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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208074

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208074

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a annulé l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne avait retiré la carte de résident de M. B, ressortissant marocain. La juridiction a jugé que la procédure contradictoire préalable, prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, n'avait pas été respectée, car le courrier d'information du 2 août 2022 mentionnait un fondement juridique erroné (article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) au lieu de l'article L. 432-11 applicable en l'espèce, privant ainsi l'intéressé d'une garantie. En conséquence, l'arrêté a été annulé sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Azoulay-Cadoch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a prononcé le retrait de sa carte de résident ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente pour signer une décision portant obligation de quitter le territoire ;

- il est insuffisamment motivé ;

Le requérant doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté méconnaît le principe du contradictoire posé par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale en France ;

- il constitue une rupture d'égalité entre les employeurs de nationalité étrangère et les employeurs de nationalité française ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 30 décembre 2022, des pièces au dossier.

Par une ordonnance du 9 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud ;

- les observations de Me Azoulay-Cadoch représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1980, est entré sur le territoire français le 25 février 1999 et y réside régulièrement. Il était en dernier lieu titulaire d'une carte de résident de dix ans, valable jusqu'au 21 octobre 2028. Il est par ailleurs président depuis le 29 mai 2019 d'une société de boulangerie. Cette société avait embauché, le 6 septembre 2019, M. A B, ressortissant marocain en situation irrégulière, qui a sollicité de la préfecture de l'Essonne son admission exceptionnelle au séjour. Le préfet de l'Essonne a alors informé M. C B, par courrier recommandé daté du 2 août 2022, de son intention de retirer son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa requête, M. C B demande l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 19 septembre 2022 qui procède à ce retrait.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans leur champ de mettre la personne intéressée en mesure de présenter des observations. Cette dernière doit, à cet effet, recevoir communication de l'ensemble des éléments sur lesquels l'autorité entend fonder sa décision.

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Or, le respect de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire d'une carte de résident que l'administration entend rapporter.

4. Aux termes de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail. " Aux termes de l'article L. 432-12 du même code dans sa version alors applicable : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. /Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit."

5. En l'espèce, le courrier du 2 août 2022 informant M. B de ce que le préfet envisageait de procéder au retrait de la carte de résident qui lui avait été délivrée le 22 octobre 2018 mentionne l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme fondement du retrait envisagé. Ce courrier ne fait, en revanche, pas état de l'article L. 432-11 du même code, sur lequel repose l'arrêté prononçant le retrait. En outre, par un courrier du 31 août 2022, M. B a, par l'intermédiaire de son conseil, transmis à la préfète de l'Essonne ses observations en réponse au courrier du 2 août 2022, en expliquant en particulier qu'il ne pouvait pas faire l'objet de la procédure prévue par l'article L. 432-12 précité. Dès lors, M. B n'a pas été mis en mesure de présenter, au préalable, ses observations sur l'ensemble des éléments sur lesquels le préfet a entendu fonder sa décision de retrait. Cette irrégularité de procédure a privé M. B d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du non-respect des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a prononcé le retrait de sa carte de résident.

Sur l'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation retenu, que la préfète de l'Essonne réexamine la situation de M. B, dans un délai de trois mois à compter de sa notification.

Sur les frais de l'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État la somme que demande M. B au titre des frais exposés par et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 septembre 2022, par lequel le préfet de l'Essonne a retiré à M. B sa carte de résident et lui a enjoint de restituer son titre de séjour, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- M. Hecht, premier conseiller,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Rollet-Perraud L'assesseur le plus ancien,

Signé

S. Hecht

La greffière,

Signé

S. Traoré

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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