mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2304446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision, envoyée le 2 mai 2023, par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer une carte de résident.
Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation dès lors qu'elle dispose d'une attestation de maîtrise de la langue française de niveau A2 et que ses ressources sont stables et suffisantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par Mme A n'est pas fondé.
Par ordonnance du 11 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Ghiandoni a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante kosovare née le 28 août 1981, est entrée sur le territoire français le 29 mai 2005. Mme A a été titulaire de cartes de séjour temporaires puis de cartes de séjour pluriannuelles régulièrement renouvelées jusqu'au 9 mars 2022. Le 8 mars 2022, Mme A a sollicité, à titre principal, auprès de la préfecture des Yvelines, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et, à titre subsidiaire, la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision envoyée le 2 mai 2023 à l'intéressée, le préfet des Yvelines a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'une carte de résident. Par la requête visée ci-dessus, Mme A demande l'annulation de cette décision.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. " Il résulte des dispositions précitées que la carte de résident ne peut pas être délivrée au titulaire d'une carte de séjour temporaire si ses ressources ne sont pas au moins égales au salaire minimum de croissance, l'administration conservant toutefois la faculté de prendre une décision favorable si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, ou compte tenu de l'évolution favorable de la situation de l'intéressé quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande.
3. D'autre part, Aux termes de l'article L. 426-19 du même code : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 ". Aux termes de l'article L.413-7 du même code : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421- 12, L.421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'État. ". Aux termes de l'article R. 413-15 du même code : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : () 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration (). "
4. Pour refuser à Mme A la délivrance d'une carte de résident de dix ans sur le fondement des dispositions précitées, le préfet des Yvelines s'est notamment fondé sur la circonstance qu'elle ne justifiait pas de ressources propres, stables et suffisantes au moins équivalentes au salaire minimum de croissance (SMIC) au cours des cinq dernières années. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est employée en qualité d'aide-soignante auprès de l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret depuis le 8 octobre 2012. L'avis d'imposition à l'impôt sur le revenu pour l'année 2021 fait certes apparaître un montant annuel de salaires de 24 155 euros, supérieur au SMIC et le bulletin de salaire produit par la requérante pour le mois de mai 2023 fait également état d'un salaire de 1 865,49 euros, supérieur au SMIC. Toutefois, les avis d'imposition à l'impôt sur le revenu pour 2019, 2020 et 2021 font apparaître un montant annuel de salaires s'élevant, respectivement, à 11 009 euros, 12 euros et 1 971 euros. Si la requérante fait valoir qu'elle a bénéficié d'un congé parental en 2020 et qu'elle perçoit par ailleurs des allocations familiales pour un montant mensuel de 900 euros, elle ne produit aucune pièce au soutien de ces allégations. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet a retenu qu'elle ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes pour se voir délivrer la carte de résident visée par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Pour refuser la carte de résident de dix ans sollicitée par Mme A, le préfet s'est également fondé sur la circonstance qu'elle ne justifiait pas d'une maîtrise du français d'un niveau supérieur ou égal au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe. Si Mme A produit une attestation de résultats au test d'évaluation de français intégration, résidence et nationalité, celle-ci, relative à une session du 19 mai 2023 et éditée le 25 mai suivant, est postérieure à la décision attaquée. Mme A n'établit ainsi pas, par cette attestation, qu'elle avait justifié de son niveau de maîtrise de la langue française auprès du préfet des Yvelines lors du dépôt de sa demande de délivrance d'une carte de résident.
6. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur d'appréciation sur la situation de Mme A en refusant de lui délivrer une carte de résident d'une durée de validité de dix ans. La requête de Mme A ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Doré, président,
Mme Le Montagner, présidente honoraire,
Mme Ghiandoni, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. GHIANDONI
Le président,
Signé
F. DORÉ
Le greffier,
Signé
C. GUELDRY
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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