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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303434

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303434

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Belot

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a examiné la requête de M. B A contestant la décision "48 SI" du 18 octobre 2022 invalidant son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les retraits de points consécutifs à trois infractions routières commises en 2022. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision d'invalidation du permis, celle-ci ayant été retirée et remplacée par une nouvelle décision notifiée le 30 janvier 2023. Sur le fond, le juge a rejeté les conclusions d'annulation des retraits de points, en se fondant sur les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, après avoir vérifié que l'administration avait apporté la preuve de la délivrance des informations prévues par ces textes. La solution retenue est donc le rejet de la requête, le tribunal estimant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2023, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 18 octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retrait de points, a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de dix points de son permis de conduire à la suite des infractions relevées les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022 ;

3°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux formé le 11 janvier 2023 à l'encontre de ces décisions ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés à la suite des infractions relevées les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022 et son permis de conduire ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision " 48 SI " du 18 octobre 2022 en tant qu'elle invalide le permis de conduire du requérant pour solde de points nul et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les mentions relatives à la décision " 48 SI " du 18 octobre 2022 ont été supprimées du dossier du requérant et, le solde de points du permis de conduire n'étant pas nul, l'administration est réputée avoir retiré cette décision ;

- les moyens soulevés par le requérant contre les décisions de retrait de points ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Bélot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bélot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a commis les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022 trois infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de dix points sur son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 18 octobre 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retrait de points, a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours. M. A a formé le 11 janvier 2023 un recours gracieux à l'encontre de ces décisions, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du dernier état du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. A qu'il n'est plus fait mention de la décision " 48 SI " du 18 octobre 2022 et qu'une nouvelle décision " 48 SI " invalidant son permis de conduire a été prise à son encontre et régulièrement notifiée le 30 janvier 2023. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 18 octobre 2022, en tant qu'elle a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours, sont sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu de statuer sur ces conclusions ni, par voie de conséquence, sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du recours gracieux du 11 janvier 2023, en tant qu'elle concerne cette décision " 48 SI ", et sur les conclusions à fin d'injonction de restitution du permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points :

3. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

4. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

5. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme à ces dispositions, dont la mise en œuvre a été généralisée à l'occasion d'une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

6. En l'espèce, d'une part, il résulte des mentions figurant au relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que les titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée consécutive aux infractions relevées les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022 ont été émis. Le ministre de l'intérieur n'établit pas, ni même n'allègue, que M. A a procédé au paiement volontaire des amendes correspondant à ces infractions. Il n'établit pas davantage que M. A a reçu, à l'occasion de ces infractions, l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors que le requérant n'a pas apposé sa signature sur les procès-verbaux établis par voie électronique à la suite de ces infractions et que ces procès-verbaux ne comportent pas davantage la mention selon laquelle l'intéressé a refusé de signer. Enfin, si le ministre de l'intérieur fait valoir que M. A a reçu cette information à l'occasion de précédentes infractions commises les 14 septembre 2018 et 16 janvier 2022, il résulte de l'instruction que ces deux dernières infractions, consistant respectivement en la conduite avec port d'un dispositif susceptible d'émettre du son et un excès de vitesse inférieur à 20 km/h, ne sont pas de même nature que celles en litige dans la présente instance, consistant en un franchissement de ligne continue, à deux reprises, et une circulation de véhicule en sens interdit. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant reçu l'intégralité de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier celle relative au nombre de points retirés en cas d'établissement de la réalité de chacune des infractions constatées, préalablement à l'intervention des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de dix points consécutives aux infractions commises les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il résulte de l'instruction que, par une nouvelle décision " 48 SI " notifiée le 30 janvier 2023, le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours. Cette décision, régulièrement notifiée à M. A le 30 janvier 2023, n'a pas été contestée dans le délai de recours contentieux et est, par conséquent, devenue définitive. Cette circonstance fait obstacle à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir les dix points illégalement retirés à la suite des infractions constatées les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022, le permis de conduire dont M. A était titulaire ayant définitivement perdu sa validité. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 18 octobre 2022, en tant qu'elle a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours, et de la décision implicite de rejet du recours gracieux du 11 janvier 2023, en tant qu'elle concerne cette décision " 48 SI ", ni sur les conclusions à fin d'injonction de restitution du permis de conduire.

Article 2 : Les décisions de retrait de dix points consécutives aux infractions commises les 10 février 2022, 10 mars 2022 et 30 mai 2022 sont annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. BélotLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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