Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 avril 2023, 9 janvier, 13 février, 13 avril, 7 mai 2025 et 1er octobre 2025, ces deux derniers mémoires n’ayant pas été communiqués, Mme C... B... et M. A... B... demandent au tribunal :
1°) d’annuler le certificat d’urbanisme opérationnel négatif qui leur a été délivré le 18 octobre 2022 par le maire de Chambourcy pour un projet portant sur la construction de deux bâtiments à usage d’habitation sur des parcelles cadastrées AH 18, 19, 20 et 21 ;
2°) à titre subsidiaire de juger que le terrain ne peut être classé en zone naturelle du plan local d'urbanisme mais en zone urbaine ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Chambourcy la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est illégale par voie d’exception de l’illégalité du classement des parcelles AH 18, 19, 20 et 21 en zone naturelle du plan local d'urbanisme ;
- le classement de ces parcelles en zone Na est incompatible avec les dispositions du schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF) qui a classé ce secteur en espace urbanisé à optimiser, de sorte que la commune devait réviser son plan local d'urbanisme pour le rendre compatible avec le SDRIF dans un délai de trois ans à compter de l’entrée en vigueur du SDRIF, en application de l’article L. 131-7 du code de l'urbanisme ;
- ce classement est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que la zone est urbanisée, dotée des équipements publics nécessaires à l’urbanisation ; le classement n’est ni motivé ni justifié au regard des caractéristiques réelles de la zone ; le terrain d’assiette du projet est mitoyen d’une zone urbanisée constructible, qui présente les mêmes caractéristiques, et dont il est séparé par un chemin d’une largeur inférieure à cinq mètres ; il est mitoyen d’un terrain cadastré AH 238 situé en zone Na qui ne correspond pas à une zone naturelle et a fait l’objet de décisions incompatibles avec ce classement ; le classement des parcelles AH 18, 19, 20 et 21 en zone Na n’est pas justifié par la commune ; ni l’objectif tendant à préserver cette zone de l’urbanisation massive ni la qualification de ce secteur de « poumon vert » ne suffisent à justifier son classement en zone naturelle ;
- la décision portant rejet de leur recours gracieux repose sur des motifs infondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 mars et 6 mai 2025, ce dernier mémoire n’ayant pas été communiqué, la commune de Chambourcy, représentée par Me Jorion, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Silvani,
- les conclusions de M. Maljevic, rapporteur public,
- et les observations de Me Vincent Biasotto, substituant Me Jorion, représentant la commune de Chambourcy.
Considérant ce qui suit :
M. et Mme B... ont sollicité la délivrance d’un certificat d’urbanisme opérationnel pour un projet portant sur la construction de deux bâtiments à usage d’habitation sur des parcelles cadastrées AH 18 à AH 21 sur le territoire de la commune de Chambourcy. Cette demande a donné lieu, le 18 octobre 2022, à la délivrance d’un certificat d’urbanisme opérationnel négatif, dont les requérants sollicitent l’annulation.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 131-6 du code de l'urbanisme : « En l'absence de schéma de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales sont compatibles avec les dispositions mentionnées au 1° et avec les documents énumérés aux 2° à 16° de l'article L. 131-1. / Ils prennent en compte les documents mentionnés à l'article L. 131-2. (...) ». Aux termes de l’article L. 131-1 du même code : « Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 sont compatibles avec : / (…) 3° Le schéma directeur de la région d'Ile-de-France prévu à l'article L. 123-1 ; (…) ».
Il résulte de ces dispositions qu’au sein de la région d’Ile-de-France les schémas de cohérence territoriale et, en leur absence, les plans locaux d’urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales sont soumis à une obligation de compatibilité avec le schéma directeur de cette région. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d’une analyse globale le conduisant à se placer à l’échelle du territoire pertinent pour prendre en compte les prescriptions du schéma directeur de la région, si le schéma de cohérence territoriale ou, en son absence, le plan local d’urbanisme, le document en tenant lieu ou la carte communale ne contrarie pas les objectifs et les orientations d’aménagement et de développement fixés par le schéma, compte tenu du degré de précision des orientations adoptées, sans rechercher l’adéquation du plan à chaque orientation ou objectif particulier.
Dans sa version issue du décret du 27 décembre 2013 portant approbation du schéma directeur de la région d’Ile-de-France (SDRIF), ce dernier fixe, au fascicule n° 3 relatif aux « orientations réglementaires et [à la] carte de destination générale des différentes parties du territoire », un objectif d’augmentation minimale de 10 % de la densité humaine et de la densité des espaces d’habitats à l’horizon 2030, à l’échelle communale, dans les « espaces urbanisés à optimiser » qui couvrent la moitié nord du territoire de la commune de Chambourcy.
Les dispositions du plan local d'urbanisme de Chambourcy résultant de la délibération du conseil municipal du 15 avril 2015, en particulier celles opposées au projet, interdisent en zone N les constructions, ouvrages ou travaux à l’exception de ceux limitativement énumérés à l’article N2 et limitent en particulier dans le secteur Na les utilisations et occupations du sol autorisées aux travaux d’aménagement et d’extension n’accroissant pas l’emprise au sol des constructions principales ou annexes de plus de 25 m² par rapport à l’emprise totale existante à la date d’approbation du plan local d'urbanisme dès lors qu’ils n’ont pas pour effet d’engendrer un changement de destination ainsi qu’aux abris de jardin dans la limite de 15 m² d’emprise au sol.
Il ressort des pièces du dossier que la partie du territoire de la commune de Chambourcy, classée par le SDRIF en « espaces urbanisés à optimiser » est par ailleurs classée par le plan local d'urbanisme de Chambourcy pour partie en zone urbanisée, correspondant au centre-ville de la commune, et pour partie en zone naturelle. Le secteur dit du « coteau Sud », correspondant à une zone d’habitat dispersé, où est situé le terrain d’assiette du projet, est classé en zone Na.
Si les requérants soutiennent que le classement de leurs parcelles en zone Na est incompatible avec le classement de ce même secteur par le SDRIF en « espace urbanisé à optimiser », il ressort toutefois des pièces du dossier que le classement en zone naturelle du secteur dit du « coteau Sud », présenté par le rapport de présentation du plan local d'urbanisme comme un secteur « d’habitat dispersé de faible densité » relevant « davantage d’un paysage naturel que d’un paysage urbain » est justifié par la volonté des auteurs du plan local d'urbanisme de préserver et de mettre en valeur le caractère naturel et paysager de ces espaces. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce parti d’urbanisme serait incompatible avec l’objectif d’augmentation minimale de 10% de la densité humaine et de la densité moyenne des espaces d’habitat, dès lors que cet objectif doit s’apprécier à l’échelle du territoire de la commune et qu’une large partie des « espaces urbanisés à optimiser » correspond aux zones urbaines du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le classement en zone Na du secteur du « coteau Sud », serait incompatible avec les orientations réglementaires fixées par la SDRIF dans les « espaces urbanisés à optimiser ».
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 151-24 du code de l’urbanisme : « Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ».
Il appartient aux auteurs d’un plan local d’urbanisme de déterminer le parti d’aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d’avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu’ils entendent soustraire, pour l’avenir, à l’urbanisation.
Les parcelles cadastrées AH 18 à AH 21, propriété des requérants, sont bordées par le chemin de la Butte du Moulin qui marque la délimitation entre la zone urbanisée au nord correspondant au centre-ville de la commune de Chambourcy et la zone Na au sud correspondant au secteur dit « coteau Sud ». Il ressort des pièces du dossier et des vues aériennes issues du site Géoportail accessible tant au juge qu’aux parties que si la zone Na accueille des constructions, telles que celle située sur la parcelle AH 238 mitoyenne des parcelles des requérants, ces constructions sont implantées, de manière relativement dispersée, sur de larges parcelles arborées conférant à l’ensemble de la zone un caractère d’habitat diffus à dominante naturelle qui s’ouvre à l’ouest et au sud sur de vastes espaces naturels et agricoles, formant ainsi un compartiment distinct de la partie densément urbanisée classée en zone U. Compte tenu de ses caractéristiques, le classement de ce secteur en zone Na est cohérent avec le parti d’urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme qui, ainsi qu’il a été précédemment indiqué, ont entendu le soustraire pour l’avenir à une urbanisation excessive en vue de préserver le caractère naturel et paysager des lieux et de conserver un équilibre harmonieux entre le bâti et les espaces libres. Il résulte de l’ensemble de ces éléments, des caractéristiques de la zone ainsi que du parti d’aménagement retenu par les auteurs du PLU, que ces derniers, en classant les parcelles AH 18 à AH 21 en zone naturelle, n’ont pas entaché leur délibération d’une erreur manifeste d’appréciation quand bien même les avis rendus, postérieurement à la décision attaquée, dans le cadre de la procédure de révision du plan local d'urbanisme, notamment par la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers et la mission régionale d’autorité environnementale s’interrogeraient sur la justification de ce classement.
Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à invoquer par voie d’exception l’illégalité du plan local d'urbanisme de Chambourcy à l’appui du recours dirigé contre la décision en litige.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation du certificat d’urbanisme opérationnel négatif délivré le 18 octobre 2022 par le maire de Chambourcy doivent être rejetées.
Sur les demandes présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chambourcy, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants, qui ne justifient pas en outre avoir exposé des frais sur le fondement de ces dispositions. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des requérants le versement à la commune de Chambourcy d’une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B... est rejetée.
Article 2 : M. et Mme B... verseront une somme de 1 800 euros à la commune de Chambourcy en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B..., à M. A... B... et à la commune de Chambourcy.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- M. Marmier, premier conseiller,
- Mme Silvani, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2025.
La rapporteure,
Signé
C. Silvani
La présidente,
Signé
C. Rollet-PerraudLa greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.