lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | GONIDEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 septembre 2023 et 18 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Gonidec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler sa carte de résident ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 5 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi.
Par un mémoire, enregistré le 10 septembre 2024, M. A, représenté par Me Gonidec, a répondu à ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lellouch,
- les observations de Me Gonidec, représentant le requérant, en présence de l'intéressé, lui-même.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant géorgien né le 2 juin 1986, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié en 2009. Il a bénéficié d'une carte de résident valable du 27 mai 2011 au 26 mai 2021, dont il a sollicité le renouvellement. Par une décision du 3 août 2023, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler sa carte de résident et lui a délivré une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Pour refuser le renouvellement de la carte de résident de M. A, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant que la présence en France de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, au regard, d'une part, des condamnations pénales prononcées à son encontre en 2018 pour usage illicite de stupéfiants et en 2016 pour vol et, d'autre part, du fait qu'il était connu du traitement des antécédents judiciaires pour usage illicite de stupéfiants en 2016 et 2017.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. ". À cet égard, l'article L. 411-5 du même code alors en vigueur prévoit que : " La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée () ". Et selon les termes de l'article L. 432-3 alors applicable de ce même code : " Une carte de résident ne peut être délivrée aux conjoints d'un étranger qui vit en France en état de polygamie. / Il en va de même pour tout étranger condamné pour avoir commis sur un mineur de quinze ans l'infraction de violences ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente, définie à l'article 222-9 du code pénal, ou s'être rendu complice de celle-ci. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision litigieuse : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident () ".
5. Il résulte de ces dispositions, en vigueur à la date de la décision attaquée, que, contrairement à la délivrance d'une première carte de résident et au renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle, le refus de renouvellement de la carte de résident ne peut être fondé sur la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de l'étranger, mais uniquement sur l'un des motifs énoncés aux articles L. 411-5 et L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent, pour l'un, les étrangers ayant quitté le territoire français et résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs et, pour l'autre, les étrangers vivant en état de polygamie ou ayant été condamnés pour avoir commis, sur un mineur de quinze ans, l'infraction de violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ou s'en étant rendu complices.
6. Les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, sur lesquelles s'est fondé le préfet ne sont pas applicables au renouvellement d'une carte de résident, qui est de plein droit en vertu de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3 du même code, visant les étrangers se trouvant dans les situations rappelées au point 5, dont ne relève pas M. A. Il s'ensuit que le préfet de l'Essonne, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la décision attaquée, a méconnu le champ d'application de la loi.
7. En outre, il ressort des pièces du dossier que pour considérer que la présence de M. A constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Essonne s'est fondé, d'une part, sur les deux condamnations prononcées à l'encontre de l'intéressé, la première, à une peine de 250 euros d'amende prononcée le 29 mai 2018 pour usage illicite de stupéfiants et la seconde, à une peine de 300 euros d'amende prononcée en 2016 pour vol, d'autre part, sur les 3 signalements pour usage illicite de stupéfiants dont il a fait l'objet entre 2016 et 2017. Toutefois, compte tenu de la nature et de l'ancienneté des faits ainsi reprochés à l'intéressé, le préfet de l'Essonne a commis une erreur d'appréciation en considérant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. En outre, dès lors qu'il a la qualité de réfugié et qu'il réside régulièrement en France depuis plus de quinze ans avec son épouse, et leurs enfants, que lui et son épouse travaillent dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, en se fondant sur ces faits pour refuser le renouvellement de sa carte de résident longue durée, le préfet de l'Essonne a porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels le refus a été pris, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 août 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler sa carte de résident et lui a délivré un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lequel il se fonde, qu'il soit enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A, sous réserve d'un changement de circonstances, une carte de résident portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir dans l'attente de cette délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du préfet de l'Essonne en date du 3 août 2023 portant refus de renouvellement de la carte de résident est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A une carte de résident portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La présidente rapporteure,
signé
J. Lellouch
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
F. Gibelin La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026