mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303791 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SEL D4 AVOCATS ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mai 2023 et 17 juin 2024, la SCCV SCV Résidence Amelia, représentée par Me Bernard-Chatelot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PC 091 201 22 11043 du 14 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Draveil a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réalisation d'un ensemble immobilier de 68 logements sur la parcelle cadastrée AE 424p située au 210 boulevard Henri Barbusse, sur le territoire de la commune, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Draveil de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Draveil la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune ne pouvait pas lui opposer le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) relatives aux lucarnes en saillie, dès lors que ce motif ne lui a jamais été opposé à l'occasion de ses précédentes demandes de permis de construire pour des projets qui prévoyaient des lucarnes similaires, et que l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme fait obstacle à ce que lui soit opposé un nouveau motif de refus ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions du 1° du chapitre 3 du règlement du PLU, qui ne sont pas applicables aux accès existants ; en tout état de cause, eu égard aux caractéristiques du boulevard Henri Barbusse et du projet, l'accès existant ne crée aucune gêne ou dangerosité pour les usagers du boulevard ou du projet ; par ailleurs, la commune a entaché sa décision d'une irrégularité en se fondant sur l'avis du conseil départemental du 14 septembre 2022 alors qu'une telle consultation n'était pas nécessaire au regard de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme, et que cet avis, qui conclut à l'absence de visibilité au niveau de l'accès envisagé pour la desserte du projet, est entaché d'erreur de fait ; le maire a en outre commis une erreur de droit en s'estimant à tort lié par cet avis ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir et d'un manquement au principe d'impartialité ;
- la demande de substitution de motif présentée par la commune doit être écartée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, la commune de Draveil, représentée par Me Mokhtar, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCCV SCV Résidence Amelia au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, le second motif de l'arrêté attaqué peut être substitué par le motif tiré de ce que le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par une ordonnance du 17 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron, première conseillère,
- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,
- les observations de Me Bernard-Chatelot, représentant la SCCV SCV Résidence Amelia, et celles de Me Mokhtar, représentant la commune de Draveil.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 août 2022, la SCCV SCV Résidence Amelia a déposé une demande de permis de construire portant sur la réalisation d'un ensemble immobilier de 68 logements dont 21 logements sociaux, sur la parcelle cadastrée AE 424p située au 210 boulevard Henri Barbusse à Draveil, prévoyant l'entrée et la sortie des véhicules des résidents de cet ensemble immobilier par ce boulevard. Par un arrêté du 14 novembre 2022, le maire de la commune de Draveil a refusé de lui délivrer le permis sollicité. La SCCV SCV Résidence Amelia demande l'annulation de cet arrêté, ainsi que de la décision implicite rejetant le recours gracieux qu'elle a formé contre ce refus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué portant refus de délivrance du permis de construire sollicité retient comme premier motif la méconnaissance des dispositions du 2° du chapitre 2 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Draveil, selon lesquelles " les lucarnes en saillie sont autorisées si elles ne sont pas accolées " et " la distance entre deux lucarnes doit être au moins équivalente à la largeur de la lucarne ", en ce que le projet prévoit la réalisation de lucarnes en saillie non réglementaires sur les façades Est des bâtiments 3 et 4, sur les façades Est, Ouest et Sud du bâtiment 5, ainsi que sur les façades Est, Ouest et Nord du bâtiment 6.
4. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. La motivation n'est pas nécessaire lorsque la dérogation est accordée en application des 1° à 6° de l'article L. 152-6. ".
5. D'une part, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, éclairées par leurs travaux préparatoires, qu'elles feraient par elles-mêmes obstacle au pouvoir du maire d'opposer, à la suite d'un premier refus de permis de construire, un nouveau motif de nature à justifier légalement un tel refus. Dans ces conditions, alors même que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du PLU relatives aux lucarnes en saillie n'avait pas été opposé aux deux précédentes demandes de permis de construire formées par la société requérante, le maire de Draveil pouvait légalement fonder l'arrêté de refus de permis de construire en litige sur ce nouveau motif, alors en outre que ces deux précédentes demandes ne portaient pas exactement sur le même projet.
6. D'autre part, la société pétitionnaire ne conteste pas la méconnaissance, par le projet, des dispositions citées au point 3. Il ressort du reste des pièces du dossier que la distance entre les lucarnes en saillie d'une même façade est inférieure à la largeur de ces lucarnes, en méconnaissance des dispositions du règlement du PLU citées au point 3. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du 2° du chapitre 2 de la zone UA du règlement du PLU est entaché d'irrégularité.
7. En second lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi par les pièces du dossier, ni par la circonstance que les différentes demandes de permis de construire déposées par la société requérante ont toutes été rejetées. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le maire de la commune de Draveil aurait manqué à son devoir d'impartialité. Ce moyen doit par suite être écarté.
8. Il résulte de l'instruction que le motif tiré la méconnaissance des dispositions du 2° du chapitre 2 de la zone UA du règlement du PLU était à lui seul de nature à justifier le refus de permis de construire qui a été opposé à la société SCV Résidence Amelia, et que la commune aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ce seul motif.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ni de procéder à la substitution de motifs sollicitée par la commune de Draveil, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCCV SCV Résidence Amelia doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCCV SCV Résidence Amelia, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la société requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Draveil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SCCV SCV Résidence Amelia au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCCV SCV Résidence Amelia une somme de 500 euros à verser à la commune de Draveil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
12. Le présent litige n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SCCV SCV Résidence Amelia est rejetée.
Article 2 : La SCCV SCV Résidence Amelia versera à la commune de Draveil la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Draveil présentées sur le fondement de l'article R.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV SCV Résidence Amelia et à la commune de Draveil.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
V. Caron
La présidente,
signé
N. Boukheloua
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026