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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206008

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206008

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a examiné la requête de Mme A C, professeure, contestant la décision du recteur de l'académie de Versailles du 9 juin 2022 de mettre fin au versement de son demi-traitement à compter du 3 juillet 2022. La requérante soutenait que cette décision était entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, arguant que l'effet rétroactif de son admission à la retraite pour invalidité ne remettait pas en cause le caractère créateur de droits de ce maintien de traitement. Le tribunal a rejeté l'ensemble des demandes de Mme C, incluant l'annulation de la décision, les injonctions de versement et d'annulation de titre de perception, ainsi que sa demande d'indemnisation. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, sans que le texte ne précise le sens de l'analyse juridique ayant conduit au rejet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 août 2022 et 10 juin 2024, Mme A C doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a mis fin au versement de son demi-traitement à compter du 3 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de lui verser son demi-traitement du mois de juillet 2022 et de rétablir les versements mensuels de son demi-traitement jusqu'au versement de sa pension d'invalidité par le régime temporaire de retraite des maîtres des établissements d'enseignement privé (RETREP), soit le 26 octobre 2022, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 115,10 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de ne pas émettre un titre de perception pour la répétition des sommes perçues au titre de la période du 3 mars 2022 jusqu'à la date de fin de l'instruction de la retraite pour invalidité par le RETREP ou d'annuler ce titre de perception s'il est déjà émis ;

4°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de donner instruction au centre des finances publiques de la DDFIP des Yvelines, d'une part, d'annuler le titre de perception 078000 006 053 078 485571 2023 0000307 émis le 25 janvier 2023 d'un montant de 4 268,28 euros correspondant au mi traitement pour la période du 3 mars 2022 au 30 juin 2022 et la mise en demeure de payer du 24 novembre 2023, établie désormais à 4 695,28 euros compte tenu de la majoration de 427 euros, et, d'autre part, d'établir une mainlevée totale de la saisie administrative à tiers détenteur REP IDF1 23-2900000656 18 0780 d'un montant de 4 695,28 euros, émise le 27 mars 2024 ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice subi ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, conformément à la loi et à la jurisprudence en vigueur, l'effet rétroactif de la décision l'admettant à la retraite n'a pas eu pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien de son demi-traitement à compter de l'expiration de ses droits statutaires à congés de maladie.

Par une lettre du 25 avril 2023, la rectrice de l'académie de Versailles, par application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, a été mise en demeure de produire ses observations.

Par une ordonnance du 10 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bélot,

- et les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C est professeure certifiée hors classe de l'enseignement privé. Lors de sa séance du 10 février 2022, la commission de réforme a émis un avis favorable à la mise en retraite pour invalidité de l'intéressée à compter du 3 mars 2022, date d'expiration de ses droits au congé de longue durée dont elle bénéficiait. Par un courrier du 24 mars 2022, la rectrice de l'académie de Versailles a demandé à Mme B, compte tenu du versement à effet rétroactif de la pension d'invalidité à venir, de fournir une attestation par laquelle elle s'engageait à rembourser les sommes correspondant au demi-traitement perçu à compter de l'expiration de ses droits à congé de longue durée, sous peine d'interruption du versement de ce demi-traitement à compter du mois de juillet 2022 et d'engagement d'une procédure de récupération des sommes indument versées. Par un courrier du 2 mai 2022, Mme B a contesté les termes de ce courriel. Par un courriel du 25 mai 2022, la rectrice de l'académie de Versailles a rejeté ce recours et réaffirmé les termes du courrier du 24 mars 2022 quant au nécessaire engagement de Mme B de rembourser les sommes versées au titre de son demi-traitement pour la période postérieure à la date d'effet de son admission à la retraite. Mme B a de nouveau contesté les termes de ce courriel par un courriel du même jour et un courrier du 27 mai suivant. Par un courriel du 9 juin 2022, la rectrice de l'académie de Versailles a de nouveau rejeté la contestation de Mme B.

2. Par un courrier du 23 décembre 2022, la rectrice de l'académie de Versailles a informé Mme B d'un trop-perçu de rémunération brut de 5 810,26 euros, soit une somme nette de 4 268,28 euros restant due, et de l'émission à venir d'un titre de perception pour le recouvrement de cette somme. Ce titre a été émis le 25 janvier 2023. Mme B a contesté, d'une part, le courrier du 23 décembre 2022 par un recours adressé au ministre de l'éducation nationale par un courrier du 18 janvier 2023 et, d'autre part, le titre de perception auprès du directeur départemental des finances publiques des Yvelines par un courrier du 3 mars 2023, dont il a été accusé réception le 8 mars suivant. Par un courrier du 24 novembre 2023, la requérante a été mise en demeure de payer la somme réclamée, majorée de 10 %, soit un montant total de 4 695,28 euros. Cette mise en demeure a été suivie d'une saisie administrative à tiers détenteur le 27 mars 2024, que Mme B a également contestée par un courrier du 8 juin 2024.

3. Par la présente requête, Mme B demande, à titre principal, l'annulation de la décision du 9 juin 2022 de la rectrice de l'académie de Versailles.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 juin 2022 :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 914-1 du code de l'éducation : " Les règles générales qui déterminent les conditions de service et de cessation d'activité des maîtres titulaires de l'enseignement public, ainsi que les mesures sociales et les possibilités de formation dont ils bénéficient, sont applicables également et simultanément aux maîtres justifiant du même niveau de qualification, habilités par agrément ou par contrat à exercer leur fonction dans des établissements d'enseignement privés liés à l'Etat par contrat. Ces maîtres bénéficient également des mesures de promotion et d'avancement prises en faveur des maîtres de l'enseignement public. () Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'accès à la retraite des maîtres de l'enseignement privé en application du principe énoncé au premier alinéa ". Aux termes de l'article R. 914-14 du même code : " Nul ne peut exercer en qualité de maître contractuel dans les établissements sous contrat d'association ou de maître agréé dans les établissements sous contrat simple : / () 4° S'il ne remplit les conditions d'aptitude physique exigées du personnel enseignant de l'enseignement public () ". Aux termes de l'article R. 914-113 de ce code : " () La résiliation du contrat ou le retrait de l'agrément est prononcé, dans le cas où la condition prévue au 4° de l'article R. 914-14 n'est plus remplie, après examen médical par un médecin agréé dans les conditions prévues par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congé de maladie des fonctionnaires () ". Aux termes de l'article R. 914-115 dudit code : " Le maître contractuel ou agréé qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service et qui n'a pu être reclassé en application de l'article R. 914-81 peut voir son contrat résilié ou son agrément retiré soit sur sa demande, soit d'office () ". Aux termes de l'article R. 914-116 du même code : " La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions sont appréciés par le conseil médical prévu à l'article 5-1 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 () ". Aux termes de l'article R. 914-120 du même code : " Les maîtres mentionnés à l'article L. 914-1 du code de l'éducation peuvent, dans les conditions fixées ci-après, cesser leur activité et bénéficier d'avantages temporaires de retraite dès leur cessation d'activité () ". Aux termes de l'article R. 914-121 du même code : " Le droit aux avantages temporaires de retraite est acquis : / () 2° Sans condition de durée de services aux maîtres qui se trouvent dans l'incapacité permanente d'exercer leurs fonctions, sous réserve que celle-ci ait été constatée par le conseil médical compétent à l'égard des fonctionnaires de l'Etat et dans les conditions applicables à ceux-ci ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 27 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, applicable au litige : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis d'un conseil médical. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite () ". Aux termes de l'article 47 du même décret : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est () admis à la retraite après avis d'un conseil médical. / Pendant toute la durée de la procédure requérant l'avis d'un conseil médical, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ".

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le maître contractuel a épuisé ses droits à un congé de longue durée et ne peut reprendre ses fonctions, il appartient à la personne publique qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical, qui doit se prononcer sur son reclassement dans un autre emploi, sa mise en disponibilité ou son admission à la retraite, et, d'autre part, de lui verser un demi-traitement pendant toute la durée de la procédure nécessitant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances. La circonstance que la décision prononçant le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin du congé de longue durée n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par les dispositions de l'article 47 du décret du 14 mars 1986. Par suite, le demi-traitement versé en application de cet article ne présente pas un caractère provisoire et reste acquis à l'agent alors même que celui-ci a, par la suite, été placé rétroactivement dans une position statutaire n'ouvrant pas, par elle-même, droit à ce versement. Il s'ensuit, plus particulièrement, que lorsque l'agent est admis rétroactivement à la retraite et qu'à ce titre il bénéficie effectivement d'un versement d'arriérés de pension, son employeur n'est pas pour autant en droit de demander le reversement de ces demi-traitements qui restent acquis à l'agent.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été placée en congé de longue durée jusqu'au 3 mars 2022. Lors de sa séance du 10 février 2022, la commission de réforme a émis un avis favorable à la mise en retraite pour invalidité de l'intéressée et des avantages temporaires de retraite lui ont été attribués au titre du RETREP à compter du 3 mars 2022. Si l'admission à la retraite de Mme B a pris effet rétroactivement à la date de fin de son congé de longue durée, elle n'a pas eu pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par les dispositions, citées au point 5, des articles 27 et 47 du décret du 14 mars 1986. Ainsi, le demi-traitement versé au titre de ces dispositions, qui ne présente pas un caractère provisoire, est resté acquis à l'intéressée alors même que celle-ci a, par la suite, été admise rétroactivement à la retraite et a perçu, sur la même période, des arriérés de pension. Il en résulte que, en demandant à Mme B de fournir une attestation par laquelle elle s'engageait à rembourser les sommes correspondant au demi-traitement perçu à compter de l'expiration de ses droits à congé de longue durée, sous peine d'interruption du versement de ce demi-traitement à compter du mois de juillet 2022 et d'engagement d'une procédure de récupération des sommes indument versées, et, ainsi, en lui refusant le bénéfice de son demi-traitement sur la période courant de la date d'effet de son admission à la retraite pour invalidité à la date d'intervention de la décision prononçant cette admission, la rectrice de l'académie de Versailles a entaché sa décision d'une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 9 juin 2022 de la rectrice de l'académie de Versailles.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. M. B, qui se borne à faire valoir les conséquences préjudiciables sur sa situation pécuniaire, ne justifie pas de manière probante avoir subi un préjudice résultant de l'illégalité de la décision annulée par le présent jugement. Par suite, les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices subis doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, la présente décision implique seulement, mais nécessairement, le versement à Mme B de son demi-traitement au titre de la période courant de la date d'expiration de son droit à congé de longue durée à la date de la décision l'admettant à la retraite pour invalidité. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de procéder à ce versement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. Mme B, qui n'a pas présenté sa requête par le ministère d'avocat, ne fait pas état de frais spécifiques qu'elle aurait exposés au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions tendant à l'application de ces dispositions doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 juin 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a mis fin au versement à Mme B de son demi-traitement à compter du 3 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Versailles de procéder au versement à Mme B de son demi-traitement au titre de la période courant de la date d'expiration de son droit à congé de longue durée à la date de la décision l'admettant à la retraite pour invalidité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cayla, présidente,

M. Bélot, premier conseiller,

M. Perez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Bélot La présidente,

signé

F. CaylaLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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