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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209515

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209515

jeudi 4 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantFERRER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles était saisi par Mme A..., ingénieur civil de la défense, contestant le refus implicite du ministre des armées de régulariser sa situation administrative et financière, ainsi que trois arrêtés du 20 février 2024 fixant son classement indiciaire et indemnitaire. La requérante soutenait notamment un reclassement erroné lors de sa titularisation et le non-versement de diverses primes (IFSE, CIA, NBI). Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, considérant que les moyens invoqués n'étaient pas fondés et que la régularisation partielle effectuée par l'administration était conforme aux textes applicables, notamment les décrets n°89-750 et n°2006-1827.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 décembre 2022 et 15 octobre 2024, sous le numéro 2209515, Mme B... A..., représentée par Me Ferrer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision par laquelle le ministre des armées a implicitement refusé de régulariser sa situation administrative et financière ;

2°) d’enjoindre au ministre des armées de régulariser sa situation administrative et financière en régularisant son échelon et son indice et en lui versant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, les sommes suivantes assorties des intérêts au taux légal à compter du 26 août 2022, et de la capitalisation des intérêts échus au 26 août 2023 :
- le traitement non perçu depuis mars 2021 jusqu’à décembre 2022 inclus sur la base de 1 638 euros brut annuel ;
- le traitement non perçu de 2023 sur la base de 2 067,72 euros brut annuel ;
- le traitement brut dû à compter de janvier 2025 ;
- l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (IFSE) non perçue en 2020, 2021, 2022, 2023 et 2024 sur la base d’un total de 70 890 euros brut ;
- le complément indemnitaire annuel (CIA) non perçu en 2020, 2021, 2022, 2023 et 2024 sur la base d’un total de 15 270 euros brut ;
- la nouvelle bonification indiciaire (NBI) non perçue en 2020, 2021, 2022, 2023 et 2024 sur la base d’un total de 5 820 euros brut ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- elle aurait dû être reclassée, lors de sa titularisation, à l’échelon 5 et non à l’échelon 2 du grade d’ingénieur civil de la défense compte tenu de la durée des services qu’elle a accomplis en catégorie A en tant que non titulaire du 1er janvier 2014 au 8 mars 2021 en application du décret n°89-750 du 18 octobre 1898 et du décret n°2006-1827 du 23 décembre 2006 ; elle n’a pas perçu le traitement brut correspond à l’échelon 5, ce qui représente une perte de rémunération de 1 560 euros brut pour la période de mars 2021 à novembre 2022 ; le ministre des armées a régularisé en partie son reclassement et sa reprise d’ancienneté mais sans appliquer les dispositions de l’article 7.1 du décret n°2006-1827 du 23 décembre 2006 ; en mars 2024, en retenant une titularisation à l’échelon 5 après régularisation, Mme A... aurait dû être nommée à l’échelon 6 ; elle demande, par la requête n°2403169, l’annulation des arrêtés du 20 février 2024 par lesquels le ministre des armées soutient avoir régularisé sa situation ;
- elle n’a pas perçu d’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise en 2020, et le montant d’indemnité qu’elle a perçu correspond au groupe 4 applicable aux agents logés pour nécessité de service en 2021 et 2022 alors que son poste est classé dans le groupe 3 et qu’elle ne bénéficie pas d’un logement ; sa perte d’IFSE s’élève à 25 500 euros pour 2020, correspondant au plafond annuel du groupe 3 et à 14 196 euros pour 2021, 2022, 2023 et 2024 soit une perte totale d’un montant de 70 980 euros brut conformément au décret n°2014-513 du 20 mai 2014 et à l’arrêté du 14 novembre 2016 ; la régularisation effectuée par le ministère des armées est partielle, portant sur la période du 1er février 2020 au 9 mars 2021 et ne prenant pas en compte le montant du plafond du groupe 3 sans logement de fonctions ;
- elle a subi une perte d’un montant total de 15 270 euros brut au titre du complément indemnitaire annuel dès lors qu’elle n’a pas perçu de CIA en 2020 et uniquement un montant de 1 715 euros brut en 2021 et 2022, un montant de 1 800 euros en 2023 et un montant de 2 000 euros en 2024 alors qu’un montant annuel de 4 500 euros correspondant au groupe 3 aurait dû lui être versé annuellement ; elle peut prétendre au bénéfice du complément indemnitaire annuel pour les années 2020 et 2021 dès lors que son contrat prévoyait qu’elle bénéficiait du régime indemnitaire applicable aux fonctionnaires stagiaires du corps au sein duquel elle avait vocation à être intégrée ;
- elle ne perçoit pas la nouvelle bonification indiciaire depuis 2020 alors que son emploi répond aux critères fixés à l’annexe IX de l’arrêté du 6 février 2008, que sa fiche de poste le prévoit et qu’elle est la seule manager à ne pas la percevoir ; sa perte de NBI peut être évaluée à 5 820 euros brut depuis 2020 ;
- ses conclusions aux fins d’injonction, lesquelles s’appuient sur une demande d’annulation d’une décision administrative défavorable, sont recevables conformément aux dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative.


Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés et oppose une fin de non-recevoir aux conclusions aux fins d’injonction.


II.- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 avril 2024 et 27 juin 2025, sous le numéro 2403169, Mme B... A..., représentée par Me Ferrer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler les trois arrêtés du 20 février 2024 par lesquels le ministre des armées a d’une part prononcé sa titularisation dans le corps des ingénieurs civils de la défense avec classement à l’échelon 2 et un indice majoré de 419 à compter du 10 mars 2021, d’autre part a prononcé son classement à l’échelon 3 avec un indice majoré de 445 à compter du 11 mai 2021 et enfin a prononcé son classement à l’échelon 4 avec un indice majoré de 478 à compter du 11 mai 2023 ;

2°) d’enjoindre au ministre des armées de régulariser sa situation administrative et financière, dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir, en la titularisant dans le corps des ingénieurs civils de la défense à compter du 10 mars 2021 à l’échelon 3 avec une ancienneté, dans cet échelon, d’un an, quatre mois et sept jours et un indice majoré de 521 ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l’arrêté du 20 février 2024 prononçant sa titularisation et son reclassement à l’échelon 2, avec une ancienneté d’un an, neuf mois et vingt-trois jours, est entaché d’illégalité dès lors que compte tenu de son ancienneté de sept années, deux mois et huit jours pour la période du 1er janvier 2014 au 9 mars 2021, elle aurait dû bénéficier d’une ancienneté de quatre ans, un mois et vingt-quatre jours en application de l’article 7 du décret n°2006-1827 et de l’article 8 du décret n°95-979 du 25 août 1995 et ainsi elle aurait dû être reclassée à l’échelon 3 du grade d’ingénieur civil de la défense ; c’est à tort que le ministre des armées a écarté ses services accomplis du 1er janvier 2014 au 30 septembre 2015 dès lors qu’elle a exercé au sein du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en qualité d’ingénieur sous contrat de droit public avec un employeur public en exerçant des fonctions de la catégorie A ;
- les deux autres arrêtés du 20 février 2024 sont entachés d’illégalité en raison de l’illégalité de l’arrêté du même jour prononçant sa titularisation et son reclassement dont ils sont connexes ; devant être reclassée au 3ème échelon le 10 mars 2021 avec une ancienneté d’un an, cinq mois et vingt-quatre jours dans cet échelon, elle aurait dû accéder au 4ème échelon le 17 septembre 2021 et non le 11 mai 2023 ;
- ayant été recrutée en application du premier alinéa de l’article 4 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984, elle doit être regardée comme occupant un emploi permanent lorsqu’elle était agent contractuel de sorte que sa titularisation est soumise au maintien de sa rémunération à 90% en application de l’article 87 du statut général applicable à la date de sa titularisation le 10 mars 2021.


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 82-1105 du 23 décembre 1982 ;
- le décret n° 89-750 du 18 octobre 1989 ;
- le décret n° 95-979 du 25 août 1995 ;
- le décret n° 2006-1827 du 23 décembre 2006 ;
- le décret n° 2007-887 du 14 mai 2007 ;
- le décret n° 2010-309 du 22 mars 2010 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- l’arrêté du 29 juin 2007 fixant le pourcentage et les éléments de rémunération pris en compte pour le maintien partiel de la rémunération de certains agents non titulaires accédant à un corps soumis aux dispositions du décret n° 2006-1827 du 23 décembre 2006 relatif aux règles du classement d'échelon consécutif à la nomination dans certains corps de catégorie A de la fonction publique de l'Etat ;
- l’arrêté du 24 décembre 2019 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la défense ;
- l’arrêté du 22 octobre 2020 fixant la liste des emplois tenus par des fonctionnaires ouvrant droit au bénéfice d’une nouvelle bonification indiciaire ;
- l’arrêté du 11 juin 2021 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la défense, applicable à compter du 19 juin 2021 ;
- l’arrêté du 28 juin 2021 fixant la liste des emplois tenus par des fonctionnaires ouvrant droit au bénéfice d’une nouvelle bonification indiciaire ;
- l’arrêté du 28 juin 2022 fixant la liste des emplois tenus par des fonctionnaires ouvrant droit au bénéfice d’une nouvelle bonification indiciaire ;
- l’arrêté du 19 juillet 2023 fixant la liste des emplois tenus par des fonctionnaires ouvrant droit au bénéfice d’une nouvelle bonification indiciaire ;
- l’arrêté du 5 juillet 2024 fixant la liste des emplois tenus par des fonctionnaires ouvrant droit au bénéfice d’une nouvelle bonification indiciaire ;
- la circulaire n°310065/DEF/SGA/DRH-MD du 9 mai 2017 relative aux règles de gestion de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise et du complément indemnitaire annuel lié à l’engagement professionnel et à la manière de service pour les corps de techniciens supérieurs d’études et de fabrications et des ingénieurs d’études et de fabrications ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Mme B... A..., affectée au sein de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) en tant que cheffe de la cellule technique du département de toxicologie et risques chimiques, y a exercé sous couvert de plusieurs contrats de travail à durée déterminée du 1er septembre 2015 au 31 juillet 2021 puis a été titularisée et reclassée dans le corps des ingénieurs civils de la défense, au 2ème échelon du grade d’ingénieur, à compter du 10 mars 2021, par un arrêté du 19 juillet 2021. Mme A... a présenté auprès du ministre des armées une demande tendant à la révision de son reclassement, de ses montants d’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise, de complément indemnitaire annuel et à l’obtention de la nouvelle bonification indemnitaire par une lettre du 26 août 2022, laquelle est restée sans réponse. Par la requête n°2209515, Mme A... demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le ministre des armées a implicitement refusé de régulariser sa situation administrative et financière.

Par un arrêté du 20 février 2024, le ministre des armées a, d’une part, prononcé le retrait de l’arrêté du 19 juillet 2021 et, d’autre part, titularisé Mme A... dans le corps des ingénieurs civils de la défense en la reclassant, à compter du 10 mars 2021, à l’échelon 2 avec une ancienneté d’un an, neuf mois et vingt-trois jours. Par deux arrêtés du même jour, le ministre des armées a prononcé un avancement d’échelon, au bénéfice de Mme A..., respectivement à l’échelon 3 à compter du 11 mai 2021 et à l’échelon 4 à compter du 11 mai 2023. Par la requête n°2403169, Mme A... demande au tribunal d’annuler ces trois arrêtés.

Les requêtes n° 2209515 et n° 2403169, présentées par Mme A..., concernent la situation d’une même fonctionnaire et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne le reclassement de Mme A... :

S’agissant de la reprise d’ancienneté et du classement dans l’échelon du grade d’ingénieur civil de la défense :

D’une part, aux termes de l’article 1er du décret du 25 août 1995 modifié relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique pris pour l'application de l'article 27 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au litige : « I. - Les bénéficiaires de l'obligation d'emploi mentionnée à l'article 33 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée peuvent, en application de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, être recrutés en qualité d'agent contractuel lorsque leur handicap a été jugé compatible avec l'emploi postulé (…) ». L’article 8 de ce même décret dispose que : « I. - Si l'agent est déclaré apte à exercer les fonctions, l'autorité administrative ayant pouvoir de nomination procède à sa titularisation. / Lors de la titularisation, la période accomplie en tant qu'agent contractuel est prise en compte dans les conditions prévues pour une période équivalente de stage par le statut particulier. / Lors de la titularisation, l'agent est affecté dans l'emploi pour lequel il a été recruté comme agent non titulaire. (…) ». Selon l’article 9-1 du même décret : « Lorsqu'ils sont titularisés, les agents recrutés en application du présent décret bénéficient de la reprise d'ancienneté de leurs services antérieurs dans les mêmes conditions que les fonctionnaires recrutés par concours. ».

D’autre part, aux termes de l’article 1er du décret du 18 octobre 1989 portant statut particulier du corps des ingénieurs civils de la défense : « Le corps des ingénieurs civils de la défense est classé dans la catégorie A prévue à l'article L. 411-2 du code général de la fonction publique. ». L’article 2 de ce décret dispose que ce corps comprend un premier grade d’ingénieur civil de la défense qui comporte dix échelons. Les dispositions combinées des articles 3-1° et 6 de ce même décret prévoient que les ingénieurs civils de la défense recrutés par la voie de concours ouverts par spécialités sont nommés ingénieurs civils de la défense stagiaires et classés au 1er échelon du grade d'ingénieur civil de la défense, sous réserve de l'application des dispositions de l'article 8. Selon l’article 8 de ce décret : « I. - Le classement lors de la nomination dans le corps des ingénieurs civils de la défense est prononcé conformément aux dispositions du décret n° 2006-1827 du 23 décembre 2006 relatif aux règles du classement d'échelon consécutif à la nomination dans certains corps de catégorie A de la fonction publique de l'Etat (…) ».

Enfin, aux termes de l’article 1er du décret du 23 décembre 2006 relatif aux règles du classement d'échelon consécutif à la nomination dans certains corps de catégorie A de la fonction publique de l'Etat : « Les dispositions du présent décret s'appliquent aux personnes nommées dans les corps de fonctionnaires de catégorie A de la fonction publique de l'Etat figurant en annexe, sans préjudice de l'application des dispositions plus favorables instituées par les statuts particuliers de ces corps. ». Le corps des ingénieurs civils de la défense est cité en annexe de ce décret. Selon l’article 2 de ce même décret : « I. - Les personnes nommées dans l'un des corps mentionnés à l'article 1er qui justifient de services antérieurs sont classées à un échelon déterminé, sur la base des durées moyennes fixées par le statut particulier de ce corps pour chaque avancement d'échelon, en application des articles 3 à 10. Le classement est prononcé à la date de nomination dans le corps (…) / II. - La situation et les périodes d'activité antérieures prises en compte pour le classement en application des articles 4 à 10 sont appréciées à la date à laquelle intervient le classement. (…) / III. - Les dispositions du présent décret ne peuvent avoir pour effet de classer un agent dans un échelon relevant d'un grade d'avancement. ». Aux termes de l’article 3 du même texte : « I.- Une même personne ne peut bénéficier de l'application de plus d'une des dispositions des articles 4 à 10. Une même période ne peut être prise en compte qu'au titre d'un seul de ces articles. / Les personnes qui, compte tenu de leur parcours professionnel antérieur, relèvent des dispositions de plusieurs des articles mentionnés à l'alinéa précédent sont classées en application des dispositions de l'article correspondant à leur dernière situation. / Ces agents peuvent toutefois, dans un délai maximal de six mois à compter de la notification de la décision prononçant leur classement dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, demander que leur soient appliquées les dispositions d'un autre de ces articles qui leur sont plus favorables. (…) ». L’article 7 de ce décret dispose que : « I. - Les agents qui justifient (…) de services d'agent public non titulaire, autres que des services accomplis en qualité d'élève ou de stagiaire, sont classés à un échelon déterminé en prenant en compte une fraction de leur ancienneté de services publics civils dans les conditions suivantes : 1° Les services accomplis dans des fonctions du niveau de la catégorie A sont retenus à raison de la moitié de leur durée jusqu'à douze ans et des trois quarts de cette durée au-delà de douze ans ; (…) ».

En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des contrats conclus par la requérante ainsi que du formulaire de reprise d’ancienneté renseigné par Mme A... le 10 décembre 2021, que l’intéressée a accompli des services d’agent public non titulaire dans des fonctions du niveau de la catégorie A du 1er janvier 2014 au 31 août 2015 au sein du Centre national de la recherche scientifique puis du 1er septembre 2015 au 31 janvier 2020 au sein de l’Institut de recherche biomédicale des armées et enfin du 1er février 2020 au 9 mars 2021 au sein du même institut mais sous couvert d’un contrat dit bénéficiaire de l’obligation d’emploi (BOE) à vocation de titularisation, conclu dans le cadre du décret du 25 août 1995 visé ci-dessus. Pour la période du 1er janvier 2014 au 31 janvier 2020 d’une durée de six années et un mois, il y a lieu de retenir une ancienneté de service public civil réduite de moitié soit d’une durée de trois années et quinze jours conformément aux dispositions du 1° de l’article 7 du décret du 23 décembre 2006 et de l’article 9 du décret du 25 août 1995 citées aux points 4 et 6 du présent jugement. Pour la période du 1er février 2020 au 9 mars 2021 d’une durée d’une année, un mois, et neuf jours, il y a lieu de retenir la totalité de cette période en application des dispositions du I de l’article 8 du décret du 25 août 1995 citées au point 4. Il suit de là que lors de sa titularisation le 10 mars 2021, Mme A... aurait dû bénéficier d’une reprise d’ancienneté de quatre années, un mois et vingt-quatre jours.

En deuxième lieu, compte tenu d’une part, de la durée du temps passé dans les échelons du grade d’ingénieur civil de la défense nécessaire pour bénéficier d’un avancement d’échelon, fixée par l’article 15 du décret du 18 octobre 1989 portant statut particulier du corps des ingénieurs civils de la défense visé ci-dessus, d’un an et six mois au premier échelon, puis de deux ans au deuxième échelon ainsi qu’au troisième échelon et d’autre part, de la reprise d’ancienneté de quatre années, un mois et vingt-quatre jours calculée au point précédent, Mme A... aurait dû être reclassée au troisième échelon de ce grade, avec une reprise d’ancienneté de sept mois et vingt-quatre jours à compter du 10 mars 2021.

En dernier lieu, compte tenu de la durée du troisième échelon, qui est de deux ans, et eu égard à la reprise d’ancienneté de sept mois et vingt-quatre jours à compter du 10 mars 2021 résultant du point précédent, Mme A... aurait dû bénéficier d’un avancement au quatrième échelon du grade d’ingénieur le 16 juillet 2022, alors que l’arrêté du ministre des armées du 20 février 2024 portant avancement d’échelon prévoit cet avancement à compter du 11 mai 2023.

S’agissant de l’indice de reclassement :

Aux termes du II de l’article 12 du décret du 23 décembre 2006 relatif aux règles du classement d'échelon consécutif à la nomination dans certains corps de catégorie A de la fonction publique de l'Etat : « Les agents qui avaient, avant leur nomination, la qualité d'agent non titulaire de droit public et qui sont classés en application de l'article 7 à un échelon doté d'un traitement dont le montant est inférieur à celui de la rémunération qu'ils percevaient avant leur nomination conservent à titre personnel le bénéfice d'un traitement représentant une fraction conservée de leur rémunération antérieure, jusqu'au jour où ils bénéficient dans leur nouveau grade d'un traitement au moins égal au montant ainsi déterminé. Toutefois, le traitement ainsi maintenu ne peut excéder la limite du traitement indiciaire afférent au dernier échelon du premier grade du corps considéré. / La fraction mentionnée ci-dessus et les éléments de la rémunération antérieure pris en compte sont fixés par arrêté des ministres chargés de la fonction publique et du budget. / La rémunération antérieure prise en compte pour l'application des dispositions des alinéas précédents est celle qui a été perçue par l'agent intéressé au titre du dernier emploi occupé par lui avant sa nomination dans lequel il justifie d'au moins six mois de services effectifs au cours des douze mois précédant cette nomination. ». A cet égard, l’article 1er de l’arrêté du 29 juin 2007 fixant le pourcentage et les éléments de rémunération pris en compte pour le maintien partiel de la rémunération de certains agents non titulaires accédant à un corps soumis aux dispositions du décret n° 2006-1827 du 23 décembre 2006 relatif aux règles du classement d'échelon consécutif à la nomination dans certains corps de catégorie A de la fonction publique de l'Etat dispose que : « Le traitement maintenu, à titre personnel, en application du II de l'article 12 du décret du 23 décembre 2006 susvisé est celui qui correspond à l'indice majoré le plus proche de celui qui permet à l'intéressé d'obtenir un traitement mensuel brut égal à 70 % de sa rémunération mensuelle antérieure. ».

Il ressort des pièces du dossier que l’article 2 du contrat BOE conclu par Mme A... stipule qu’elle bénéfice d’une rémunération calculée sur la base de l’indice majoré 519, ce qui correspond à un indice brut 619 selon l’annexe du décret du 23 décembre 1982 relatif aux indices de la fonction publique. Or, l’article 2 du décret du 22 mars 2010 fixant l'échelonnement indiciaire des corps civils et de certains emplois du ministère de la défense dispose qu’à compter du 1er janvier 2021, l’indice brut associé au troisième échelon du grade d’ingénieur civil de la défense est 518, correspondant à un indice majoré 445 en application de l’annexe du décret du 23 décembre 1982 mentionnée ci-dessus. Mme A..., reclassée en application de l'article 7 du décret du 23 décembre 2006 à l’échelon 3, se retrouve dotée d'un traitement dont le montant est inférieur à celui de la rémunération qu’elle percevait avant sa nomination et par conséquent doit conserver à titre personnel le bénéfice d'un traitement mensuel brut représentant 70 % de sa rémunération mensuelle antérieure en application des dispositions citées au point précédent. Cependant, le maintien de sa rémunération en retenant l’indice majoré 405, qui correspond à 70 % de l’indice majoré 519, amènerait à verser un traitement inférieur à celui correspondant à l’indice majoré 445 associé à l’échelon 3 du grade dans lequel elle est reclassée. Par suite, les dispositions ne sont pas applicables à la situation de Mme A....

Il résulte des points 7 à 9 que Mme A... est fondée à demander l’annulation des trois arrêtés du ministre des armées du 20 février 2024.


En ce qui concerne l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise et le complément indemnitaire annuel :

Aux termes de l’article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d’un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel dans la fonction publique de l’Etat : « Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d’une part, d’une indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise et, d’autre part, d’un complément indemnitaire annuel lié à l’engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l’Etat, des corps et emplois bénéficiant de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise et, le cas échéant, du complément indemnitaire annuel mentionné à l’alinéa précédent. (…) ». Selon l’article 2 du même décret : « Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. / Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions et les montants maximaux applicables aux agents logés par nécessité de service. / Le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est mensuel. ».

Aux termes de l’article 4 du décret du 20 mai 2014 portant création d’un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel dans la fonction publique de l’Etat : « Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier d'un complément indemnitaire annuel qui tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir, appréciée dans les conditions fixées en application de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / Il est compris entre 0 et 100 % d'un montant maximal par groupe de fonctions fixé par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Le complément indemnitaire fait l'objet d'un versement annuel, en une ou deux fractions, non reconductible automatiquement d'une année sur l'autre. ».

En premier lieu, il résulte de l’instruction que Mme A... exerce les fonctions de cheffe de la cellule technique du département toxicologie et risques chimiques au sein de l’Institut de recherche biomédicale des armées, lesquelles relèvent du groupe 3 de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise et qu’elle bénéficie du versement de cette indemnité depuis le 1er février 2020, par une régularisation opérée en mars 2024 par le ministère des armées. Mme A... ne conteste pas le rattachement de son poste à ce groupe mais le montant d’indemnité qui lui est servie mensuellement, qui est de 941,67 euros bruts selon ses bulletins de paye, soit un montant annuel brut d’environ 11 300 euros alors que le plafond du montant annuel brut de cette indemnité pour les ingénieurs civils de la défense dont le poste est classé dans le groupe 3 ne bénéficiant pas d’une concession de logement NAS est de 25 500 euros selon la circulaire du 9 mai 2017 relative aux règles de gestion de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise et du complément indemnitaire annuel lié à l’engagement professionnel et à la manière de service pour les corps de techniciens supérieurs d’études et de fabrications et des ingénieurs d’études et de fabrications. Cependant, ce montant plafond est un montant maximal, et non le montant auquel les agents peuvent prétendre. En outre, Mme A... perçoit un montant d’indemnité annuel brut d’environ 11 300 euros, lequel est supérieur au montant versé aux ingénieurs civils de la défense lors de leur titularisation qui est de 10 726 euros bruts par an et au montant socle qui est de 9 000 euros bruts par an, fixés par la circulaire du 9 mai 2017 mentionnée ci-dessus. Dans ces conditions, le moyen selon lequel Mme A... aurait perçu un montant d’IFSE correspondant au groupe 4 des agents logés pour nécessité de service alors que son poste ouvre droit au versement du montant plafond du groupe 3 des agents sans logement de fonctions doit être écarté.

En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 15 que le complément indemnitaire annuel constitue un versement indemnitaire ponctuel qui ne créé pas pour les agents qui en sont bénéficiaires une année un droit reconductible automatiquement les années suivantes. En outre, le montant versé au titre de ce complément est lié à l’engagement professionnel et à la manière de servir. Or, en omettant notamment de produire ses comptes-rendus d’évaluation professionnelle, Mme A... n’établit pas qu’elle aurait exercé ses fonctions au titre des années 2020 à 2024 avec un mérite tel qu’elle aurait dû obtenir le montant réglementaire maximal annuel de ce complément associé au groupe 3 de 4 500 euros bruts par an fixé par la circulaire du 9 mai 2017 mentionnée ci-dessus. Par suite, c’est par une exacte application des dispositions du décret du 20 mai 2014 citées au point 14 que sa demande relative au complément indemnitaire annuel a été rejetée.

En dernier lieu, en produisant une fiche de poste mentionnant que son poste de cheffe de la cellule technique du département de toxicologie et risques chimiques serait éligible à la nouvelle bonification indiciaire, Mme A... n’établit pas son droit au bénéfice de cette bonification compte tenu de l’absence de caractère normatif de cette mention et alors que son poste n’est pas mentionné par les arrêtés visés ci-dessus fixant la liste des emplois tenus par des fonctionnaires ouvrant droit au bénéfice d’une nouvelle bonification indiciaire de 2021 à 2024. En outre, Mme A... n’établit pas non plus que son poste de cheffe de la cellule technique du département de toxicologie et risques chimiques nécessite l’exercice de responsabilité ou d’une technicité particulière dans le domaine scientifique ou dans le domaine technique au sens du décret du 14 mai 2007 instituant la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la défense de l’arrêté du 24 décembre 2019 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la défense applicable au 10 mars 2021 puis de l’arrêté du 11 juin 2021 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de la défense, applicable à compter du 19 juin 2021, justifiant sa demande de versement d’une NBI de 20 points. Enfin, il est constant qu’elle est la seule à tenir, au sein de l’Institut de recherche biomédicale des armées, un poste de cheffe de cellule et ne peut donc pas se prévaloir de la situation de ses collègues bénéficiaire de la NBI qui exercent les fonctions de chefs d’unité.


Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l’annulation de la décision par laquelle le ministre des armées a implicitement refusé de régulariser la situation administrative et financière de Mme A... doivent être rejetés.


Sur les conclusions aux fins d’injonction :

L’exécution du présent jugement implique uniquement d’enjoindre à la ministre des armées de régulariser la situation administrative et financière de Mme A... en la titularisant dans le premier grade du corps des ingénieurs civils de la défense à compter du 10 mars 2021 avec une reprise d’ancienneté de quatre années, un mois et vingt-quatre jours, et, par suite, en la reclassant à compter de cette date au troisième échelon de ce grade, avec une reprise d’ancienneté de sept mois et vingt-quatre jours, puis au quatrième échelon du grade d’ingénieur à compter du 16 juillet 2022 et de la rétablir dans ses droits statutaires et financiers découlant de ces reclassements, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais de l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros à verser à Mme A... au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.



D é C I D E :



Article 1er : Les trois arrêtés du ministre des armées du 20 février 2024 portant titularisation et reclassement dans le corps des ingénieurs civils de la défense et portant avancement d’échelon sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées et des anciens combattants de régulariser la situation administrative et financière de Mme A... en la titularisant dans le premier grade du corps des ingénieurs civils de la défense à compter du 10 mars 2021 avec une reprise d’ancienneté de quatre années, un mois et vingt-quatre jours, en la reclassant à compter de cette date au troisième échelon de ce grade, avec une reprise d’ancienneté de sept mois et vingt-quatre jours, puis au quatrième échelon du grade d’ingénieur à compter du 16 juillet 2022 et de la rétablir dans ses droits statutaires et financiers découlant de ces reclassements, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Mme A... une somme de 1 800 euros (mille huit cents) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la ministre des armées et des anciens combattants.


Délibéré après l'audience du 20 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.



La rapporteure,

signé

Z. Corthier
La présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz




La République mande et ordonne à la ministre des armées et des anciens combattants en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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