militaire sur son poste ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 5 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la code de la défense ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Maitre, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, chef de musique principal, entré en service au sein de l'armée de terre le 1er août 1984, a assuré le commandement de la musique des parachutistes de 2018 jusqu'au 1er août 2021. Par courrier enregistré le 2 septembre 2021, il a formé un recours devant la commission de recours des militaires, à l'encontre de sa notation d'officier, au titre de la période du 1er juin 2020 au 31 mai 2021. Par une décision du 24 janvier 2022, le ministre des armées a rejeté son recours. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 4135-1 du code de la défense : " Les militaires sont notés au moins une fois par an. La notation est traduite par des notes et des appréciations qui sont obligatoirement communiquées chaque année aux militaires. A l'occasion de la notation, le chef fait connaître à chacun de ses subordonnés directs son appréciation sur sa manière de servir. () " Aux termes de l'article R. 4135-1 du même code : " La notation est une évaluation par l'autorité hiérarchique des qualités morales, intellectuelles et professionnelles du militaire, de son aptitude physique, de sa manière de servir pendant une période déterminée et de son aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé. " L'article R. 4135-2 du même code dispose que " La notation est traduite :1° Par des appréciations générales, qui doivent notamment comporter les appréciations littérales données par l'une au moins des autorités chargées de la notation ; 2° Par des niveaux de valeur ou par des notes chiffrées respectivement déterminés selon une échelle ou selon une cotation définie, dans chaque force armée ou formation rattachée, en fonction des corps qui la composent. "

3. M. A fait essentiellement grief à la décision attaquée de ne pas évaluer correctement ses capacités de commandement et de management, en relevant qu'il serait " trop ferme dans son comportement ", devrait " mieux prendre en compte le facteur humain et déléguer davantage pour fédérer " et devrait " s'attacher à s'adapter davantage à son environnement et faire preuve de plus de flexibilité ", en ayant diminué les niveaux de notation des critères " décider ", " superviser " et " animer " par rapport aux évaluations précédentes ainsi que le niveau d'appréciation globale des services rendus, en ayant indiqué à titre de bilan qu'" il doit porter ses efforts sur l'amélioration de son commandement afin de fédérer ses subordonnés. Cet effort lui permettra d'exercer pleinement ses responsabilités de chef " et en ayant indiqué que son " aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé " restait " à confirmer " s'agissant des compétences commandement/management.

4. En premier lieu, eu égard au caractère annuel de la notation et à son objet, qui est de permettre à l'autorité hiérarchique d'apprécier les qualités et les aptitudes d'un agent sur une période déterminée, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des notations et remarques favorables obtenues antérieurement, ni d'un droit au maintien des niveaux d'appréciation des différents critères évalués.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment d'un rapport du commandant des musiques de l'armée de terre du 25 janvier 2021, dont les termes ne sont pas contestés par le requérant, que dès 2018, année de la prise de fonction de M. A comme commandant de la musique des parachutistes, une mission d'évaluation des risques psychosociaux au sein de cette formation a conclu à l'existence " d'un style de commandement manquant d'humanité, d'un manque d'explication, de maladresses parfois vexatoires et d'une façon inadéquate de parler au personnel ". M. A a fait l'objet, à l'époque, d'un entretien pré-disciplinaire et s'est vu confier une lettre de mission contenant plusieurs consignes en matière de commandement, afin " d'établir une relation de confiance au sein de la musique pour s'assurer de la cohésion de l'unité et de l'adhésion de l'orchestre ". Dans son rapport, le commandant des musiques indique que peu de temps après sa prise de commandement, en juillet 2020, il a reçu une alerte du référent RPS de la musique des parachutistes accompagnée de plusieurs comptes rendus de musiciens, justifiant le déclenchement d'une nouvelle mission d'inspection puis d'une enquête de commandement, laquelle a mis en évidence que le requérant a " directement contribué à une situation de souffrance au travail, a tenu des propos inappropriés à de multiples occasions envers ses personnels, et n'a pas tenu compte des ordres reçus ". Il est constant que M. A a, en conséquence, fait l'objet en janvier 2021, d'une sanction de 7 jours d'arrêt et a par la suite été déplacé d'office dans l'intérêt du service. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que les éléments relevés au point 3 du présent jugement ne seraient pas justifiés par des faits survenus lors de la période de notation, courant du 1er juin 2020 au 31 mai 2021, et qu'aucune remarque préalable sur son comportement ne lui aurait été adressée.

6. En troisième lieu, le compte rendu de notation en litige comporte de nombreuses mentions particulièrement positives sur la valeur professionnelle du requérant, en faisant notamment état de sa " grande disponibilité ", de son " investissement sans faille ", de son " excellente culture musicale " ou encore en évaluant à la note maximale de 5, les critères " analyse et prospective ", " partage et conviction " et " réalisation et performance " tandis que la qualité des services rendus par M. A est évalué au niveau " très bon ". Par suite, au regard des éléments de fait rappelés au point 5, les diverses mentions contestées par le requérant n'apparaissent pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'existerait une incohérence manifeste entre les appréciations littérales portées sur la manière de servir de l'intéressé, sa notation et l'appréciation portée sur sa capacité à exercer " dans l'immédiat " un emploi supérieur, évaluée comme étant " à confirmer " sur le critère " commandement/management " ni qu'en répondant " je préférerais ne pas l'avoir " à la question " si cet officier m'était à nouveau proposé pour servir sous mes ordres ", le notateur direct aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, si M. A soutient que cette notation aurait été réalisée dans le seul but de déclencher un déplacement d'office afin de repositionner un autre militaire sur son poste, il n'apporte aucun commencement de preuve de nature à étayer le détournement de pouvoir qu'il invoque.

8. En dernier lieu, M. A ne peut utilement contester, à l'appui du recours contre sa notation, le niveau d'indice relatif interarmées attribué en 2021, cette attribution n'ayant que le caractère d'une mesure préparatoire à la procédure d'élaboration des décisions relatives à la sélection et à l'avancement des officiers.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

B. Maitre

Le greffier,

signé

I de Dutto

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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