lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2204969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | NETRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2022 et 15 février 2024, la société par actions simplifiée New Concept, représentée par sa présidente, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande d'habilitation à télétransmettre dans le système d'immatriculation des voitures ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui donner accès au système d'immatriculation des véhicules dans un délai d'un mois, assorti d'une astreinte.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'illégalité sur le fondement de l'article R. 322-1 du code de la route et de la convention type qui définit les obligations du professionnel habilité dès lors qu'elle répond, du fait de l'activité d'achat et de vente de véhicules dont elle a justifié, à la définition d'un professionnel de l'automobile, lequel ne peut être réduit à une notion plus restrictive de professionnel du commerce de l'automobile ;
- le préfet a exigé une condition non prévue par les textes réglementaires en exigeant qu'elle dispose d'un espace privé pour stocker ses véhicules et d'un panonceau extérieur justifiant de la localisation de ses bureaux ; la circonstance qu'elle ne dispose d'aucun local ne remet pas en cause la réalité de son activité de professionnel de l'automobile dès lors que ses ventes se font essentiellement et uniquement par le biais d'internet ;
- la décision attaquée lui a causé un préjudice financier car elle est contrainte, pour réaliser ses déclarations d'achat, de faire appel à d'autres professionnels de l'automobile qui lui facturent cette prestation, ce qui ralentit le développement de son commerce, notamment sur le marché des véhicules électriques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules ;
- l'arrêté du 10 février 2009 portant création d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " système d'immatriculation des véhicules " ayant pour objet la gestion des pièces administratives du droit de circuler des véhicules ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée New Concept, créée le 21 juin 2018, a pour activité la transaction de pièces détachées et accessoires automobiles neufs ou d'occasion ainsi que le négoce de véhicules neufs ou d'occasion. Le 17 février 2022, la société New Concept a présenté, sur le site internet démarches simplifiées, une demande d'habilitation à télétransmettre dans le système d'immatriculation des véhicules. Par une décision du 26 avril 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande. La société New Concept demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur () et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. () / Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. () ". Aux termes de l'article R. 322-4 du même code : " I. - En cas de changement de propriétaire d'un véhicule soumis à immatriculation et déjà immatriculé, l'ancien propriétaire doit effectuer, dans les quinze jours suivant la cession, une déclaration au ministre de l'intérieur l'informant de cette cession et indiquant l'identité et le domicile déclarés par le nouveau propriétaire. (). II. - L'ancien propriétaire effectue la déclaration mentionnée au I soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. () ". Aux termes de l'article R. 322-5 du même code : " I. - Le nouveau propriétaire d'un véhicule déjà immatriculé doit, s'il veut le maintenir en circulation, faire établir, dans un délai d'un mois à compter de la date de la cession, un certificat d'immatriculation à son nom dans les conditions prévues à l'article R. 322-1. / Cette demande est adressée au ministre de l'intérieur soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ". L'habilitation individuelle, délivrée par le ministre de l'intérieur, prend la forme d'une convention-type signée par le préfet qui autorise le professionnel de l'automobile, en vertu de l'article 1er de cette convention d'habilitation individuelle " Professionnel de l'automobile " type, à " recueillir l'ensemble des données nécessaires aux opérations d'immatriculation d'un véhicule et de les transmettre dans le système d'immatriculation des véhicules "SIV" ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 10 février 2009 portant création d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " système d'immatriculation des véhicules " ayant pour objet la gestion des pièces administratives du droit de circuler des véhicules : " Il est créé par le ministère de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " système d'immatriculation des véhicules " (SIV). Ce traitement a pour finalité la gestion des pièces administratives du droit de circuler des véhicules sur les voies ouvertes à la circulation publique ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Sont destinataires de tout ou partie des données du présent traitement, dans la limite de leurs attributions et conformément aux dispositions législatives ou réglementaires et à celles relevant de conventions d'habilitations : () les professionnels du commerce de l'automobile ; () ". Aux termes de l'article 18-1 de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " Une personne physique, professionnelle de l'automobile, ne peut être habilitée à exercer l'activité d'intermédiaire pour le compte du ministre de l'intérieur et de l'usager, prévue aux articles R. 322-1, R. 322-4 et R. 322-5 du code de la route et au présent arrêté, si elle fait l'objet d'une condamnation inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. ". Aux termes de l'article 18-2 du même arrêté : " Une personne morale, professionnelle de l'automobile, ne peut être habilitée à exercer l'activité d'intermédiaire pour le compte du ministre de l'intérieur et de l'usager, prévue aux articles R. 322-1, R. 322-4 et R. 322-5 du code de la route et au présent arrêté, que si elle réunit les conditions suivantes : 1° Ses dirigeants remplissent les conditions prévues à l'article 18-1 ; 2° Chaque personne physique qui exerce l'activité d'intermédiation, satisfait aux conditions prévues à l'article 18-1. ".
4. En l'espèce, pour refuser de délivrer à la société New Concept, une habilitation à télétransmettre dans le système d'immatriculation des véhicules en tant que professionnel de l'automobile, le préfet de l'Essonne a principalement opposé à la société requérante la production d'un bail commercial mentionnant un bureau d'une surface de 10 mètres carrés sans aucun espace de stockage pour les véhicules, l'absence de mention dans ce bail de places de stationnement extérieures, les places de stationnement prévues étant sur la voie publique et non dans un espace privé, l'absence d'élément extérieur (devanture, enseigne) attestant de l'existence de son activité de négoce d'automobile à l'adresse déclarée, une incapacité à télétransmettre, le coffre-fort " digiposte " dont elle justifie de l'achat ne répondant pas aux exigences de sécurité du coffre-fort numérique certifié NF Z42 020, un livre de police ne comportant aucune page de garde, et enfin le non-respect du délai réglementaire d'enregistrement de déclarations qui doit être inférieur ou égal à quinze jours révélé par le contrôle des transactions mentionnées dans le livre de police.
5. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées aux points 2 et 3 que seuls les " professionnels de l'automobile " peuvent être habilités par le ministère de l'intérieur à demander des certificats d'immatriculation de véhicules par le système d'immatriculation des véhicules et à ainsi transmettre à ce système les données nécessaires aux opérations d'immatriculation des véhicules. Selon l'annexe 1 intitulée " glossaire " de la convention type d'habilitation individuelle des professionnels de l'automobile, un professionnel de l'automobile est défini, dans le cadre du système d'immatriculation des véhicules, comme " toute entité juridique exerçant une activité relevant du domaine de l'automobile (notamment construction, négoce, réparation, financement, location, destruction) ". Cette définition comprend, plus particulièrement, les " professionnels du commerce de l'automobile " entendu comme " entité juridique ayant une activité d'achat et vente de véhicules neufs ou d'occasion à titre principal ou accessoire ". Ainsi, si la société New Concept soutient à bon droit que la notion de professionnel de l'automobile ne saurait être confondue avec celle, plus restrictive, de professionnel du commerce de l'automobile, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée, rappelés au point 4, que le préfet de l'Essonne se serait fondé sur un tel motif pour rejeter sa demande. En revanche, en se fondant sur le faisceau d'indices relevés par la décision attaquée qui révèlent le manque de diligences de la société New Concept dans son activité de négoce de véhicules ainsi qu'une insuffisante fiabilité dans sa capacité à télétransmettre et à conserver les données de ce système d'information sensible, le préfet de l'Essonne a pu légalement considérer que l'activité de la société requérante ne présentait pas les garanties de stabilité commerciale et de sérieux professionnel requises pour la regarder comme un professionnel de l'automobile susceptible d'être habilité à télétransmettre dans le système d'immatriculation des véhicules au sens des articles R. 322-1, R. 322-4 et R. 322-5 du code de la route précités. Par suite, la société New Concept n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de l'Essonne du 26 avril 2022 serait entachée d'erreur de droit et ou qu'elle procèderait d'une inexacte application des articles R. 322-1, R. 322-4 et R. 322-5 du code de la route et de la convention type d'habilitation individuelle en ce qui concerne sa qualification de professionnel de l'automobile.
6. En second lieu, la circonstance selon laquelle la décision attaquée serait à l'origine d'un préjudice financier, au demeurant non établi, est sans incidence sur sa légalité. Ce moyen ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société New Concept n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de l'Essonne du 26 avril 2022. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de cette même requête.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société New Concept est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée New Concept et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Corthier
La présidente,
signé
J. Lellouch
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204949
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