jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2307748 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | AARPI HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2023, Mme E, représentée par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, née du silence gardé pendant plus de quatre mois sur sa demande, par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'erreur de droit ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 424-11 et L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une ordonnance du 24 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2024 à 12h00.
Vu :
- la décision du 8 janvier 2024 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 19 mai 1966, est entrée en France le 4 juin 2022, munie d'un visa de long séjour portant la mention " carte de séjour à solliciter ". Elle déclare avoir sollicité, le 4 juin 2022, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire et s'est vue délivrer un premier récépissé de demande de titre de séjour le 8 juillet 2022. Elle demande l'annulation de la décision implicite, née du silence gardé pendant plus de quatre mois sur sa demande, déposée au plus tard le 8 juillet 2022, par laquelle la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ", identique à la carte prévue à l'article L. 424-9 délivrée à l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, est délivrée à : / () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié. " Aux termes de l'article L. 561-2 du même code : " () Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. "
3. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme B, M. A D, né le 15 novembre 2003, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 avril 2021. Le 15 mai 2021, Mme B a sollicité un visa de long séjour, lequel lui a été délivré le 10 avril 2022. À la date de cette demande, dont il n'est pas contesté qu'elle a été effectuée dans le cadre de la législation relative au droit à la réunification familiale, M. A D était mineur. Au regard des dispositions précitées, qui prévoient la délivrance de droit d'un titre de séjour à l'ascendant direct de premier degré d'un mineur non marié bénéficiaire de la protection subsidiaire, la préfète de l'Essonne a méconnu les dispositions des articles L. 424-11 et L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à Mme B le titre de séjour demandé.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'annulation de la décision attaquée eu égard aux motifs qui la fondent, implique nécessairement que la préfète de l'Essonne ou le préfet territorialement compétent délivre à Mme B une carte de séjour pluriannuelle, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hug, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hug de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte de séjour pluriannuelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Hug la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Elsa Hug et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Frédéric Lutz, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
A. Le Vaillant
Le président,
Signé
O. MaunyLa greffière,
Signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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