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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205328

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205328

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 juillet 2022, le 11 février 2023, le 1er décembre 2023 et le 26 janvier 2023, Madame B C, représentée par Me Bintou Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite du 8 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son enfant A D ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de délivrer un visa de long séjour à l'enfant Ny D, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du trentième jour suivant le prononcé du jugement ;

3°) dans tous les cas, d'enjoindre au préfet de l'Essonne d'instruire et de réexaminer la demande de regroupement familial qu'elle a déposé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet de l'Essonne suite à sa demande de regroupement familial enregistrée par l'OFII le 8 novembre 2021 ;

- cette décision n'est pas motivée, alors qu'elle avait demandé la communication de ses motifs dans le délai de recours contentieux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 434-1 à L. 434-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où elle remplit toutes les conditions énoncées par ces dispositions ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 20 novembre 1989 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est privée d'objet, la demande de regroupement familiale étant toujours en cours d'instruction et aucune décision faisant grief à la requérante n'ayant été prise.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, dans l'hypothèse où il serait fait droit aux conclusions à fin d'annulation de la requête, de prononcer d'office l'injonction de délivrer à Mme C l'autorisation de regroupement familial qu'elle a sollicité.

Des observations en réponse à cette notification ont été produites pour Mme C le 12 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lutz, premier conseiller, a été entendu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B C, ressortissante malgache née le 23 mars 1986, est mère d'un enfant né à Madagascar le 18 mai 2010. Elle a épousé le 27 octobre 2018 à Madagascar un ressortissant français, puis est entrée en France le 26 avril 2019 munie d'un visa de long séjour et y réside depuis régulièrement. Elle a présenté le 18 novembre 2020 une demande de regroupement familial au bénéfice de son fils, qui a été enregistrée à l'office français de l'immigration et de l'intégration le 8 novembre 2021. Le préfet de l'Essonne n'ayant pas répondu dans les six mois de sa demande, Mme C demande par sa requête l'annulation de la décision implicite de rejet née de ce silence.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Essonne :

2. Aux termes de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de regroupement familial présentée par Mme C a été enregistrée à l'office français de l'immigration et de l'intégration le 8 novembre 2021. Le délai de six mois résultant de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est donc expiré le 8 mai 2021, date à laquelle est née, en application de ces mêmes dispositions, une décision implicite de rejet de sa demande. Par suite, le préfet n'est pas fondé à soutenir qu'il n'existe aucune décision faisant grief ni que la requête est dépourvue d'objet. La fin de non-recevoir qu'il a opposée doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4 () ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code : " Le regroupement familial peut () être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande / () 2° lorsque l'autre parent est décédé () " . Aux termes de son article L. 434-7 : " L'étranger qui en fait la demande est autorisée à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Il résulte en outre des dispositions des articles R. 434-4 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les ressources du demandeur et de son conjoint doivent être au moins égale à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance sur une période de douze mois pour une famille de trois personnes, et que leur logement, situé en zone A, doit présenter une superficie habitable totale au moins égale à 32 m². Enfin, il résulte des termes de l'article R. 434-1 du même code que l'étranger sollicitant le bénéfice du regroupement familial doit justifier être en possession d'un titre de séjour de longue durée.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de Mme C, est né le 18 mai 2010 et que son père est décédé le 13 octobre 2011. Sa situation satisfait donc aux conditions de l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme C, quant à elle, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 16 octobre 2020 et renouvelée le 20 octobre 2022, et satisfait donc aux conditions de l'article R. 434-1 du même code. Il ressort en outre des pièces du dossier que le couple est propriétaire d'un logement de 113,91 m² et perçoit des revenus stables et très supérieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance. En outre, il ne résulte d'aucune pièce du dossier, et en particulier pas du mémoire du préfet de l'Essonne, que la demande de regroupement familial se heurterait à un obstacle tiré de l'ordre public ou du défaut de conformité de la requérante aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France. Par suite, les conditions énoncées à l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent également être regardées comme satisfaites.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Essonne a fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant implicitement la demande de regroupement familial présentée par Mme C. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, elle est fondée à demander l'annulation de cette décision de rejet.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le fils de Mme C soit admis au séjour au titre du regroupement familial sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de prendre une décision en ce sens dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La décision du 8 mai 2021 par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement refusé la demande de regroupement familial présentée par Mme C au profit de son fils mineur né le 18 mai 2010 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne d'admettre au séjour le fils de Mme C, M. A D, au titre du regroupement familial, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le président,

Signé

O. Mauny

Le rapporteur,

Signé

F. Lutz

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205328

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