lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2302096 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars 2023 et 29 juin 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour et l'arrêté du 22 août 2022 par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé ou à défaut de saisir la commission du titre de séjour pour réexaminer sa situation ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme qu'il appartiendra au tribunal de fixer en équité en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet attaquée est entachée d'un vice de procédure tenant au défaut d'avis motivé de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des exigences de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation, à défaut de réponse à sa demande de communication de motifs dans le délai d'un mois ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le 3° de l'article L. 631-2 et le 5° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une mesure d'expulsion.
La procédure a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire.
Par décision du 20 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé, sur sa proposition, le rapporteur public de prononcer ses conclusions au cours de l'audience publique.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lellouch a été entendu au cours de l'audience publique.
1. M.Ce, ressortissant géorgien né le 3 octobre 1985, a sollicité en octobre 2021 auprès des services de la préfecture de l'Essonne sa régularisation en qualité d'étranger malade et subsidiairement son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 29 août 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. Cet arrêté s'est substitué à la décision implicite de rejet précédemment née du silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur la demande de titre de séjour. Il s'ensuit que la requête de M. A doit être regardée comme exclusivement dirigée contre l'arrêté expresse du 29 août 2022.
2. En premier lieu, M. A ne peut utilement invoquer le défaut de motivation de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour qu'il a présentée, à laquelle l'arrêté du 29 août 2022 s'est substitué. Cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde.
3. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. " Et aux termes de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. "
4. M. A ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, résider habituellement en France depuis plus de dix ans, et notamment n'apporte pas d'élément pour établir sa présence en France entre 2015 et 2018, et il est en outre constant qu'il a quitté la France en exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai dont il a fait l'objet le 1er novembre 2018. Le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour ne pouvait intervenir sans saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. A déclare résider en France en 2011 avec son épouse et le fils de celle-ci, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement, d'abord par un arrêté du 9 juillet 2014 du préfet de l'Essonne, puis par un arrêté du préfet de l'Orne du 24 novembre 2015 et, enfin, par un arrêté du 1er novembre 2018 du préfet de la Seine-Saint-Denis lui interdisant en outre le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il indique dans le cadre de sa demande d'admission au séjour avoir quitté le territoire à la suite de cette dernière mesure d'éloignement et regagné la France en février 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Si M. A justifie d'un taux d'incapacité de 80% justifiant l'allocation adulte handicapé, il n'établit pas avoir bénéficié d'un quelconque titre de séjour en raison de son état de santé. Enfin, M. A n'apporte aucun élément relatif à la situation administrative de son épouse et du fils de cette dernière ni ne justifie d'une vie commune avec celle-ci. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le refus de lui délivrer un titre de séjour et la mesure d'éloignement dont ce refus est assorti ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En troisième lieu, l'arrêté attaqué n'étant pas une mesure d'expulsion prise sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du même code, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 631-2 et 3 de ce code. A supposer qu'il puisse être regardé comme invoquant la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, M. A se borne à soutenir qu'il est " malade " en produisant une carte mobilité inclusion et la décision lui reconnaissant un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80%. Ainsi, il n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et son état de santé lui permet de voyager sans risque. Le moyen tiré de ce que son état de santé ferait obstacle à son éloignement doit dès lors être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente-rapporteure,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Lellouch
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
F. Gibelin
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
[BY1]
5
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026