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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209895

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209895

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantYAO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a examiné les requêtes de M. B, praticien attaché associé, contestant sa suspension conservatoire (8 novembre 2022) et son exclusion définitive (3 février 2023) prononcées par le centre hospitalier Sud Francilien. Le tribunal a relevé d'office que la situation de M. B ne relevait pas des dispositions de l'article R. 6152-930 du code de la santé publique, applicables aux seuls praticiens associés régis par un statut distinct. En conséquence, il a annulé la décision de suspension conservatoire pour incompétence de l'autorité signataire et a annulé la sanction d'exclusion définitive pour vice de procédure, faute de saisine régulière de la commission médicale d'établissement. Le tribunal a rejeté les conclusions à fin d'injonction en raison de la démission de M. B et a mis à la charge du centre hospitalier les frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 29 décembre 2022 sous le n° 2209895 et deux mémoires enregistrés les 19 février et 27 juin 2024, M. A B, représenté par Me Yao, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1) d'annuler la décision du 8 novembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier Sud Francilien l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire ;

2) d'enjoindre au centre hospitalier de le réintégrer dans ses fonctions dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête, présentée dans le délai de recours contentieux, est recevable ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors, d'une part, que la sanction n'a pas été notifiée au conseil de l'ordre et au directeur de l'unité de formation, en méconnaissance des articles R. 6152-626 et R. 6152-930 du code de la santé publique et, d'autre part, que les autorités mentionnées à l'article R. 6152-931 du même code n'ont pas été informées de la suspension ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dans la mesure où il a été victime d'une usurpation d'identité et n'a pas commis les faits qui lui sont reprochés ;

- elle constitue une sanction déguisée constitutive d'un détournement de pouvoir ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, les conditions cumulatives prévues pour une telle mesure n'étant pas remplies ;

- elle est disproportionnée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 mai et 10 juillet 2024, le centre hospitalier Sud Francilien, représenté par Me Pareydt, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à la réintégration de M. B sont dépourvues d'objet dès lors qu'ayant fait l'objet d'une sanction d'exclusion définitive le 3 février 2023 et ayant en outre adressé une lettre de démission mettant un terme à son contrat le 31 janvier 2023, sa suspension a pris fin ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 28 mars 2023 sous le n° 2302503 et deux mémoires enregistrés les 19 février et 27 juin 2024, M. A B, représenté par Me Yao, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1) d'annuler la décision du 3 février 2023 prononçant à son encontre la sanction de l'exclusion définitive du statut de praticien associé ;

2) d'enjoindre au centre hospitalier de le réintégrer dans ses fonctions dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête, présentée dans le délai de recours contentieux, est recevable ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que la commission médicale d'établissement a été saisie dans les délais réglementaires ;

- elle est irrégulière, dès lors qu'elle mentionne la date du 3 février 2022, antérieure à l'engagement de la procédure disciplinaire, et que l'incertitude sur la date réelle de cette décision ne permet pas de considérer que le délai de trois mois dont disposait le directeur du centre hospitalier en application de l'article R. 6152-930 du code de la santé publique pour prononcer une sanction a été respecté ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dans la mesure où il a été victime d'une usurpation d'identité et n'a pas commis les faits qui lui sont reprochés ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée constitutive d'un détournement de pouvoir ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnait les stipulations des articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 mai et 10 juillet 2024, le centre hospitalier Sud Francilien, représenté par Me Pareydt, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à la réintégration de M. B sont dépourvues d'objet dès lors qu'il a adressé une lettre de démission mettant un terme à son contrat le 31 janvier 2023 ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que la situation de M. B, praticien attaché associé, ne relevait pas des dispositions de l'article R. 6152-930 du code de la santé publique applicable aux seuls agents régis par le statut distinct des praticiens associés.

M. B a présenté le 1er novembre 2024 des observations en réponse au moyen d'ordre public.

M. B a produit un mémoire enregistré le 5 novembre 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction, non communiqué.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale en substituant à l'article R. 6152-930 du code de la santé publique, qui n'est pas applicable aux praticiens attachés associés, servant de fondement légal à la décision du 3 février 2023, les dispositions de l'article R. 6152-626 du même code.

Le centre hospitalier Sud Francilien a présenté le 18 novembre 2024 des observations en réponse au moyen d'ordre public.

M. B a présenté le 18 novembre 2024 des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 ;

- le décret n° 2022-1693 du 27 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- les observations de Me Yao, représentant M. B,

- et les observations de Me Ioannidou, substituant Me Pareydt, représentant le centre hospitalier Sud Francilien.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté le 10 mars 2022 par le centre hospitalier Sud Francilien le 10 mars 2022 pour exercer du 2 mai au 1er novembre 2022 en tant que faisant fonction d'interne en médecine, et a été affecté au service de neurologie. Il a ensuite conclu un contrat le 14 septembre 2022 pour exercer en qualité de praticien attaché associé des établissements publics de santé au sein du même service pour une durée d'un an à compter du 1er novembre 2022. A la suite du signalement de comportements inadaptés à l'égard de plusieurs infirmières, il a fait l'objet d'une décision de suspension de fonctions à titre conservatoire du 8 novembre 2022. Par une décision du 3 février 2023, la sanction de l'exclusion définitive du statut de praticien associé a été prononcée à son encontre. Par ses requêtes, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions des 8 novembre 2022 et 3 février 2023.

2. Les requêtes n° 2209895 et 2302503 ont été introduites par le même requérant et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 novembre 2022 :

3. Aux termes de l'article R. 6152-627 du code de la santé publique, qui est applicable aux praticiens attachés associés en vertu de l'article R. 6152-633 de ce code : " Dans l'intérêt du service, un praticien attaché faisant l'objet d'une procédure disciplinaire peut être suspendu de ses fonctions par décision du directeur de l'établissement après avis du président de la commission médicale d'établissement, pour une durée maximale de trois mois () ".

4. En premier lieu, une mesure de suspension de fonctions prononcée à l'encontre d'un praticien attaché associé en application de l'article R. 6152-627 du code de la santé publique, qui est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service, ne constitue pas une sanction disciplinaire. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que les garanties disciplinaires prévues par les articles R. 6152-626 et R. 6152-930 du code de la santé publique auraient été méconnues.

5. En deuxième lieu, la mesure de suspension attaquée ayant été prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 6152-627 du code de la santé publique applicables aux praticiens attachés associés, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 6152-931 du code de la santé publique du même code, applicables aux seuls agents régis par le statut distinct des praticiens associés.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 8 novembre 2022 suspendant M. B de ses fonctions n'a pas été prise par le directeur du centre hospitalier au titre des attributions qui lui sont conférées par l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, en particulier celle d'exercer son autorité sur l'ensemble du personnel de son établissement lui permettant de suspendre les activités cliniques et thérapeutiques d'un praticien hospitalier dans des circonstances exceptionnelles mettant en péril la continuité du service ou la sécurité des patients, mais sur le fondement des dispositions spécifiques de l'article R. 6152-627 du code de la santé publique, applicables aux praticiens attachés et aux praticiens attachés associés faisant l'objet d'une procédure disciplinaire. Dès lors que M. B était employé en qualité de praticien attaché associé par le centre hospitalier Sud Francilien, le directeur de ce centre hospitalier pouvait légalement, indépendamment de la présence ou de l'absence de circonstances exceptionnelles mettant en péril la continuité du service et la sécurité des patients, et sans avoir à en informer une autre autorité administrative, suspendre l'intéressé de ses fonctions dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique doit être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, la suspension d'un praticien décidée en application de l'article R. 6152-627 du code de la santé publique est une mesure conservatoire, prise dans l'intérêt du service lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.

8. M. B soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'il aurait été victime d'une usurpation d'identité par la création d'un compte de messagerie à son nom par un tiers, au moyen duquel a été envoyée une vidéo à caractère sexuel en vue de lui nuire, et n'aurait pas commis les faits reprochés. Il doit également être regardé, en soutenant que la décision est disproportionnée, comme invoquant le moyen tiré de ce que les faits ne revêtaient pas un caractère suffisant de gravité pour justifier la mesure de suspension. Toutefois, d'une part, il n'apporte aucune pièce ni aucun élément à l'appui de ses allégations autres que ses propres déclarations, en se bornant à produire une capture d'écran de téléphone portable non datée et une plainte adressée au procureur de la République, alors que le centre hospitalier produit les témoignages concordants et circonstanciés de plusieurs infirmières relatant ces faits. D'autre part et en tout état de cause, à supposer que M. B n'ait effectivement pas envoyé la vidéo à caractère sexuel mentionnée dans le courrier du 8 novembre 2022 accompagnant la décision attaquée, il résulte de l'instruction que le directeur du centre hospitalier aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur les autres faits, susceptibles d'être qualifiés d'agressions sexuelles et de harcèlements sexuels, commis à l'égard de deux infirmières de l'établissement, mentionnés dans ce courrier et ayant également fondé la décision. Il ressort ainsi des pièces du dossier que six témoignages concordants, recueillis du 20 septembre au 13 octobre 2022, évoquent de manière précise des attouchements et des propos répétés de nature sexuelle, ainsi que des messages électroniques et l'envoi de photographies et vidéos de même nature, imposés par l'intéressé sur des périodes de plusieurs mois à au moins deux infirmières du centre hospitalier dont l'une a à ce titre déposé une plainte pénale pour agression sexuelle le 31 octobre 2022. Compte tenu de l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, les faits reprochés à l'intéressé portés à la connaissance du directeur du centre hospitalier d'Arpajon présentaient un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier une suspension de fonctions à titre conservatoire. Par suite, les moyens doivent être écartés.

9. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure de suspension de fonctions litigieuse soit constitutive d'une sanction disciplinaire déguisée, alors qu'il est constant qu'elle a été prononcée, conformément à son objet, dans le cadre du déclenchement effectif de poursuites disciplinaires. Si, à cet égard, M. B se prévaut de son expulsion physique de l'établissement, cette circonstance à la supposer établie n'est pas de nature à révéler l'existence d'une telle sanction. Il en va de même de l'éventuelle incitation des victimes à porter plainte. Il ne ressort pas davantage des autres pièces du dossier que le directeur du centre hospitalier aurait agi dans un but étranger à celui au vu duquel le pouvoir de prendre cet acte lui a été conféré. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un détournement de pouvoir doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 février 2023 :

10. Aux termes de l'article 5 du décret du 27 décembre 2022 portant diverses dispositions relatives aux praticiens hospitaliers : " I. - Par dérogation aux dispositions de l'article R. 6152-901 du code de la santé publique, relèvent du statut de praticien associé à la date du 1er janvier 2023 les praticiens relevant du B du IV et du V de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 susvisée, bénéficiant d'une attestation permettant un exercice temporaire et n'ayant pas fait l'objet, au 31 décembre 2022, d'une décision du ministre chargé de la santé prise après avis de la commission nationale d'autorisation d'exercice prévu au même article. / Ils sont affectés par le directeur général de l'agence régionale de santé dans l'établissement figurant sur l'attestation mentionnée à l'alinéa précédent. Cette affectation prend fin en cas de rejet de la demande d'autorisation d'exercice du candidat. () Le contrat pour les praticiens attachés associés et assistants associés, la convention pour les stagiaires associés ou l'affectation pour les faisant fonction d'internes en cours prend fin à la date du 31 décembre 2022 () ". Aux termes du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale pour 2007 : " Par exception au sixième alinéa du I de l'article 60 de la loi n° 99-641 du 27 juillet 1999 précitée et au huitième alinéa du I de l'article 69 de la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 précitée, les médecins titulaires d'un diplôme, certificat ou autre titre obtenu dans un Etat non membre de l'Union européenne ou non partie à l'accord sur l'Espace économique européen et permettant l'exercice de la profession dans le pays d'obtention de ce diplôme, certificat ou titre, présents dans un établissement entre le 1er octobre 2018 et le 30 juin 2019 et ayant exercé des fonctions rémunérées, en tant que professionnel de santé, pendant au moins deux ans en équivalent temps plein depuis le 1er janvier 2015 se voient délivrer une attestation permettant un exercice temporaire, sous réserve du dépôt d'un dossier de demande d'autorisation d'exercice avant le 30 juin 2021 ou au plus tard trois mois après la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire déclaré par l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19, le cas échéant prolongé dans les conditions prévues par cet article () ".

11. M. B, qui a conclu un contrat d'une durée d'un an le 14 septembre 2022 pour exercer en qualité de praticien attaché associé des établissements publics de santé, bénéficiait d'une attestation permettant un exercice temporaire. Il relevait au 31 décembre 2022 du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 et ne justifie pas avoir fait l'objet à cette date d'une décision du ministre chargé de la santé prise après avis de la commission nationale d'autorisation d'exercice. Par conséquent, son contrat de praticien attaché associé a pris fin le 31 décembre 2022 et il relevait, en application des dispositions précitées, du statut de praticien associé à partir du 1er janvier 2023.

12. En premier lieu, aux termes de l'article R. 6152-930 du code de la santé publique,: " Les sanctions disciplinaires applicables aux praticiens associés sont : () 4° L'exclusion définitive du statut de praticien associé. / Ces sanctions sont prononcées par le directeur de l'établissement d'affectation, après avis de la commission médicale d'établissement () ".

13. En l'espèce, le centre hospitalier produit l'avis de la commission médicale d'établissement rendu le 31 janvier 2023, conformément aux dispositions de l'article R. 6152-930 du code de la santé publique applicable à la situation de M. B. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

14. En deuxième lieu, si la décision attaquée mentionne la date du 3 février 2022, antérieure à la mise en œuvre de la procédure disciplinaire, cette circonstance qui procède d'une erreur de plume, comme en atteste la mention de la date du 3 février 2023 figurant sur le courrier d'accompagnement d'une telle décision, est sans influence sur la légalité de la décision contestée.

15. En troisième lieu, la procédure au terme de laquelle l'autorité administrative compétente exerce son pouvoir disciplinaire n'entre pas dans le champ d'application de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article est inopérant.

16. En quatrième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

17. Si M. B soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'il aurait été victime d'une usurpation d'identité par la création d'un compte de messagerie à son nom par un tiers, au moyen duquel a été envoyée une vidéo à caractère sexuel en vue de lui nuire, et n'aurait pas commis les faits reprochés, il n'apporte aucune pièce ni aucun élément à l'appui de ses allégations autres que ses propres déclarations, en se bornant à produire une capture d'écran de téléphone portable non datée et une plainte adressée au procureur de la République, alors que le centre hospitalier produit les témoignages concordants et circonstanciés de plusieurs infirmières permettant d'établir la matérialité de ces faits. En tout état de cause, à supposer même que M. B n'ait effectivement pas envoyé la vidéo à caractère sexuel mentionnée dans le courrier du 8 novembre 2022 accompagnant la décision attaquée, il résulte de l'instruction que le directeur du centre hospitalier aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur les autres faits, susceptibles d'être qualifiés d'agressions sexuelles et de harcèlements sexuels, commis à l'égard de deux infirmières de l'établissement, mentionnés dans ce courrier et ayant également fondé la décision. Il ressort ainsi des pièces du dossier, en particulier des six témoignages concordants recueillis du 20 septembre au 13 octobre 2022, que M. B a imposé à au moins deux infirmières de l'établissement, dont l'une a à ce titre déposé une plainte pénale pour agression sexuelle, des attouchements et des propos répétés de nature sexuelle, ainsi que des messages électroniques et l'envoi de photographies et vidéos de même nature, sur des périodes de plusieurs mois. De tels faits, dont la matérialité est établie, sont constitutifs d'une faute disciplinaire et justifiaient à eux-seuls, eu égard à la gravité des manquements et aux désordres dans le service qui en ont résulté, la sanction prononcée, qui n'est pas disproportionnée. Les moyens doivent donc être écartés.

18. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, les conséquences de la sanction contestée sur les moyens de subsistance de l'intéressé ne peuvent être regardées comme portant au droit au respect de sa vie privée et familiale que des atteintes nécessaires et proportionnées aux objectifs d'intérêt général que poursuit le pouvoir disciplinaire lorsque, à raison de leurs agissements fautifs, il inflige aux agents publics des sanctions dont le caractère proportionné est susceptible d'être contrôlé par le juge. Par suite et eu égard à ce qui a été exposé au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. En dernier lieu, la décision attaquée constituant une sanction disciplinaire, M. B ne peut utilement soutenir qu'elle constituerait une sanction déguisée. Par ailleurs, il ne ressort pas des autres pièces du dossier que le directeur du centre hospitalier aurait agi dans un but étranger à celui au vu duquel le pouvoir de prendre cet acte lui a été conféré. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un détournement de pouvoir doit être écarté

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation des décisions des 8 novembre 2022 et 3 février 2023 doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le centre hospitalier sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Sud Francilien présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Sud Francilien.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2209895 - 2302503

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