mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre - Juge unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) des Yvelines a rejeté son recours préalable obligatoire tendant à lui reconnaitre la qualité de travailleur handicapé (RQTH) et l'orientation professionnelle.
Elle soutient que depuis un accident de voiture en 2008, elle souffre de différentes pathologies qui engendrent des conséquences importantes dans sa vie professionnelle et personnelle ; que la RQTH lui est indispensable pour bénéficier d'un aménagement matériel et organisationnel sur son poste de travail.
Par un mémoire, enregistré le 8 février 2023, la Maison départementale des personnes handicapées des Yvelines conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, demande au tribunal, dans le cas où la décision serait annulée, de fixer le taux d'incapacité de Mme A, de fixer la durée d'attribution de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et de fixer la durée d'attribution de l'orientation professionnelle vers le milieu ordinaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Sauvageot a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux décisions du 21 avril 2022, la CDAPH des Yvelines a rejeté les demandes présentées par Mme A de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et d'orientation professionnelle. Par une décision du 3 novembre 2022, la CDAPH a rejeté le recours préalable formé à l'encontre de ces décisions. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Les recours formés contre les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application des dispositions précitées des 1° et 4° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi d'un tel recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur la qualité de travailleur handicapé de la personne intéressée et son orientation professionnelle, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. Aux termes de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap, au sens de la loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouve de santé invalidant. ". Aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L.5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle ". Il résulte des dispositions précitées que la qualité de travailleur handicapé doit être appréciée en tenant compte, d'une part, de l'état de santé du demandeur et, d'autre part, de ses qualifications et de l'emploi qu'il occupe ou de celui qu'il aurait vocation à occuper.
4. Pour contester la décision du 3 novembre 2022, Mme A fait valoir qu'elle souffre de différentes pathologies à la suite d'un accident de voiture, qui engendrent des conséquences sur sa vie personnelle et professionnelle. Elle a produit dans le cadre de la présente instance, de nombreuses ordonnances, un compte-rendu opératoire, deux certificats médicaux ainsi qu'une IRM et une radiographie qui concluent que l'intéressée souffre d'une névralgie cervicobrachiale provoquant des douleurs neuropathiques insomniantes avec paresthésies essentiellement dans le bras droit, mal contrôlées par les antalgiques. En outre, le certificat médical établi par le médecin du travail en décembre 2022 à destination de la MDPH des Yvelines précise le retentissement des pathologies de Mme A sur son aptitude à occuper un emploi, que l'intéressée nécessite des aménagements de poste pour se maintenir dans l'emploi pour lesquels la RQTH est un " besoin ", que Mme A exerce son emploi en temps partiel thérapeutique avec des horaires décalés en raison des insomnies et que l'aménagement de poste est compliqué. Les éléments produits attestent ainsi que les possibilités de Mme A d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles et mentales au sens des dispositions précitées de l'article L. 5213-1 du code du travail.
5. Il s'ensuit que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de la CDAPH des Yvelines du 3 novembre 2022, prise sur recours administratif préalable obligatoire contre les décisions du 21 avril 2022.
6. Enfin, dans le présent plein contentieux, il appartient au tribunal de fixer lui-même tout ou partie des droits de l'intéressée ou de la renvoyer au besoin devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement. En l'espèce, eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la maison départementale des personnes handicapées des Yvelines de reconnaître à Mme A la qualité de travailleur handicapé, pour une durée de trois ans, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 novembre 2022 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) des Yvelines a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de Mme A contre sa précédente décision du 21 avril 2022 refusant de lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) des Yvelines de reconnaître à Mme A la qualité de travailleur handicapé pour une durée de trois ans, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la maison départementale des personnes handicapées des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La magistrate désignée
Signé
J. Sauvageot
La greffière,
Signé
C. DelannoyLa République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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