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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209248

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209248

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 30 décembre 2022, M. C A B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours et de lui délivrer, dans les deux cas, un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et n'a pas été précédé d'un examen de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'avis de la structure d'accueil n'a pas été pris en compte ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors notamment que son comportement n'est pas de nature à caractériser une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 8 février 2023, M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bélot,

- et les observations de Me Saïdi, assistant M. A B.

Une note en délibéré, présentée pour M. A B, a été enregistrée le 12 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant tunisien né le 19 janvier 2004, a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 octobre 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté cette demande. M. A B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A B ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser la délivrance d'un titre de séjour. Le préfet de l'Essonne n'était pas tenu de faire état, dans l'arrêté en litige, de l'ensemble des éléments allégués par le requérant. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bienfondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de M. A B doit également être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui, par ailleurs, ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour aux étrangers qui en réuniraient les conditions. Par suite, M. A B ne peut pas se prévaloir utilement de ces dispositions à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

4. Enfin, et d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A B est entré en France le 13 septembre 2019 à l'âge de quinze ans et a bénéficié d'une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Essonne, il ne justifiait que d'une ancienneté de séjour de trois ans à la date d'intervention de l'arrêté en litige. Il est célibataire, sans charge de famille et n'établit pas, ni même n'allègue, avoir d'autres attaches familiales en France, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents. Si M. A B justifie avoir bénéficié d'un contrat " jeune majeur " jusqu'au 9 août 2022, il ne peut utilement se prévaloir d'un contrat d'apprentissage conclu le 19 octobre 2022, soit postérieurement à l'intervention de l'arrêté en litige. Par ailleurs, M. A B, qui a faussement déclaré être d'abord entré dans l'espace Schengen par l'Italie de manière irrégulière alors qu'il y est entré en Allemagne sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C de court séjour, a fait l'objet de signalements auprès des services de police pour usage illicite et détention non autorisée de stupéfiants les 13 janvier et 15 avril 2021, vol aggravé par trois circonstances le 16 février 2021 et dégradation et détérioration d'un bien appartenant à autrui, vol à la roulotte et tentative de vol aggravé de véhicule les 28 juin, 2, 4 et 6 juillet 2021. Si ces faits, dont M. A B ne conteste pas sérieusement la matérialité, n'ont pas donné lieu à condamnations pénales, ils n'en constituent pas moins des éléments susceptibles d'être pris en compte par le préfet dans l'appréciation du comportement de l'intéressé au regard du respect de l'ordre public. Enfin, la commission du titre de séjour a émis, le 25 juillet 2022, à l'unanimité un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour à M. A B. Dans ces conditions, en estimant que M. A B ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour et que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Essonne n'a pas porté aux droits de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté a été pris et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. Bélot, premier conseiller,

M. Perez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Bélot

Le président,

signé

R. Féral

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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