Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté les requêtes de M. A... contestant deux décisions de radiation de la liste des demandeurs d'emploi, prononcées par France Travail (anciennement Pôle emploi) pour insuffisance d'actions en vue de retrouver un emploi. Pour la première radiation (28 avril 2023, confirmée le 9 mai 2023), le juge a considéré que la décision du 9 mai 2023 s'était substituée à la décision initiale, rendant inopérants les moyens relatifs à cette dernière. Pour la seconde radiation (12 décembre 2023), la requête a été rejetée car M. A... n'a pas justifié avoir saisi le médiateur, condition préalable obligatoire au recours contentieux en application des articles R. 5412-8 du code du travail et L. 213-11 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et cinq mémoires enregistrés le 25 juillet 2023, le 8 août 2023, le 23août 2023, le 4 septembre 2023, le 6 septembre 2023 et le 1er mai 2024 sous le n°2306069, M. B... A... doit être regardé comme demandant l’annulation de la décision du 28 avril 2023 le radiant de la liste des demandeurs d’emploi pour une durée d’un mois et de la décision du 9 mai 2023 par laquelle la directrice de la production régionale de Pôle emploi Ile-de-France a confirmé cette décision.
Il soutient que :
- il a saisi le médiateur de Pôle emploi ;
- la décision du 28 avril 2023 ne lui a jamais été notifiée ;
- cette décision aurait dû être édictée avant le 11 avril 2023 ;
- cette décision constitue une radiation sans motif.
Par cinq mémoires en défense enregistrés le 3 août 2023, le 16 août 2023, le 30 août 2023, le 4 septembre 2023 et le 18 avril 2024, France Travail conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués à l’appui de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 avril 2024 et le 22 avril 2024 sous le n°2402683, M. B... A... doit être regardé comme demandant l’annulation de la décision du 12 décembre 2023 le radiant de la liste des demandeurs d’emploi pour une durée de deux mois.
Il soutient que :
- il a saisi le médiateur ;
- la décision contestée est tardive.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 15 avril 2024 et le 17 avril 2024, France Travail conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir tirée de l’absence de saisine préalable du médiateur, et fait valoir que les moyens invoqués à l’appui de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lutz en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Lutz a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., inscrit sur la liste des demandeurs d’emploi, a été informé, par un courrier du 31 mars 2023, qu’une sanction pour insuffisance d'actions en vue de retrouver un emploi était susceptible d’être prise à son encontre et qu’il disposait d’un délai de dix jours pour présenter ses observations. Le 28 avril 2023, Pôle emploi Ile-de-France a procédé à la radiation du requérant de la liste des demandeurs d’emploi pour une durée d’un mois et à la suppression de son allocation pour la même durée. Le 9 mai 2023, la directrice de la production régionale de Pôle emploi Ile-de-France a confirmé cette décision. M. A... doit être regardé comme demandant l’annulation de ces deux décisions par la requête n°2306069.
2. Le 16 novembre 2023, M. A... a à nouveau été destinataire d’un courrier portant avertissement avant sanction pour insuffisance d’actions en vue de retrouver un emploi, lui donnant un délai de dix jours pour présenter ses observations. Par décision du 12 décembre 2023, Pôle emploi Ile-de-France l’a radié de la liste des demandeurs d’emploi pour une durée de deux mois. M. A... conteste cette décision par la requête n°2402683.
Sur les décisions des 28 avril 2023 et 9 mai 2023 :
3. D’une part, aux termes de l’article R. 5412-8 du code du travail : « La personne qui entend contester une décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi engage une médiation auprès du médiateur régional de Pôle emploi dans les conditions prévues aux articles R. 213-10 à R. 213-13 du code de justice administrative (…) ». Aux termes de l’article L. 412-7 du code des relations entre le public et l’administration : « La décision prise à la suite d’un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ».
4. Par l’effet du recours administratif préalable obligatoire prévu par ces dispositions, la décision du 9 mai 2023 s’est substituée à celle du 28 avril 2023 qui a disparu de l’ordonnancement juridique. Dès lors, les conclusions de M. A... doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision du 9 mai 2023 et les moyens tirés des vices propres dont serait entachée la décision du 28 avril 2023, notamment ses conditions de notification et le délai dans lequel elle a été prise, doivent être écartés en tout état de cause comme inopérants.
5. D’autre part, aux termes de l’article L. 5412-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable au présent litige : « Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : 1° Soit ne peut justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise ; (…) ».
6. La radiation d’une personne de la liste des demandeurs d’emploi prononcée sur le fondement du 3° de l’article L. 5412-1 du code du travail a le caractère d'une sanction que l’administration inflige à un administré. M. A... ne conteste pas le motif de cette sanction.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête n°2306069 doit être rejetée.
Sur la décision du 12 décembre 2023 :
8. En vertu de l’article R. 5312-47 du code du travail : « La procédure de médiation préalable obligatoire prévue par l'article L. 213-11 du code de justice administrative est applicable aux recours contentieux formés contre les décisions individuelles suivantes prises par Pôle emploi et relevant du champ de compétence du juge administratif : / (…) /3° Les décisions de radiation de la liste des demandeurs d'emploi, prévues aux articles L. 5412-1 et L. 5412-2 (…) ». Aux termes de l’article R. 5312-48 du code du travail : « Le médiateur chargé de la médiation préalable obligatoire mentionnée à l'article R. 5312-47 est le médiateur régional de Pôle emploi territorialement compétent ».
9. Si M. A... a formé une réclamation devant le directeur de l’agence Pôle emploi de Lieusaint, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait saisi le médiateur régional de Pôle emploi territorialement compétent, conformément aux dispositions précitées. Il y a lieu, par suite, d’accueillir la fin de non-recevoir opposée par France Travail et de transmettre le dossier de l’intéressé au médiateur régional de France Travail Ile-de-France.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête n°2402683 doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A... sont rejetées.
Article 2 : Le dossier de M. A... est transmis au médiateur régional de France Travail Ile-de-France.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à France Travail Ile-de-France.
Copie en sera adressée au médiateur régional de France Travail Ile-de-France.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2026.
La magistrate désignée
signé
F. Lutz
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.