mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2306667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Présidente Rollet-Perraud |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 août 2023, M. A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points de son permis de conduire à la suite des infractions commises les 21 mai 2018, 23 mai 2018, 8 octobre 2019, 29 février 2020, 14 février 2021, 30 janvier 2022, 17 avril 2022 et 23 juillet 2022 ;
2°) d'annuler la décision " 48 SI " en date du 8 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de trois points sur le capital de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 23 juillet 2022, lui a rappelé les précédentes décisions de retraits de points, a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de restituer son permis de conduire aux services préfectoraux dans un délai de dix jours et la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
3°) d'enjoindre à l'administration de restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ainsi que les exceptions d'illégalité qu'il soulève ;
- les contraventions contestées, et ayant donné lieu à classement sans suite ou renvoi devant le tribunal, ne pourront aboutir à la décision de retrait de points du permis de conduire ;
- les décisions de retrait de point ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223- 3 du code de la route ; la décision 48 SI est illégale par voie de consequence de l'illégalité des retraits de points ;
- la réalité des infractions n'est pas établie dès lors qu'elles ont fait l'objet de contestations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de point consécutives aux infractions relevées les 21 mai 2018, 8 octobre 2019, 29 février 2020, et 17 avril 2022 ainsi qu'au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les points retirés consécutivement aux infractions relevées les 21 mai 2018, 8 octobre 2019, 29 février 2020, et 17 avril 2022 ont été restitués ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale,
- le code de la route,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Rollet-Perraud a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal l'annulation des décisions portant retrait de points sur le solde de son permis de conduire à raison des infractions commises les 21 mai 2018, 23 mai 2018, 8 octobre 2019, 29 février 2020, 14 février 2021, 30 janvier 2022, 17 avril 2022 et 23 juillet 2022 et par voie de conséquence, l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 8 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire, a constaté l'invalidité de son titre de conduite pour défaut de points et lui a enjoint de le restituer.
Sur la fin de non-recevoir opposée aux conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait qui ont fait suite aux infractions commises les 21 mai 2018, 8 octobre 2019, 29 février 2020 et 17 avril 2022 :
2. Il résulte du relevé d'information intégral en date du 6 novembre 2023 produit par l'administration que les points retirés consécutivement aux infractions commises les 21 mai 2018, 8 octobre 2019, 29 février 2020 et 17 avril 2022 ont été restitués avant l'enregistrement de la présente requête. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3 Le moyen tiré de ce que " les contraventions contestées, et ayant donné lieu à classement sans suite ou renvoi devant tribunal, ne pourront aboutir à la décision de retrait de points du permis de conduire" n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la communication des informations mentionnées aux articles L. 223- 3 et R. 223-3 du code de la route :
4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". L'article R. 223-3 du même code dispose que : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. ()".
5. Il résulte de ces dispositions que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
S'agissant de l'infraction du 14 février 2021 :
6. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qu'il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
7. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, que l'infraction précitée a été relevée par procès-verbal électronique et que l'intéressé s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction. M. A ne justifie pas avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Dès lors, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté pour l'infraction litigieuse.
S'agissant des infractions commises les 23 mai 2018 et 30 janvier 2022 :
8. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction relevée par radar automatique ou relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur, que M. A a payé les amendes forfaitaires correspondant aux infractions constatées par radar automatique les 23 mai 2018 et 30 janvier 2022. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, il doit être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention relatifs à ces infractions. Le requérant, qui n'établit pas avoir été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets, n'est, dès lors, par fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu préalablement au paiement des amendes en cause les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
S'agissant de l'infraction du 23 juillet 2022 :
10. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, que l'infraction susvisée a été constatée par voie de radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces versées au débat par le ministre de l'intérieur en défense qu'un avis d'amende forfaitaire majorée a été adressé le 20 octobre 2022 au domicile de M. A par pli recommandé avec demande d'accusé de réception mais a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé " concernant l'infraction du 23 juillet 2022. Or, figurent sur l'avis d'amende forfaitaire majorée, qui, en vertu de ce qui précède, a été régulièrement notifié à l'intéressé, toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve qu'il a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, et M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information concernant l'infraction commise le 23 juillet 2022 doit être écarté.
En ce qui concerne la réalité des infractions :
11. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération, dans les délais prévu à l'article 529-1 du code de procédure pénale, ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du même code, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
12. En l'espèce, la réalité des différentes infractions est établie par le paiement des amendes forfaitaires en cause ou l'émission des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. En outre, M. A ne justifie pas avoir présenté de requête en exonération ni formé de réclamation. Dans ces conditions, la réalité des infractions reprochées à l'intéressé est établie.
13. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions de retrait de points, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision 48 SI du 8 février 2023.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points et de la décision 48 SI présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, celles à fin d'injonction de restitution de points et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au versement des entiers dépens doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. ROLLET-PERRAUD La greffière,
Signé
S. TRAORE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2306667
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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