vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2308123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL EARTH AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre et 14 décembre 2021, M. et Mme A et E D ont demandé au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le maire de Saint-Germain-en-Laye ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n° DP 078 551 21 Z0176 présentée par la SCI Leco aux fins de diviser la parcelle cadastrée AD 0243 située 3 rue Quinault, ainsi que la décision du 1er octobre 2021 par laquelle le maire de cette commune a rejeté leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye et du bénéficiaire de la décision attaquée, une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté cette demande au motif que les requérants n'ont produit aucun titre de propriété ou autre document de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou la détention de leur bien en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme.
Par un arrêt n° 22VE02289 du 28 septembre 2023, la cour administrative d'appel de Versailles, saisie d'un appel présenté pour M. et Mme D, a annulé cette ordonnance au motif que les requérants ont accompagné leur requête introductive d'instance d'actes de nature à établir l'existence de leur propriété et a renvoyé au tribunal administratif de Versailles le jugement de cette affaire qui y a été enregistrée sous le n° 2308123.
Procédure devant le tribunal après renvoi :
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2024, la SCI Leco et Mme C F, représentées par Me Colmant, demandent au tribunal de rejeter la requête de M. et Mme D et de mettre à leur charge la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que la requête est irrecevable, les requérants ne présentant pas d'intérêt à agir et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2024, la commune de Saint-Germain-en-Laye conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 26 mars 2024, la SCI Leco demande en outre au tribunal :
1°) de condamner M. et Mme D à lui verser la somme de 15 000 euros en application des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;
2°) de condamner M. et Mme D au paiement d'une amende de 10 000 euros en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le recours de M. et Mme D est affecté à tout le moins d'un défaut d'intérêt à agir et il est motivé par des considérations sans lien avec l'urbanisme, dans une logique d'acharnement moral et judiciaire,
- cet abus lui cause en outre d'importants préjudices à la fois moral et économique nés des tracasseries administratives et de l'anxiété provoquée, des frais de justice et de ceux liés à l'intervention d'un commissaire de justice.
Par un mémoire enregistré le 27 mars 2024, M. et Mme D maintiennent leurs conclusions par les mêmes moyens.
Par un mémoire enregistré le 1er avril 2024, Mme F demande en outre au tribunal :
1°) de condamner M. et Mme D à lui verser la somme de 15 000 euros en application des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;
2°) de condamner M. et Mme D au paiement d'une amende de 10 000 euros en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le recours de M. et Mme D est affecté à tout le moins d'un défaut d'intérêt à agir et il est motivé par des considérations sans lien avec l'urbanisme, dans une logique d'acharnement moral et judiciaire,
- cet abus lui cause en outre d'importants préjudices à la fois moral et économique nés des tracasseries administratives et de l'anxiété provoquée, des frais de justice et de ceux liés à l'intervention d'un commissaire de justice.
Par un mémoire enregistré le 10 avril 2024, M. et Mme D concluent :
1°) au rejet des demandes indemnitaires de la SCI Leco et de Mme F ;
2°) de mettre à la charge de la commune et la SCI Leco la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que leur requête ne présente pas de caractère abusif et que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont irrecevables.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 14 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rollet-Perraud ;
- les observations de Me Perrineau, représentant M. et Mme D ;
- les observations de Mme B, représentant la commune de Saint-Germain-en-Laye ;
- et les observations de Me Colmant, représentant la SCI Leco et Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Leco a déposé le 19 avril 2021 un dossier de déclaration préalable aux fins de diviser la parcelle cadastrée AD 0243 située 3 rue Quinault, à Saint-Germain-en-Laye. Par un arrêté du 16 juin 2021, le maire de Saint-Germain-en-Laye ne s'est pas opposé à cette déclaration. M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler cette décision, ensemble la décision du 1er octobre 2021 par laquelle le maire a rejeté leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation.".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient, dans tous les cas, au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou d'aménagement.
4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont propriétaires d'un terrain bâti, composé de la parcelle cadastrée AD 0290 qui jouxte la parcelle AD 0243 objet de la division autorisée par la décision de non opposition à déclaration préalable. M. et Mme D se prévalent de ce que cette division aura pour effet de créer trois logements. Ils en déduisent que le projet aura pour conséquence de créer une covisibilité avec la construction se trouvant sur leur parcelle et qui est classée au titre des monuments historiques, des nuisances sonores, un vis-à-vis, des difficultés de stationnement dans la rue dès lors que le projet ne prévoit pas de places de stationnement et une " aggravation " de leur propre servitude de passage sur la parcelle AD 0243, engendrant une moins-value de leur bien. En outre ils invoquent la circonstance que le projet a été réalisé en méconnaissance des limites effectives de propriété et donc, en partie, sur leur parcelle cadastrale. Toutefois, la décision en litige a pour seul objet, ainsi que cela ressort du formulaire Cerfa, la division d'un terrain bâti en deux lots qui sont déjà bâtis. Elle n'a ni pour objet ni pour effet d'autoriser la création de logements ou le changement de destination d'une construction et ne modifie pas les limites séparatives avec leur propriété. Dans ces conditions, eu égard à la nature, à l'importance et à la localisation du projet, M. et Mme D ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre la décision contestée. Leur requête doit, dès lors, être rejetée comme irrecevable.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :
5. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts.() ".
6. La circonstance que le projet en cause ne soit pas de nature à affecter les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de la parcelle de M. et Mme D contiguë au terrain d'assiette du projet, ne permet pas à elle seule de regarder la présente procédure comme révélant un comportement abusif de leur part. Par conséquent, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la SCI Leco et Mme F sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice :
7. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la SCI Leco et Mme F tendant à l'application de ces dispositions sont irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye et de la SCI Leco et Mme F, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 800 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Germain-en-Laye d'une part et par la SCI Leco et Mme F d'autre part et non compris dans les dépens, somme à répartir à parts égales.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la SCI Leco et de Mme F présentées au titre des articles L. 600-7 du code de l'urbanisme et R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : M. et Mme D verseront une somme de 1 800 euros à répartir à parts égales entre d'une part la SCI Leco et Mme F et d'autre part la commune de Saint-Germain-en-Laye au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme G et E D, à la SCI Leco, à Mme C F et à la commune de Saint-Germain-en-Laye.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Mathou, première conseillère,
- Mme Milon, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
C. Rollet-Peraud
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A. MilonLa greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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