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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302369

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302369

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Crandal

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a examiné les requêtes de M. B contestant les décisions implicites de la CAF des Yvelines rejetant ses recours contre des indus de prime d'activité et d'allocation de logement sociale. Le requérant invoquait notamment un défaut de motivation, une violation du contradictoire et l'absence de preuve de l'assermentation de l'agent de contrôle. La CAF a justifié les indus par des omissions déclaratives de revenus. Le tribunal a joint les deux requêtes et, après audience, a rejeté l'ensemble des demandes de M. B, confirmant le bien-fondé des indus et la régularité de la procédure suivie par la caisse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 mars 2023 et le 14 juin 2024 sous le numéro 2302369, M. A B, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de la caisse d'allocations familiales des Yvelines rejetant son recours du 27 septembre 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours du 8 mars 2023 contre des décisions mettant à sa charge des trop-perçus de prime d'activité et d'allocation de logement sociale. Il demande au tribunal de prononcer la décharge des indus mis à sa charge. Il demande d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales et au conseil départemental de lui rembourser les indus. Il demande également que soit mis à la charge de la caisse d'allocations familiales des Yvelines et du conseil départemental des Yvelines le versement à Me Moutoussamy de la somme de 1 000 euros en contrepartie de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la commission de recours amiable aurait dû être consultée avant la décision portant sur l'indu d'aide au logement ;

- les décisions de rejet de ses recours ne sont pas motivées conformément aux dispositions des articles L.211-2, L.211-5 et L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration ;

- aucune réponse n'a été apportée à sa demande de communication de motifs du 4 avril 2023 ;

- les règles relatives à l'exercice du droit de communication de l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale n'ont pas été respectées ;

- malgré sa demande, le rapport d'enquête ne lui a pas été communiqué, ce qui porte atteinte au principe du contradictoire ;

- il n'a pas été informé de son droit à se faire assister en vue du contrôle ;

- l'agent de contrôle n'a pas été régulièrement désigné par la directeur de la caisse d'allocations familiales ;

- la preuve n'est pas rapportée de l'agrément et de l'assermentation de l'agent de l'agent ayant effectué le contrôle ;

- les indus de prime d'activité et d'aide au logement mis à sa charge ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 14 septembre 2023, la direction de la caisse d'allocations familiales des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'intéressé a omis de déclarer divers revenus au titre de l'année 2020 ayant entraîné un trop-perçu de prime d'activité de 659,49 euros pour la période d'octobre 2020 à avril 2021 et que par la suite, l'absence de prise en compte d'une indemnisation de chômage a été la cause d'un indu d'allocation de logement sociale.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mars 2023 et le 14 juin 2024 sous le numéro 2302446, M. A B, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de la caisse d'allocations familiales des Yvelines rejetant son recours du 27 septembre 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours du 8 mars 2023 contre des décisions mettant à sa charge des trop-perçus de prime d'activité. Il demande au tribunal de prononcer la décharge des indus mis à sa charge. Il demande d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales et au conseil départemental de lui rembourser les indus. Il demande également que soit mis à la charge de la caisse d'allocations familiales des Yvelines et du conseil départemental des Yvelines le versement à Me Moutoussamy de la somme de 1 000 euros en contrepartie de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions de rejet de ses recours ne sont pas motivées conformément aux dispositions des articles L.211-2, L.211-5 et L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration ;

- aucune réponse n'a été apportée à sa demande de communication de motifs du 4 avril 2023 ;

- les règles relatives à l'exercice du droit de communication de l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale n'ont pas respectées ;

- malgré sa demande le rapport d'enquête ne lui a pas été communiqué, ce qui porte atteinte au principe du contradictoire ;

- il n'a pas été informé de son droit à se faire assister en vue du contrôle ;

- l'agent de contrôle n'a pas été régulièrement désigné par la directeur de la caisse d'allocations familiales ;

- la preuve n'est pas rapportée de l'agrément et de l'assermentation de l'agent de l'agent ayant effectué le contrôle ;

- les indus mis à sa charge ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 16 juin 2023, la direction de la caisse d'allocations familiales des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'intéressé a omis de déclarer divers revenus au titre de la période de mai 2021 à avril 2022 entraînant un trop-perçu de 2 181,31 euros dont 1 865,31 au titre de la prime d'activité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024 en présence de Mme Paulin greffière d'audience :

- le rapport de M. Crandal ;

- les parties ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée, par appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était allocataire de la caisse d'allocations familiales des Yvelines au titre de la prime d'activité et l'allocation de logement sociale. A la suite d'un premier contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales des Yvelines lui a adressé un courrier du 21 décembre 2021 lui demandant de lui faire parvenir des justificatifs de ses ressources. Par un courrier du 10 mai 2022, la caisse d'allocations familiales des Yvelines a mis à la charge de M. B un indu de 659,49 euros de prime pour l'activité pour la période d'août 2020 à avril 2021. Saisie de la demande de remise de dettes du requérant du 9 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales lui a accordé par décision du 14 octobre 2022, une remise partielle d'un montant de 494,62 euros. Par courrier du 20 août 2022, la caisse d'allocations familiales a mis à la charge de M. B un indu de 111 euros d'allocation de logement sociale pour changement de situation à compter de mai 2022. Par courrier du 27 septembre 2022, M. B a adressé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre des décisions du 10 mai 2022 et du 20 août 2022. Ce recours a fait l'objet d'un rejet implicite.

2. A la suite d'un second contrôle de sa situation, par un courrier du 15 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales des Yvelines a demandé à M. B de lui faire parvenir des justificatifs de ses ressources. Par courrier du 18 novembre 2022, M. B était informé par la caisse d'allocations familiales qu'un réexamen de son dossier entraînait le changement de ses droits en février 2022 et qu'un indu d'allocation de logement sociale de 70 euros était mis à sa charge. Par courrier du 25 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales a informé M. B qu'il résultait d'un échange d'informations avec Pole Emploi qu'un indu de 284 euros d'allocation de logement sociale était mis à sa charge pour la période de mai à août 2022. Par un courrier du 27 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales des Yvelines a mis à la charge de M. B un indu de 2 181,31 euros de prime pour l'activité et d'allocation de logement sociale pour la période de mai 2021 à avril 2022. Le 8 mars 2023, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre ces décisions, notifié le 13 mars 2023 à la caisse d'allocations familiales. La caisse d'allocations familiales a rejeté implicitement ce recours.

3. Par les présentes requêtes, M. B demande l'annulation des deux décisions implicites rejetant ses recours administratif préalable obligatoire des 27 septembre 2022 et 8 mars 2023 contre les décisions mettant à sa charge des indus de prime d'activité et d'allocation de logement sociale et le remboursement des sommes qu'il estime lui être dues.

Sur la jonction des requêtes n° 2302369 et 2302446 :

4. Les requêtes n° 2302369 et 2302446 intéressent la situation d'une même allocataire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et de statuer par un jugement commun.

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité ou d'aide personnalisée au logement, entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité ou d'aide personnalisée au logement, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie d'un indu de prime d'activité ou d'aide personnalisée au logement, d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée ou s'il décide de prescrire cette mesure d'office, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de légalité externe.

Sur la régularité des décisions de rejet implicite des recours du 27 septembre 2022 et du 8 mai 2023 en tant qu'elles concernent l'allocation de logement sociale :

6. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation désormais applicable, " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; / b) L'allocation de logement sociale. ". Et aux termes de l'article 3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : / 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement ; 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. () ". Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ". Et aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. / Ses décisions sont motivées. ".

7. M. B soutient que la commission de recours amiable n'a pas été saisie pour avis préalablement au rejet de ses recours administratifs préalables obligatoires en tant qu'ils portaient sur les indus d'allocation de logement sociale mis à sa charge. Si le directeur de la caisse d'allocations familiales des Yvelines soutient dans son mémoire en défense que la commission de recours amiable avait été consultée en septembre 2022, il ne justifie auprès du tribunal ni d'un avis de cette commission, ni même de sa saisine consécutivement aux recours exercés par M. B le 27 septembre 2022 et le 8 mars 2023. La consultation obligatoire de la commission de recours administratif constitue une garantie pour les bénéficiaires des aides au logement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que les décisions implicites de rejet de ses recours administratifs préalables ont été prises au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions des articles précités du code de la construction et de l'habitation. Une telle omission de consultation préalable, qui a privé M. B d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité des décisions attaquées.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens relatifs à la régularité de la requête, que les décisions de rejet implicites des recours des 27 septembre 2022 et 8 mars 2023 par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales des Yvelines a maintenu à la charge de M. B des indus d'allocation de logement sociale pour un montant de 111 euros, de 284 euros, de 70 euros et de 316 euros doivent être annulées.

Sur la régularité des décisions de rejet implicite des recours des 27 septembre 2022 et 8 mars 2023 en tant qu'elles concernent la prime d'activité :

9. Aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, applicable à la décision attaquée : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 3° imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Aux termes de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

Sur la régularité de la décision de rejet implicite du recours du 27 septembre 2022 :

10. Il résulte de l'instruction que M. B a adressé par courrier du 21 septembre 2022 une demande de remise gracieuse de l'indu de 659,49 euros mis à sa charge au titre de la prime d'activité pour la période d'août 2020 à avril 2021 par le courrier du 10 mai 2022 de la caisse d'allocations familiales des Yvelines. Celle-ci lui a accordé une remise partielle de sa dette à hauteur de 494,62 euros par décision du 14 octobre 2022. Cette décision est motivée par la prise en compte de l'état de précarité qui résulte du quotient familial de M. B. Toutefois, par courrier du 27 septembre 2022, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire dirigé à la fois contre la décision du 10 mai 2022 mettant à sa charge un indu de prime d'activité de 659,49 euros pour la période d'août 2020 à avril 2021 et contre la décision du 20 août 2022 mettant à sa charge un indu d'allocation de logement sociale de 111 euros pour la période de mai à juillet 2022. Aucune réponse ne lui a été adressée par la caisse d'allocations familiales des Yvelines alors qu'il demandait notamment à la caisse d'allocations familiales de lui indiquer les éléments sur lesquels était fondé le calcul des indus mis à sa charge. L'enregistrement de la requête de M. B le 23 mars 2023 ne pouvait constituer une circonstance dispensant la caisse d'allocations familiales de son obligation de communication des motifs résultant de la loi précitée dès lors que d'une part, le requérant avait demandé à la caisse d'allocations familiales de lui communiquer les motifs de rejet de son recours en cas de naissance d'une décision implicite de rejet de celui-ci et que d'autre part, il a réitéré sa demande à la caisse d'allocations familiales de lui communiquer ces motifs par un courrier notifié le 5 avril 2023. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire du 27 septembre 2022 est illégale. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens concernant sa régularité, la décision attaquée en tant qu'elle maintient un indu de prime d'activité de 164,87 euros à sa charge, doit être annulée.

Sur la régularité de la décision de rejet implicite née le 13 mai 2023 :

11. Il résulte de l'instruction que M. B a adressé un recours administratif préalable obligatoire notifié le 13 mars 2023 à la suite de la décision de la caisse d'allocations familiales des Yvelines du 27 décembre 2022 mettant à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 1 865,31 euros pour la période de mai 2021 à avril 2022. Ce recours a fait l'objet d'un rejet implicite à compter du 13 mai 2023. Dans son courrier du 8 mars 2023 formant recours, M. B demandait à la caisse d'allocations familiales de lui communiquer les éléments fondant le calcul de l'indu mis à sa charge ainsi que les motifs de rejet de son recours pour le cas où une décision de rejet implicite serait prise. Aucune réponse ne lui a été adressée par la caisse d'allocations familiales des Yvelines. L'enregistrement de la requête de M. B le 27 mars 2023 ne pouvait constituer une circonstance dispensant la caisse d'allocations familiales de son obligation de communication des motifs résultant de la loi précitée. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire du 8 mars 2023 est illégale. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens concernant la régularité de la décision attaquée, celle-ci doit être annulée.

Sur le bien-fondé des indus de prime d'activité :

12. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L.842-4 de ce code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

13. La caisse d'allocations familiales des Yvelines justifie, dans son mémoire en défense, les indus mis à la charge de M. B par l'insuffisance des montants de salaires déclarés au titre de 2020 et de 2021 et par l'omission de déclaration de certaines ressources. M. B soutient que les indus mis à sa charge ne sont pas fondés dès lors qu'il a effectué toutes les déclarations relatives à ses ressources et aux changements de sa situation.

14. Il résulte de l'instruction en premier lieu que M. B a déclaré 11 155 euros de salaires au moyen des déclarations trimestrielles de ressources qu'il a adressées à la caisse d'allocations familiales au titre de l'année 2020 alors que son avis d'imposition sur les revenus au titre de la même année mentionne 11 621 euros au titre des salaires et 3 025 euros de pension alimentaire perçue. M. B qui se borne à produire une copie d'écran dépourvue de toute date de ses ressources pour 2020 issue de son compte à la caisse d'allocations familiales ne rapporte pas la preuve qui lui incombe qu'il a bien déclaré la totalité du montant des ressources ainsi qu'il y était tenu. Dès lors, sa contestation du bien-fondé de l'indu de prime d'activité de 659,49 euros au titre de la période d'août 2020 à avril 2021, et ce dans la limite de ce qui reste à sa charge après remise gracieuse, ne peut qu'être rejetée.

15. En second lieu, M. B a déclaré 8 419 euros de salaires au moyen des déclarations trimestrielles de ressources qu'il a adressées à la caisse d'allocations familiales au titre de l'année 2021 alors que son avis d'imposition sur les revenus au titre de la même année mentionne 8 189 euros au titre des salaires et 2 581 euros de pension alimentaire perçue. La caisse d'allocations familiales fait valoir que M. B a omis de déclarer 346 euros d'indemnités journalières perçues en 2021. Si M. B conteste le montant de 8 419 euros de salaires qu'il a perçu en 2021, ce montant résulte de ses déclarations trimestrielles. Au demeurant, il ne justifie pas avoir adressé un rectificatif à la caisse d'allocations familiales. Il ne conteste pas n'avoir pas déclaré la pension alimentaire de 2 581 euros qu'il a perçue et le montant de 346 euros d'indemnités journalières. M. B, qui se borne à produire une copie d'écran dépourvue de toute date de ses ressources pour 2021 issue de son compte à la caisse d'allocations familiales ne rapporte pas la preuve qui lui incombe qu'il a bien déclaré la totalité du montant de ses ressources ainsi qu'il y était tenu. Dès lors, sa contestation du bien-fondé de l'indu de prime d'activité de 1865,31 euros au titre de la période de mai 2021 à avril 2022 ne peut qu'être rejetée.

Sur le bien-fondé des indus d'allocation de logement sociale :

16. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources () ; 3° Le montant du loyer payé () ". Aux termes de l'article R. 822-3 du même code : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, (), selon les périodes de référence suivantes :1° Pour les ressources mentionnées à l'article R. 822-4 prises en compte par la déclaration sociale nominative définie à l'article L. 133-5-3 du code de la sécurité sociale () sur une période de référence courant du treizième au deuxième mois précédant la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement ". Aux termes du I de l'article R.822-4 de ce code : " I.- Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, () ". Aux termes de l'article R. 822-14 de ce code : " Lorsque le bénéficiaire ou son conjoint se trouve, depuis au moins deux mois consécutifs, à la date d'effet de la demande ou pendant au moins deux mois consécutifs au cours de la période de paiement, en chômage total et qu'il perçoit l'allocation d'assurance prévue à l'article L. 5422-1 du code du travail () , les revenus d'activité professionnelle dont bénéficie l'intéressé sont affectés d'un abattement de 30 %./ Cette mesure s'applique à partir du premier jour du deuxième mois civil suivant celui au cours duquel est intervenu le changement de situation./ () ". Aux termes de l'article R. 822-15 du code précité : " Il n'est tenu compte ni des revenus d'activité professionnelle, ni des indemnités de chômage de l'intéressé lorsque celui-ci ou son conjoint est en chômage total depuis au moins deux mois consécutifs à la date d'effet de la demande ou pendant au moins deux mois consécutifs au cours de la période de paiement et s'il se trouve dans l'une des situations suivantes:/ 1° Il ne bénéficie pas ou ne bénéficie plus d'une indemnisation dans les conditions mentionnées par l'article R. 822-14 ;/ 2° Son indemnisation a atteint le montant minimum prévu par l'accord mentionné à l'article L. 5422-20 du code du travail, après application du taux dégressif prévu à l'article L. 5422-3 du même code ;/ 3° Il perçoit l'allocation de solidarité spécifique prévue par les articles L. 5423-1 à L. 5423-3 du code du travail./Les droits sont examinés sur cette nouvelle base à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel sont intervenus le changement de situation, la cessation du versement ou la diminution du montant de l'allocation d'assurance, ou l'admission à l'allocation de solidarité spécifique./ Lorsque l'intéressé reprend une activité professionnelle rémunérée, il est tenu compte de ses ressources à partir du premier jour du mois civil au cours duquel intervient la reprise d'activité ". Enfin, aux termes de l'article R. 823-6 de ce code : " Le montant mensuel de l'aide personnelle au logement est calculé pour une période de trois mois à compter de la date à laquelle les conditions d'ouverture du droit à cette aide sont réunies, sous réserve des cas prévus aux articles R. 822-7 à R. 822-17, R. 823-7, R. 823-10 à R. 823-14 ainsi que, le cas échéant, R. 832-9. / Il est calculé sur la base du loyer effectivement payé pour le mois de juillet de l'année précédente ou, en cas d'accession à la propriété, sur la base de la mensualité acquittée au titre des charges./ Le droit à l'aide personnelle au logement et son montant mensuel sont réexaminés tous les trois mois sous réserve des cas prévus au premier alinéa, y compris, pendant une période qui ne peut dépasser neuf mois consécutifs, à la suite d'un réexamen aboutissant à un versement nul ou inférieur au seuil de versement, sans qu'il soit nécessaire à l'allocataire de déposer une nouvelle demande d'aide./ A l'expiration du délai de neuf mois, une nouvelle demande d'aide doit être déposée pour qu'il soit procédé à un nouvel examen du droit et que l'aide puisse être à nouveau versée ".

17. La caisse d'allocations familiales justifie les indu mis à la charge de M. B par la découverte de revenus non déclarés par l'intéressé. Ainsi les indus de 111 euros mis à sa charge par décision du 20 août 2022 pour la période de mai à juillet 2022 et de 284 euros mis à sa charge par décision du 26 novembre 2022 pour la période de mai à août 2022 ont-elles pour cause des informations de Pôle Emploi relatives à l'indemnisation comme demandeur d'emploi de M. B puis l'exercice d'une activité à compter du 15 octobre 2022. M. B n'établit pas avoir informé la caisse d'allocations familiales de ces changements intervenus dans sa situation, ni n'en conteste la réalité. De même les indus de 70 euros mis à sa charge au titre de février 2022 le 18 novembre 2022 et de 316 euros pour la période de mai 2021 à avril 2022 mis à sa charge le 27 décembre 2022 sont la conséquence la prise en compte de la ressource de pension alimentaire qu'il a omis de déclarer dans ses déclarations trimestrielles de ressources. La contestation du bien fondé des indus d'allocation de logement sociale mis à la charge de M. B ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions d'injonction à fin de remboursement :

18. Compte-tenu des motifs de l'annulation des décisions attaquées, et dès lors que les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à justifier la décharge des indus en litige, le présent jugement n'implique pas la décharge de ces indus de prime d'activité et d'allocations de logement sociale. En conséquence, les conclusions de M. B à fin qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales des Yvelines ou a fortiori au conseil départemental des Yvelines, qui n'est pas partie au litige, de rembourser les sommes qu'il allègue lui être dues ne peuvent qu'être rejetées.

19. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Yvelines une somme de 1 000 euros à verser à Me Moutoussamy, avocat de M. B, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Moutoussamy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de rejet implicite de la caisse d'allocations familiales des Yvelines des recours administratifs préalables obligatoires des 27 août 2022 et du 8 mars 2023 en tant qu'elles portent sur les indus d'allocation de logement sociale de 111 euros, de 284 euros, de 70 euros et de 316 euros et sur les indus de prime d'activité de 659,49 euros et de 1 865,31 euros sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à Me Moutoussamy la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Moutoussamy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au directeur de la caisse d'allocations familiales des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M CrandalLa greffière,

signé

S. Paulin

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. et 2302446

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