lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205989 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL LANDOT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 3 août 2022, le 20 février 2023 et le 5 juillet 2023, Mme A Marche demande au tribunal d'annuler l'arrêté n°2022/63 en date du 30 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Fontenay-le-Vicomte a rapporté la délégation de fonction et de signature dans les domaines de l'urbanisme, des affaires foncières, de l'environnement et de l'habitat dont elle bénéficiait.
Elle soutient que :
- le retrait d'une délégation de fonction et de signature est illégal dès lors qu'il fait disparaitre rétroactivement l'ensemble des autorisations d'urbanisme délivrées sous l'empire de sa délégation de signature ;
- les motifs de retrait de la délégation ne sont que des désaccords d'une gravité insuffisante pour justifier un tel retrait de délégation et ne sont pas de nature à caractériser un dysfonctionnement de l'administration communale ; ces désaccords n'étant pas publics, ils ne justifient pas le retrait d'une délégation de fonction et de signature ; son opposition à l'adhésion de la commune au Parc National Régional du Gatinais ne témoigne que d'un désaccord acceptable dans une instance locale et démocratique et n'entrave en rien la bonne marche de l'administration de la commune de Fontenay-le-Vicomte ;
- l'arrêté querellé porte atteinte à sa liberté d'expression et méconnait par conséquent l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la maire de la commune a décidé de limiter la vitesse dans tout le village à 30 km/heure sans aucune concertation des habitants, ni du conseil municipal.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2022, le 19 septembre 2022, le 31 mars 2023 et le 18 septembre 2023, la commune de Fontenay-le-Vicomte, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme Marche une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sauvageot,
- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme Marche et de Me Crance, représentant la commune de Fontenay-le-Vicomte.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 4 juin 2020, le maire de la commune de Fontenay-le-Vicomte a donné délégation de fonction et de signature à Mme Marche, conseillère municipale, dans les domaines de l'urbanisme, des affaires foncières, de l'environnement et de l'habitat. Mme Marche demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 lui retirant les délégations qui lui avaient été ainsi consenties.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision par laquelle le maire rapporte la délégation qu'il a consentie à l'un de ses adjoints sur le fondement de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales est une décision à caractère réglementaire qui a pour objet la répartition des compétences entre les différentes autorités municipales, même si elle affecte la situation personnelle de cet élu et les conditions d'exercice de son mandat.
3. En premier lieu, la requérante fait valoir qu'en procédant au retrait de l'arrêté du 4 juin 2020, la commune aurait donné à l'arrêté attaqué un caractère rétroactif illégal. Toutefois, le retrait d'une telle délégation n'a pas d'effet rétroactif mais constitue une abrogation, ne privant cet acte d'effet que pour l'avenir. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". L'article L. 2122-20 du même code dispose : " Les délégations données par le maire en application des articles L. 2122-18 et L. 2122-19 subsistent tant qu'elles n'ont pas été rapportées ". Il résulte de ces dispositions que le maire peut, à tout moment, mettre fin aux délégations qu'il a accordées, sous réserve que sa décision, alors même qu'aucune disposition législative n'impose de la motiver, ne soit pas inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale.
5. Il ressort des écritures de la commune de Fontenay-le-Vicomte que l'arrêté litigieux par lequel son maire a retiré la délégation de fonction consentie à Mme Marche repose sur des motifs tirés de l'absence de port de l'écharpe tricolore lors des célébrations du 11 novembre 2021, de la distance prise avec l'équipe municipale lors de la fête du village ainsi qu'en raison de l'opposition de la requérante au projet d'adhésion de la commune au Parc national régional du Gatinais. Il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont contribué à installer des tensions entre la majorité municipale et Mme Marche. Par conséquent, le comportement de Mme Marche et la teneur de ce différend entre le maire et son adjointe portant essentiellement sur l'environnement et l'urbanisme, c'est-à-dire relevant d'une matière déléguée, doivent être regardés comme susceptibles de compromettre la bonne marche de l'administration communale et donc de nature à justifier qu'il soit mis fin, par l'arrêté précité, à la délégation que le maire de Fontenay-le-Vicomte lui avait consentie en matière d'urbanisme, d'affaires foncières, d'environnement et d'habitat.
6. En troisième lieu, Mme Marche fait valoir que l'arrêté contesté méconnait les stipulations de l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il aurait vocation à l'empêcher d'exprimer ses opinions divergentes au sein du conseil municipal. Toutefois, le retrait d'une telle délégation ne constitue pas un obstacle à la libre expression de Mme Marche, notamment lors des séances du conseil municipal.
7. En dernier lieu, si Mme Marche fait valoir l'absence de consultation des habitants et des membres du conseil municipal sur la décision de la maire de la commune de limiter la vitesse de circulation à 30 km/h sur le territoire de la commune, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté de retrait de délégation contesté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Marche n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 30 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Fontenay-le-Vicomte a rapporté la délégation qui lui avait été consentie par un arrêté du 4 juin 2020 en application des dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Fontenay-le-Vicomte sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Marche est rejetée.
Article 2 : Les conclusion présentées par la commune de Fontenay-le-Vicomte sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Marche et à la commune de Fontenay-le-Vicomte.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente rapporteure,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
La présidente rapporteure,
signé
J. Sauvageot
L'assesseure la plus ancienne,
signé
F. Lutz
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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