jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2023, Mme B A épouse E, agissant en qualité de représentant légal de l'enfant Meriem E, représentée par Me Soh Fogno, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur en faveur de l'enfant Meriem E ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de restituer le document de circulation pour étranger mineur précédemment délivré ou de délivrer un nouveau document ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une décision du 29 janvier 2024, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bélot,
- et les observations de Me Soh Fogno, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A épouse E, agissant en qualité de représentant légal de l'enfant Meriem E, ressortissante algérienne née le 10 juin 2007, demande l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur en faveur de l'enfant Meriem E.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 29 janvier 2024, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, la demande tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet. Il n'y a, dès lors pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions de la requête :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-01-10-00003 du 10 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2022-006 de l'Etat dans le département des Yvelines du même jour, le préfet de ce département a donné à Mme C D, chef du bureau des services à la population, signataire de la décision attaquée, délégation à l'effet de signer les décisions de délivrance et de renouvellement des documents de circulation pour étrangers mineurs. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision en litige vise l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de l'enfant Meriem E ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur. Le préfet des Yvelines n'était pas tenu de faire état, dans la décision en litige, de l'ensemble des éléments allégués par la requérante. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bienfondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
5. Enfin, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre une décision de refus de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur, mette le représentant légal de l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu, comme en l'espèce en sollicitant un document de circulation, la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause et ne fait pas valoir d'éléments nouveaux.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas davantage allégué que, dans le cadre de l'instruction de sa demande de document de circulation pour étranger mineur, Mme E n'aurait pas été en mesure de présenter des observations, écrites ou orales, en complément de sa demande, ni qu'elle aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux. Par ailleurs, la requérante n'indique pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à la situation personnelle de son enfant qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision en litige et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision refusant la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse E, agissant en qualité de représentant légal de l'enfant Meriem E, et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cayla, présidente,
M. Bélot, premier conseiller,
M. Perez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
S. Bélot La présidente,
signé
F. Cayla
La greffière,
signé
A. Esteves
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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