jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat Perez |
| Avocat requérant | IOSCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 novembre 2022, M. A B C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions successives de retraits de points correspondant aux infractions du 24 novembre 2020, du 31 octobre 2020, du 4 août 2019 et du 19 décembre 2017 et par conséquence d'abroger la décision 48 SI du 10 septembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- les décisions de retrait de points n'ont pas fait l'objet d'une information préalable du contrevenant ;
- la réalité des infractions concernées n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points concernant l'infraction du 4 août 2019 sont sans objet et que les autres moyens soulevés par M. B C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Perez pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Perez, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B C a commis les 24 novembre 2020, 31 octobre 2020, 4 août 2019 et 19 décembre 2017 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points affectés à son permis de conduire. Par une décision référencée 48 SI du 10 septembre 2022, le ministre de l'intérieur a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Par la présente requête, M. B C demande l'annulation des retraits de points liés aux infractions mentionnées, l'annulation de la décision 48 SI du 10 septembre 2022.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du 1er décembre 2022 de l'intéressé, que le point retiré consécutivement à l'infraction commise le 4 août 2019 a été restitué le 14 avril 2020. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de point suite à l'infraction du 4 août 2019 sont sans objet, et dès lors irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la réalité des infractions :
3. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention de l'exécution d'une composition pénale, la notification d'une condamnation pénale devenue définitive, du paiement de l'amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Quand de telles mentions figurent au relevé d'information intégral relatif à la situation de son permis de conduire, extrait du système national du permis de conduire, l'intéressé ne peut, dès lors, utilement les contredire en se bornant à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une requête en exonération, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours.
4. Il résulte du relevé d'information intégral du 1er décembre 2022 relatif à la situation du permis de conduire de M. B C que les infractions relevées les 31 octobre 2020 et le 19 décembre 2017 ont donné lieu, en l'absence du paiement de l'amende forfaitaire afférente dans le délai de quarante-cinq jours, à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, et que l'intéressé ne justifie pas avoir présenté de requête en exonération ou introduit de réclamation. En outre, l'infraction du 24 novembre 2020 a donné lieu à une condamnation par le tribunal de police de Melun du 10 janvier 2022, devenue définitive le 11 mars 2022. Dès lors, conformément à ce qui précède, la réalité des infractions reprochées à l'intéressé est établie.
En ce qui concerne le défaut d'information :
5. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
6. De plus, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
S'agissant de l'infraction du 19 décembre 2017 :
7. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise par M. B C le 19 décembre 2017 a été constatée par un procès-verbal électronique après interception. Ce procès-verbal comporte l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant a apposé sa signature. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour cette infraction.
S'agissant de l'infraction commise le 31 octobre 2020 :
8. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B C que le retrait de points contesté correspond à une infraction constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si les mentions portées au relevé établissent la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route, elles ne permettent pas d'établir que le requérant aurait reçu l'avis de contravention comportant les informations exigées par l'article L. 223-3 du code de la route.
9. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.
10. Il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B C que, s'agissant de l'infraction commise le 31 octobre 2020, constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique, le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a été émis. Le ministre de l'intérieur n'établit pas, ni même n'allègue, que M. B C a procédé au paiement volontaire de l'amende correspondant à cette infraction. Il n'établit pas davantage que M. B C a reçu, à l'occasion de cette infraction, l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, s'il fait valoir que l'infraction en cause est de même nature que les infractions du 5 janvier 2017 et du 9 janvier 2018 sont de même nature, il résulte des mentions du relevé d'information intégral que cette dernière infraction, constatée par un radar automatique, consiste en un non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant entraînant le retrait de quatre points alors que les infractions du 5 janvier 2017 et du 9 janvier 2018 consistent en un excès de vitesse inférieurs à 20 km/h entrainant chacune le retrait d'un point. Dans ces conditions, M. B C ne peut être regardé comme ayant reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement à l'intervention de la décision de retrait de points consécutive à cette infraction.
11. Il résulte de ce qui précède que la décision de retrait de 4 points concernant l'infraction du 31 octobre 2020 doit être annulée.
S'agissant de l'infraction du 24 novembre 2020 :
12. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction, est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.
13. En l'espèce, comme il a été dit au point 4 du présent jugement, l'infraction du 24 novembre 2020 a donné lieu à une condamnation par le tribunal de police de Melun du 10 janvier 2022, devenue définitive le 11 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour cette infraction.
14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu seulement d'annuler la décision de retrait de quatre points du 31 octobre 2020. En revanche, les décisions de retraits de points liées aux infractions du 24 novembre 2020 et du 19 décembre 2017 doivent être maintenues.
En ce qui concerne la décision " 48 SI " :
15. Il résulte de ce qui précède que la décision " 48 SI " du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B C fait état d'une décision de retrait de points annulée par le présent jugement. Or aux termes des dispositions du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. En l'espèce, du fait de l'annulation de cette décision, le solde de points du permis de M. B C était positif à la date de la décision " 48 SI ". Ainsi cette décision, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Si l'annulation contentieuse d'une décision d'invalidation du permis de conduire, à la suite de l'annulation d'une ou plusieurs décisions de retrait de points prises antérieurement, implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. B C le bénéfice des deux points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation du requérant dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 31 octobre 2020 (quatre points) est annulée.
Article 2 : La décision référencée 48 SI du ministre de l'intérieur du 10 septembre 2022 invalidant le permis de conduire de M. B C est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B C les points illégalement retirés par la décision annulée à l'article 1er et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. B C pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.
Article 4 : Les surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J-L Perez
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026