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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302477

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302477

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL LFMA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B et de la société HB, qui demandaient l'annulation de la décision du 7 mars 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant une autorisation de travail pour M. B. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, en raison d'une délégation de signature régulière. Il a également jugé que le récépissé de demande de carte de séjour "visiteur" détenu par M. B ne l'autorisait pas à travailler, et que l'autorisation provisoire de séjour invoquée n'était pas probante. La décision est fondée sur les articles R. 5221-14 et R. 5221-15 du code du travail.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2303584 du 24 mars 2024, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. D B et de la société HB, enregistrée le 23 mars 2023.

Par cette requête, M. B et la société HB, représentés par Me Lerein, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 mars 2023 par laquelle le chef de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la préfecture de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d'autorisation de travail présentée en la faveur de M. B par la société HB ;

2°) d'enjoindre au préfet de délivrer l'autorisation de travail sollicitée dans le délai de sept jours à compter de la date de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la décision attaquée a été signée et prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, dès lors que M. B dispose d'une autorisation provisoire de séjour ouvrant droit au travail et non d'un titre de séjour visiteur ne l'autorisant pas à occuper un emploi comme le prétend le préfet ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a produit aucune observation.

Par une décision du 16 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société HB (SARL) a déposé une demande d'autorisation de travail en faveur de M. B, ressortissant ivoirien né le 7 juillet 1988, pour exercer l'emploi d'employé polyvalent travaux d'installation montage et démontage d'échafaudage. Par une décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 7 mars 2023, cette demande a été rejetée. M. B et la société HB demandent au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5221-15 du code du travail : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ". Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'extrait Kbis produit, que la société HB, qui envisage d'employer M. B, a son siège dans le département de l'Essonne.

3. Le préfet de l'Essonne, par une convention de délégation de gestion en matière de main d'œuvre étrangère du 1er avril 2021 publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture le 31 mars 2021, a donné délégation au préfet de la Seine-Saint-Denis, à l'effet de signer notamment les actes juridiques liés à la délivrance ou au refus des demandes d'autorisations de travail. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, par un arrêté n° 2023-0028 du 10 janvier 2023 publié le 1er mars 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, a donné délégation à Mme F E, directrice des étrangers et des naturalisations, dont bénéficie M. A C chef de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère en cas d'absence ou d'empêchement, pour signer notamment les décisions relatives aux autorisations de travail. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'article R. 5221-14 du code du travail que l'employeur peut solliciter une autorisation de travail, soit pour un étranger résidant hors de France, soit pour un étranger qui réside en France et qui est titulaire de l'un des titres de séjour mentionnés à l'article R. 5221-3 du code du travail. Le titre de séjour portant la mention " visiteur " ne figure pas dans la liste des titres mentionnés à l'article R. 5221-3.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B était à la date de la décision titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " visiteur " sur lequel il est mentionné expressément que son titulaire n'est pas autorisé à travailler. Si le requérant soutient qu'il était titulaire d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant l'autorisant à travailler, il ressort de la demande d'autorisation de travail établie par l'employeur de M. B que le document autorisant le séjour en France de son employé était un " récépissé ", lequel ne peut-être que le récépissé de demande de carte de séjour mention " visiteur " eu égard aux pièces produites par le requérant. Par ailleurs, l'autorisation provisoire de séjour dont se prévaut M. B, dont l'ensemble des mentions sont occultées, ne revêt pas de caractère probant et, par conséquent, n'est pas de nature à établir ses allégations. Par suite, en rejetant la demande d'autorisation de travail au motif que le titre de séjour dont M. B était titulaire ne permettait pas à la société HB de solliciter une telle autorisation en vue d'un changement de statut, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur de droit ou de fait. Les moyens doivent être écartés.

6. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur d'appréciation au regard de ces stipulations sont inopérants à l'encontre d'une décision portant refus d'autorisation de travail.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la société HB, à Me Lerein et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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