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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206711

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206711

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre - Juge unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2022, M. E C, représenté par Me Josseaume, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 août 2022 par laquelle le préfet de l'Indre-et-Loire a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions des articles L.224-2 et suivants du code de la route ;

- la mesure prise à son encontre est disproportionnée ;

- l'arrêté contesté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de procédure contradictoire préalable.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, le préfet de l'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par M. C à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le véhicule de M. E C a été intercepté le 15 août 2022 alors qu'il circulait à 228 km/h sur une voie où la vitesse maximale autorisée était de 130 km/h. Son permis de conduire a été retenu à titre conservatoire en application de l'article L. 224-1 du code de la route. Par un arrêté du 16 août 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Indre-et-Loire a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

2. Aux termes du I de l'article L. 224-1 du code de la route : " Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : / () / 5° Lorsque le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / () ". L'article L. 224-2 du même code dispose que : " I.-Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, () prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () / 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / () / II.-La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. () ". Aux termes de l'article L. 224-7 de ce code : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. () ".

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. D B, chef du bureau de la sécurité routière de la préfecture de l'Indre-et-Loire, qui a reçu délégation à cette fin par arrêté préfectoral du 24 août 2020. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 211-5 du même code précise que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application des dispositions citées au point précédent.

6. L'arrêté attaqué vise les articles L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route et indique notamment que M. C a commis le 15 août 2022 à 18h, sur le territoire de la commune de Reugny, " un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée établi au moyen d'un appareil homologué (vitesse autorisée : 130 km/h / vitesse retenue : 228 km/h) " et que son permis de conduire a fait l'objet d'une rétention à titre conservatoire le même jour. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " L'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () ".

8. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les soixante-douze heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant commis un grave excès de vitesse retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision en se dispensant de procédure contradictoire en application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que M. C ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué, pris sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, serait intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avoir été précédé d'une procédure contradictoire.

9. Par ailleurs, l'erreur matérielle sur la date de signature de l'arrêté est sans incidence sur sa légalité.

10. En quatrième lieu, le juge exerce un contrôle normal tant sur le principe que sur la durée de la suspension d'un permis de conduire prononcée par un préfet sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route.

11. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. C a été contrôlé le 15 août 2022 à une vitesse de 228 km/h au lieu de 130 km/h autorisés. Compte tenu de la gravité de l'infraction commise par l'intéressé et de l'urgence caractérisée, et nonobstant l'absence d'antécédents de l'intéressé, le préfet de l'Indre-et-Loire n'a pas pris une mesure disproportionnée à la protection de la sécurité publique ni commis une erreur manifeste d'appréciation en suspendant provisoirement le permis de conduire du requérant pour une durée de six mois.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée

Signé

F. A

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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