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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307416

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307416

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a annulé l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de Vigneux-sur-Seine a refusé un permis de construire modificatif à la SARL Jaya. Le tribunal a retenu deux motifs d'annulation : d'une part, l'incompétence du signataire de l'arrêté, faute de preuve de la publication régulière de sa délégation de fonctions. D'autre part, le motif de refus tiré de l'absence d'autorisation de l'architecte initial a été jugé illégal, car aucune disposition du code de l'urbanisme n'impose au pétitionnaire de recourir au même architecte pour un permis modificatif. La décision s'appuie sur les articles L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales et L. 431-1 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2023, la SARL Jaya, représentée par Me Ravassard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de la commune de Vigneux-sur-Seine a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif ;

2°) d'enjoindre au maire de Vigneux-sur-Seine de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vigneux-sur-Seine la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- aucune disposition n'impose au pétitionnaire de faire appel au même architecte pour une demande de permis de construire modificatif ;

- la demande de permis de construire modificatif n'est pas tardive, dès lors qu'à la date de son dépôt, les travaux n'étaient pas achevés depuis plus d'une année ;

- le motif tiré de ce que l'état existant ne correspond pas au permis de construire initial est inopérant dès lors que sa demande a pour objet de se mettre en conformité avec le permis qui lui a été délivré, et de régulariser les travaux réalisés ;

- le motif tiré de ce que la déclaration initiale ne présentait pas de commerces mais des bureaux est mal fondé dès lors qu'elle n'est pas propriétaire du rez-de-chaussée où se trouvent ces commerces ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UD 12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune n'est pas fondé dès lors, d'une part, que l'architecte du projet modificatif a calculé le nombre de places de stationnement nécessaires, outre une place pour handicapés, et que, d'autre part, elle a conclu une convention avec la société Yespark pour la location de places de stationnement ; la commune ne l'a pas informée de ce que ces places pourraient être attribuées à une autre société, de sorte que ce motif ne peut lui être opposé ; en tout état de cause, elle est fondée à solliciter une dérogation pour ces places de stationnement et à bénéficier des dispositions de l'article L. 152-6 du code de l'urbanisme ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UD 13 du règlement du PLU n'est pas fondé dès lors qu'elle n'est pas propriétaire du sol, et qu'antérieurement à ses travaux il n'existait pas de plantations.

La requête a été communiquée à la commune de Vigneux-sur-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 24 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 mai 2018, le maire de la commune de Vigneux-sur-Seine a délivré à la SARL Jaya un permis de construire pour la surélévation d'un bâtiment situé au 15 rue Maxime Petit et la création de six logements. La SARL Jaya a déposé, le 2 mai 2023, une demande de permis de construire modificatif ayant notamment pour objet la régularisation de la surface de plancher créée et du nombre de logements, la modification des places de stationnement et l'aménagement des espaces extérieurs. Par un arrêté du 7 juillet 2023, dont la SARL Jaya demande l'annulation, le maire de la commune de Vigneux-sur-Seine a refusé de lui délivrer le permis sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est signé par M. B A, maire adjoint délégué à l'urbanisme. Toutefois, cette seule mention, ainsi que le visa, qui figure dans l'arrêté en litige, de l'arrêté municipal n° 20-105 du 7 juillet 2020 portant délégation de fonctions à M. B A, ne suffisent pas à établir que cet arrêté de délégation a été régulièrement pris et publié. Par suite, la SARL Jaya est fondée à soutenir que l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué retient, comme motif de refus de délivrance du permis de construire modificatif sollicité, la circonstance que ce permis a été déposé par un architecte distinct de celui ayant déposé le permis de construire initial, et que ce dernier, qui dispose d'une propriété intellectuelle sur son œuvre, n'a pas donné son autorisation.

5. Aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " Conformément aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire. ". Aux termes de l'article R. 431-1 du même code : " Le projet architectural prévu à l'article L. 431-2 doit être établi par un architecte ".

6. Ces dispositions n'imposent pas au pétitionnaire d'avoir recours, pour sa demande de permis de construire modificatif, au même architecte que celui ayant établi le projet du permis de construire initial, ni d'obtenir son autorisation en cas de changement d'architecte. Par suite, la SARL Jaya est fondée à soutenir que le motif tiré de ce que la demande de permis modificatif a été déposée par un autre architecte est entaché d'erreur de droit.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est susceptible d'entrainer l'illégalité de l'arrêté attaqué.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Jaya est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de Vigneux-sur-Seine a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

10. Un permis de construire périmé ne peut légalement faire l'objet d'un permis modificatif.

11. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. () ".

12. Il appartient à la société requérante, qui soutient que son permis de construire initial délivré le 22 mai 2018 n'était pas caduc, d'établir que contrairement à ce qu'a retenu la commune, les travaux n'ont pas été interrompus pendant plus d'une année, et donc de démontrer qu'elle a réalisé, durant l'année précédant la décision attaquée, soit entre le 7 juillet 2022 et le 7 juillet 2023, des travaux revêtant un caractère substantiel et présentant un lien suffisant avec la construction autorisée. En l'espèce, les factures produites par la SARL Jaya, relatives aux travaux qu'elle aurait réalisés en juillet et août 2022, portant sur l'achat de petits matériaux pour un montant total inférieur à 800 euros et sur des prestations de plomberie d'un montant de 730 euros, ne démontrent pas, compte-tenu de leur objet et de leur montant, la réalisation de travaux significatifs au regard de l'objet des travaux autorisés par le permis initial, consistant en la surélévation d'une construction existante en vue de créer six logements. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, la société requérante aurait réalisé, durant l'année précédant cette décision, des travaux de nature à faire échec à la péremption du permis initial.

13. Il résulte de ce qui précède que le permis de construire initial était périmé à la date de l'arrêté contesté. Par suite, et dès lors que cette péremption fait obstacle à la délivrance d'un permis de construire modificatif, les conclusions de la société requérante tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Vigneux-sur-Seine de réexaminer sa demande de permis de construire modificatif ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vigneux-sur-Seine la somme que demande la SARL Jaya au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions du même article font, par ailleurs, obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Vigneux-sur-Seine soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de Vigneux-sur-Seine a refusé de délivrer à la SARL Jaya un permis de construire modificatif est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Jaya est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de commune de Vigneux-sur-Seine présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Jaya et à la commune de Vigneux-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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