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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303948

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303948

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303948
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSEL D4 AVOCATS ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a examiné la requête de la SCCV SCV Résidence Amelia contestant le refus de permis de construire pour un ensemble immobilier de 68 logements à Draveil. Le maire avait motivé son refus notamment par l’insuffisance des accès, en se fondant sur le règlement du plan local d’urbanisme (PLU) et l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme. Le tribunal a jugé que le projet ne méconnaissait pas ces dispositions, car les accès existants étaient adaptés et ne présentaient pas de danger pour la sécurité publique. En conséquence, le tribunal a annulé l’arrêté de refus et enjoint à la commune de délivrer le permis de construire dans un délai d’un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mai 2023 et 17 juin 2024, la SCCV SCV Résidence Amelia, représentée par Me Bernard-Chatelot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 091 201 22 11064 du 17 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Draveil a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réalisation d'un ensemble immobilier de 68 logements sur la parcelle cadastrée AE 424p située au 210 boulevard Henri Barbusse, sur le territoire de la commune ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Draveil de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Draveil la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le projet ne méconnaît ni les dispositions du 1° du chapitre 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU), qui ne sont pas applicables aux accès existants, ni celles de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; en tout état de cause, eu égard aux caractéristiques du boulevard Henri Barbusse et de la rue Neuve ainsi que du projet, les accès existants ne créent aucune gêne ou dangerosité pour les usagers du boulevard, de la rue ou du projet ;

- la commune ne pouvait refuser de délivrer le permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sans vérifier si elle ne pouvait pas l'accorder en l'assortissant de prescriptions ;

- la commune a entaché sa décision d'une irrégularité en se fondant sur l'avis du conseil départemental du 23 janvier 2023 alors qu'une telle consultation n'était pas nécessaire au regard de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme, et que cet avis, qui est conditionné à l'obtention par le pétitionnaire d'une servitude de passage sur la rue Neuve, est entaché d'erreur de droit ; le maire a en outre commis une erreur de droit en s'estimant à tort lié par cet avis ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir et d'un manquement au principe d'impartialité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, la commune de Draveil, représentée par Me Mokhtar, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCCV SCV Résidence Amelia au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- les observations de Me Bernard-Chatelot, représentant la SCCV SCV Résidence Amelia, et celles de Me Mokhtar, représentant la commune de Draveil.

Trois notes en délibéré, présentées pour la SCCV SCV Résidence Amelia, ont été enregistrées les 7, 9 et 13 septembre 2024.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Draveil, a été enregistrée le 9 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 décembre 2022, la SCCV SCV Résidence Amelia a déposé une demande de permis de construire portant sur la réalisation d'un ensemble immobilier de 68 logements dont 21 logements sociaux, sur la parcelle cadastrée AE 424p située au 210 boulevard Henri Barbusse à Draveil, prévoyant une entrée des véhicules et des piétons de cet ensemble immobilier par ce boulevard et une sortie dissociée par la rue Neuve. Par un arrêté du 17 mars 2023, le maire de la commune de Draveil a refusé de lui délivrer le permis sollicité. La SCCV SCV Résidence Amelia demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

3. En premier lieu, aux termes des dispositions du 1° du chapitre 3 de la zone UA du règlement du PLU relatives aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public : " Règle générale : () Toute construction ou autre mode d'occupation du sol peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par une voie publique ou privée permettant la circulation des services de lutte contre l'incendie et de secours et de ramassage des ordures ménagères. () ". Pour refuser la délivrance du permis de construire sollicité, le maire de la commune de Draveil a notamment retenu que le projet prévoit une sortie des véhicules par la rue Neuve, qui est une voie privée sur laquelle le pétitionnaire ne dispose d'aucun droit de passage.

4. L'autorisation d'urbanisme, qui est délivrée sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'elle autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et, en cas de recours, le juge administratif doivent s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

5. D'une part, le projet en litige prévoit une sortie des véhicules et des piétons par la rue Neuve, dont la société requérante conteste le statut de voie privée. S'il n'est pas contesté que cette rue était à l'origine une voie privée créée dans le cadre de la construction d'un lotissement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été, ainsi que le soutient la société SCV Résidence Amelia, intégrée au domaine public communal selon les modalités prévues par le cahier des charges du lotissement établi le 6 février 1923, " à première réquisition d'un des propriétaires ". A cet égard la seule production d'un courrier du maire de la commune datant de 1987, qui établit simplement que cette incorporation a été envisagée, ne permet pas, en l'absence d'un acte notarié ou de toute autre preuve d'un transfert de propriété, que celui-ci aurait été effectivement réalisé. Par ailleurs, la seule circonstance que la commune assure l'éclairage, le ramassage des ordures ou encore l'élagage des arbres ne suffit pas à dénier à la rue Neuve son statut de voie privée.

6. D'autre part, il ressort des photographies versées au dossier qu'à l'entrée de la rue Neuve, qui est en impasse, se trouvent trois panneaux " sens interdit " assortis de la mention " propriété privée/Sauf ayants droit " ou " sauf riverains ". Ces panneaux de signalisation, qui sont situés au droit de l'avenue des Martyrs de Châteaubriant ouverte à la circulation publique sur laquelle la rue Neuve débouche, et dont il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'ils n'étaient pas présents sur les lieux à la date de la décision attaquée, suffisent, dès lors que cette voie est en impasse, à manifester l'intention des riverains de celle-ci de ne pas l'ouvrir à la circulation publique. Par suite, et dès lors que la rue Neuve constitue l'unique voie de sortie pour les véhicules des résidents de l'ensemble immobilier litigieux, le pétitionnaire était tenu de justifier d'un titre créant une servitude de passage ou un droit de passage à son profit. Dans ces conditions, le motif tiré de ce que la société pétitionnaire ne justifie pas d'un droit de passage accordé par les propriétaires de cette voie privée était de nature à fonder légalement la décision attaquée.

7. En second lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi par les pièces du dossier, ni par la circonstance que les différentes demandes de permis de construire déposées par la société requérante ont toutes été rejetées. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le maire de la commune de Draveil aurait manqué à son devoir d'impartialité. Ce moyen doit par suite être écarté.

8. Il résulte de l'instruction que, compte tenu des caractéristiques du projet, le motif tiré de l'absence de droit de passage de la société pétitionnaire sur la rue Neuve, unique voie de sortie en véhicule de l'ensemble immobilier litigieux, était à lui seul de nature à justifier le refus de permis de construire qui a été opposé à la société SCV Résidence Amelia, ce alors même que le boulevard Henri Barbusse, ouvert à la circulation publique, dessert également ce projet, puisque l'accès à ce boulevard est réservé à l'entrée des véhicules, et que la commune aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ce seul motif.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCCV SCV Résidence Amelia doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCCV SCV Résidence Amelia, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la société requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Draveil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SCCV SCV Résidence Amelia au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCCV SCV Résidence Amelia une somme de 500 euros à verser à la commune de Draveil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

12. Le présent litige n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SCCV SCV Résidence Amelia est rejetée.

Article 2 : La SCCV SCV Résidence Amelia versera à la commune de Draveil la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Draveil présentées sur le fondement de l'article R.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV SCV Résidence Amelia et à la commune de Draveil.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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