Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2023, le syndicat des copropriétaires du 9 place Hoche, représenté par Me Taron, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable délivrée par le maire de Versailles à la société Free Mobile pour l’installation d’antennes-relais dissimulées dans deux fausses cheminées et la construction d’une zone technique sur la toiture d’un immeuble situé 27-29 rue Carnot, ensemble la décision du 11 juillet 2023 portant rejet de son recours gracieux dirigé contre cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Versailles et de la société Free Mobile une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
sa requête est recevable ;
les installations projetées auraient dû faire l’objet d’une demande de permis de construire, et non d’une déclaration préalable de travaux ;
la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ;
elle méconnaît les dispositions des articles L. 621-7 du code du patrimoine et R. 425-16 du code de l’urbanisme ;
elle méconnaît les dispositions des articles SA 9 et SA 11 du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Versailles ;
elle méconnaît les dispositions de l’article 5 de la Charte de l’environnement ainsi que celles de l’article L. 110-1 du code de l’environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la commune de Versailles, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du syndicat requérant une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle oppose, à titre principal, une fin de non-recevoir, tirée de l’absence d’intérêt pour agir du syndicat, et soutient, à titre subsidiaire, qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du syndicat requérant une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle oppose, à titre principal, trois fins de non-recevoir, tirées de la tardiveté de la requête, de l’absence d’intérêt pour agir du syndicat et de l’absence de délibération de l’assemblée générale l’autorisant à le représenter dans le cadre de la présente instance. Elle soutient, à titre subsidiaire, qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Hardy, rapporteure,
les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public ;
les observations de Me Taron, représentant le syndicat requérant, et de Me Guicherd, représentant la commune de Versailles.
Considérant ce qui suit :
La société Free Mobile a déposé, le 22 juillet 2022, une déclaration préalable de travaux pour l’installation d’antennes-relais dissimulées dans deux fausses cheminées et la construction d’une zone technique sur la toiture d’un immeuble situé 27-29 rue Carnot. Le silence gardé par le maire de Versailles sur cette demande d’autorisation a donné lieu à une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable. Le syndicat des copropriétaires du 9 Place Hoche demande au tribunal d’annuler cette décision, ensemble la décision du 11 juillet 2023 portant rejet de son recours gracieux.
Sur la recevabilité de la requête :
En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme : « Une personne autre que l’Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n’est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d’aménager que si la construction, l’aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance du bien qu’elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d’une promesse de vente, de bail, ou d’un contrat préliminaire mentionné à l’article L. 261-15 du code de la construction et de l’habitation ».
Il résulte de ces dispositions qu’il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d’un recours pour excès de pouvoir tendant à l’annulation d’un permis de construire, de démolir ou d’aménager, de préciser l’atteinte qu’il invoque pour justifier d’un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d’affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s’il entend contester l’intérêt à agir du requérant, d’apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l’excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu’il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l’auteur du recours qu’il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu’il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d’un intérêt à agir lorsqu’il fait état devant le juge, qui statue au vu de l’ensemble des pièces du dossier, d’éléments relatifs à la nature, à l’importance ou à la localisation du projet de construction. Il en va de même lorsque le requérant est un syndicat de copropriétaires.
Il ressort des pièces du dossier que le syndicat requérant gère un immeuble en copropriété situé 9 Place Hoche, situé à près de 80 mètres des installations projetées. Dès lors, cet immeuble n’est pas voisin immédiat des installations autorisées. En se bornant à faire valoir que les antennes constituent des équipements susceptibles de nuire à la santé des riverains en raison des ondes électromagnétiques qu’elles émettent et qu’elles sont implantées dans le périmètre du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Versailles et « inesthétiques », le syndicat requérant ne fait état d’aucun élément de nature à établir que les installations projetées sont susceptibles d’affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de l’immeuble dont il assure la gestion en copropriété. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée du défaut d’intérêt pour agir du requérant, doit être accueillie.
En second lieu, aux termes de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme : « En cas (…) de recours contentieux à l'encontre (…) d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, (…) l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (…) . L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt (…) du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux (…) ». Aux termes de l’article R. 600-2 du même code : « Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable (…) court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ».
Il ressort des pièces du dossier, et notamment des deux procès-verbaux de constat d’affichage établis les 28 octobre et 29 décembre 2022 par un commissaire de justice, que la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable en litige a fait l’objet d’un affichage continu, sur le terrain d’assiette du projet, du 28 octobre 2022 au 29 décembre 2022, soit une durée de deux mois. Cet affichage était visible depuis l’extérieur, lisible, et comportait la mention régulière des voies et délais de recours. Dès lors, le délai de recours contentieux a commencé à courir le 28 octobre 2022 et expirait le 29 décembre 2022. Or, le recours gracieux du syndicat requérant est daté du 17 mai 2023 et il est constant qu’il n’a été réceptionné par la commune de Versailles que le 22 juin 2023, soit postérieurement à l’expiration du délai de recours contentieux. Par ailleurs, la notification de l’exercice de ce recours gracieux à la société pétitionnaire, par lettre recommandée avec accusé de réception, n’a été déposée auprès de services postaux que le 26 juillet 2023, soit au-delà du délai de quinze jours francs imparti, institué par les dispositions précitées de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme. Dès lors, le recours gracieux du syndicat requérant n’a pas été de nature à proroger le délai de recours contentieux et la requête, enregistrée le 6 septembre 2023, est tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la société Free Mobile, tirée de la tardiveté de la requête, doit également être accueillie.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation du syndicat des copropriétaires du 9 place Hoche doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Versailles et de la société Free Mobile, qui ne sont pas les parties perdantes à la présente instance, la somme que le syndicat requérant demande au titre des frais liés au litige. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires du 9 place Hoche une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Versailles et une somme de 1 000 euros à verser à la société Free Mobile, en application de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires du 9 place Hoche est rejetée.
Article 2 : Le syndicat des copropriétaires du 9 place Hoche versera à la commune de Versailles une somme de 1 000 euros et une somme de 1 000 euros à la société Free Mobile en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du 9 place Hoche, à la commune de Versailles et à la société Free Mobile.
Délibéré après l’audience du 6 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Doré, président,
Mme L’Hermine, première conseillère,
Mme Hardy, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2026.
La rapporteure,
signé
M. Hardy
Le président,
signé
F. Doré
La greffière,
signé
S. Paulin
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.