jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Saidi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne d'enregistrer sa demande de titre de séjour, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est signée par un auteur incompétent ;
- elle est entachée d'une erreur de droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juin 2024.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Perez a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 1er janvier 1957, est entré en France selon ses déclarations le 1er janvier 2002. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, non exécutée, le 7 septembre 2018. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour de trois ans, non exécutées, le 17 juin 2021. Le 5 juillet 2022, il s'est présenté en préfecture pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour et s'est vu délivrer une décision de refus d'enregistrement de sa demande, décision dont il demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux. En revanche, le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour, lorsqu'il est motivé par une appréciation portée sur le droit de l'étranger à obtenir un titre de séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier, constitue un refus de titre de séjour que l'étranger concerné est recevable à attaquer en excès de pouvoir.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande de titre de séjour le 5 juillet 2022 au guichet de la préfecture de l'Essonne. Le même jour, le chef du bureau du séjour des étrangers lui a remis une décision de refus d'enregistrement de sa demande. Pour opposer un tel refus, l'auteur de la décision attaquée se borne à indiquer que le requérant avait fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour un délai de trois ans, le 17 juin 2021, sans rechercher ni alléguer que sa demande de titre de séjour était dilatoire ni encore opposer que M. A ne se prévalait d'aucun élément nouveau justifiant le dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour, ni enfin que son dossier serait incomplet. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision du 5 juillet 2022 refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a classé sans suite sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Par les motifs qui le fondent, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de l'Essonne d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A et de lui délivrer un récépissé, sous réserve de dépôt d'un dossier complet, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de l'Essonne du 5 juillet 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A et de lui délivrer un récépissé, sous réserve du dépôt d'un dossier complet par M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera communiqué à M. B A, et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Perez, premier conseiller,
M. Bélot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024,
Le rapporteur,
signé
J-L. PEREZ
Le président,
signé
O. MAUNYLa greffière,
signé
A. ESTEVES
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205784
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