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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303712

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303712

lundi 28 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BECAM MONCALIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de conseillers municipaux d'opposition de Sermaise demandant l'annulation du refus du maire de publier leur tribune dans le magazine municipal. Le tribunal a jugé que le texte proposé, qui mettait en cause la secrétaire de mairie de manière diffamatoire, justifiait le refus de publication en application de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Le moyen tiré de l'insuffisance de l'espace réservé à l'opposition a été écarté comme inopérant, le refus étant fondé sur le contenu et non le format.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 8 mai 2023, le 28 mai 2024 et le 9 janvier 2025, Mme D G, M. B F, Mme C A et M. Jean-Pierre Granjean, représentés par Me Moncalis, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle le maire de la commune de Sermaise a refusé de publier leur tribune dans le magazine municipal ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Sermaise de publier le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sermaise une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- l'espace de 1 500 signes réservé aux conseillers municipaux d'opposition dans le magazine municipal, conformément à l'article 27 du règlement intérieur du conseil municipal, est insuffisant et méconnaît l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales ;

- la décision de refus de publication n'est pas justifiée et porte atteinte à la liberté d'expression des conseillers municipaux d'opposition.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 21 septembre 2023 et le 2 décembre 2024, la commune de Sermaise, représentée par Me Panassac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle oppose trois fins de non-recevoir tirées de l'absence de recours formé contre une décision, de l'absence d'indication des noms et domiciles des parties et de l'absence d'exposé des faits et moyens soulevés, et fait valoir que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lutz,

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique,

- les observations de Me Panassac, représentant la commune de Sermaise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D G, M. B F, Mme C A et M. Jean-Pierre Granjean, conseillers municipaux d'opposition de la commune de Sermaise, demandent au tribunal d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle le maire de la commune de Sermaise a refusé de publier leur tribune dans le magazine municipal.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " Dans les communes de 1 000 habitants et plus, lorsque des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal sont diffusées par la commune, un espace est réservé à l'expression des conseillers élus sur une liste autre que celle ayant obtenu le plus de voix lors du dernier renouvellement du conseil municipal ou ayant déclaré ne pas appartenir à la majorité municipale. / Les modalités d'application du présent article sont définies par le règlement intérieur du conseil municipal ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une commune de 1 000 habitants et plus est tenue de réserver dans son bulletin d'information municipale, lorsqu'elle diffuse un tel bulletin, un espace d'expression réservé à l'opposition municipale. Ni le conseil municipal ni le maire de la commune ne sauraient, en principe, contrôler le contenu des articles publiés, sous la responsabilité de leurs auteurs, dans cet espace. Il en va toutefois autrement lorsqu'il ressort à l'évidence de son contenu qu'un tel article présente un caractère manifestement outrageant, diffamatoire ou injurieux au regard des dispositions de la loi du 29 juillet 1881.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le texte adressé par les requérants pour publication mentionnait que la maire s'était arrogée avec sa secrétaire de mairie les quasi pleins pouvoirs sur la gestion et la vie de la commune. Le maire, en tant que directeur de la publication, a refusé de publier ce texte au motif qu'elle contenait des " propos diffamatoires à l'encontre d'un agent territorial qui a droit à être protégé contre la vindicte ". En effet, le texte refusé par le maire, qui constitue une mise en cause de la manière de servir de la secrétaire de mairie, facilement identifiable dans une petite commune, porte directement atteinte à sa réputation en tant qu'agent public et revêt, dans ces circonstances particulières, un caractère manifestement outrageant et diffamatoire. Par suite, le maire de la commune de Sermaise a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales, refuser de publier en l'état le texte proposé initialement par les requérants.

5. D'autre part, si les requérants excipent de l'illégalité de l'article 27 du règlement intérieur limitant à 1 500 signes l'espace d'expression accordé aux conseillers municipaux n'appartenant pas à la majorité municipale, ce moyen doit être écarté comme inopérant dès lors que c'est le contenu même de la tribune, et non son format, qui a motivé le refus de publication contesté.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de Mme G, M. F, Mme A et M. E doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Sermaise au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G, M. F, Mme A et M. E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sermaise au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G, M. B F, Mme C A et M. H E et à la commune de Sermaise.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2025.

La rapporteure,

signé

F. Lutz La présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 230371

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