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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2309628

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2309628

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2309628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Crandal

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles rejette la requête de M. D contestant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 5 496,03 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2022. Le juge estime que M. D n’apporte pas la preuve de l’exercice d’une garde alternée de son fils durant cette période, condition nécessaire pour bénéficier de la majoration du montant forfaitaire du RSA. En conséquence, l’avis de sommes à payer est maintenu, et la demande de remise gracieuse est rejetée en raison de l’absence de précarité établie et de la fraude retenue. La décision se fonde sur les articles L. 262-2, L. 262-9 et R. 262-1 du code de l’action sociale et des familles, ainsi que sur les articles 372 et 373-2-9 du code civil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2023, M. E D demande au tribunal d'annuler l'avis des sommes à payer n°013724 1 décerné par le conseil départemental de l'Essonne le 19 septembre 2023 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 5 496,03 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2022. A défaut d'annulation de l'avis de somme à payer, il demande au tribunal de prononcer la remise gracieuse de l'indu mis à sa charge.

Il soutient que la dette mise à sa charge n'est pas fondée dès lors qu'il assure la garde alternée de son fils C pendant la période concernée et que le conseil départemental est informé de ses difficultés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, le conseil départemental de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient en premier lieu que M. D n'établit pas exercer la garde alternée de son fils pendant toute la durée de la période concernée, qu'il n'a pas adressé au conseil départemental le document attestant de l'accord des parents. En second lieu, la fraude s'oppose à la remise gracieuse tout comme l'absence de précarité établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Crandal, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Lors de l'audience publique du 8 octobre 2024, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Crandal ;

- M. D qui a maintenu oralement ses conclusions par les mêmes moyens et qui souligne les difficultés de gestion des pièces du dossier adressées à la caisse d'allocations familiales, qui a déclaré les avoir perdues puis les avoir retrouvées avant de l'informer qu'il lui faudrait présenter un recours contre la décision à intervenir ;

- le conseil départemental de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2017, père de C D, né en 2011 et déclaré arrivé à son foyer depuis sa naissance. Fin 2017, M. D et Mme F B, mère de C, se sont séparés. Le 22 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Essonne a mis à la charge de M. D un indu de revenu de solidarité active de 5 933,25 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2022 ainsi motivé : " C n'est pas dans l'une des situations permettant le maintien des prestations familiales depuis 12/2018 (à charge de sa mère). " Par lettre du 15 août 2022, M. D a introduit un recours administratif préalable obligatoire contestant le bien-fondé de l'indu mis à sa charge en produisant des documents relatifs à la prise en charge de son fils par ses soins. Le 4 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Essonne a adressé à M. D le document : " déclaration de choix des parents pour les enfants en résidence alternée. " Par courrier du 1er mars 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Essonne a informé M. D de la transmission au conseil départemental de la dette de 5 496,03 euros restant à sa charge. Par courrier du 17 janvier 2024, le conseil départemental de l'Essonne a rejeté le recours contre l'avis des sommes à payer l'indu de 5 496,03 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2022 dont le requérant demande l'annulation par la présente requête.

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale ". Le premier alinéa de l'article 373-2 du même code dispose que : " La séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de l'exercice de l'autorité parentale ". Selon le premier alinéa de l'article 373-2-9 de ce code : " () la résidence de l'enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents ou au domicile de l'un d'eux ".

3.

D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". A termes de l'article L. 262-9 du code de l'action sociale et des familles : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262- 2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; () La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. /A termes de l'article R. 262- 1 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 [ou au 2° du même article] applicable à un foyer composé d'une seule personne est majoré de 50 % lorsque le foyer comporte deux personnes. Ce montant est ensuite majoré de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer et à la charge de l'intéressé. Toutefois, lorsque le foyer comporte plus de deux enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge, à l'exception du conjoint, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou du concubin de l'intéressé, la majoration à laquelle ouvre droit chacun de ces enfants ou personnes est portée à 40 % à partir de la troisième personne. / Dans le cas des personnes isolées au sens de l'article L. 262-9, le montant majoré est égal à 128,412 % du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne. S'y ajoute, pour chaque enfant à charge, un supplément égal à 42,804 % du montant forfaitaire applicable à un foyer composé d'une seule personne, mentionné à l'article L. 262-2. Le même supplément s'applique lorsque le foyer comporte d'autres personnes à charge que des enfants ".

4. A termes de l'article R. 262-3 du même code : " Pour le bénéfice du revenu de solidarité active, sont considérés comme à charge : 1° Les enfants ouvrant droit aux prestations familiales ; 2° Les autres enfants et personnes de moins de vingt-cinq ans qui sont à la charge effective et permanente du bénéficiaire à condition, lorsqu'ils sont arrivés au foyer après leur dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus. () " Enfin, aux termes de l'article R. 262-4 du même code : " La périodicité mentionnée à l'article L. 262-21 pour le réexamen du montant de l'allocation de revenu de solidarité active est trimestrielle () Pour chacun des trois mois, la composition du foyer et la situation d'isolement mentionnée à l'article L. 262-9 retenues pour la détermination du montant forfaitaire sont celles du foyer au dernier jour du mois considéré () "

5. Il résulte de ces dispositions que, pour calculer le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, ainsi que pour déterminer le droit d'une personne isolée assumant la charge d'un ou plusieurs enfants à la majoration de ce montant forfaitaire en application de l'article L. 262-9 du même code, doivent être regardés comme à la charge de l'allocataire du revenu de solidarité active les enfants ouvrant droit aux prestations familiales, ainsi que les autres enfants à sa charge effective et permanente, sous réserve des conditions définies au 2° de l'article R. 262-3 du même code. Eu égard à l'objet du revenu de solidarité active, qui est notamment, en vertu de l'article L. 262-1 du même code, d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, lorsqu'un parent allocataire du revenu de solidarité active bénéficie pour son enfant, conjointement avec l'autre parent dont il est divorcé ou séparé de droit ou de fait, d'un droit de résidence alternée qui est mis en œuvre de manière effective et équivalente, ce parent doit être regardé comme assumant la charge effective et permanente de l'enfant et a droit, sauf accord contraire entre les parents ou mention contraire dans une décision du juge judiciaire, au bénéfice de la moitié de la majoration pour enfant à charge du montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et, s'il en remplit les autres conditions, de la moitié de la majoration pour parent isolé mentionnée à l'article L. 262-9 du même code. Toutefois, compte tenu des incidences possibles de ce partage sur les droits de l'autre parent, susceptible de bénéficier lui aussi du revenu de solidarité active, il appartient au parent qui sollicite une telle répartition d'établir l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de manière effective et équivalente, laquelle doit être présumée s'il fournit à l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, à défaut de partage de la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales, une convention homologuée par le juge aux affaires familiales, une décision de ce juge ou un document attestant l'accord existant entre les parents sur ce mode de résidence.

6. Pour rejeter le recours de M. D contre l'indu mis à sa charge, le conseil départemental s'est fondé d'une part, sur un contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales de l'Essonne d'où il résulterait que C n'était plus à sa charge depuis le 5 décembre 2018 et qu'ainsi il ne pouvait plus être pris en compte dans le calcul de son RSA et d'autre part, sur l'absence de retour de l'attestation de garde alternée adressée en novembre 2022 par la caisse d'allocations familiales à la suite de son recours du 15 août 2022. Dans son mémoire en défense, le conseil départemental de l'Essonne soutient que M. D n'aurait apporté de justificatifs établissant la prise en charge de son fils que pour la seule année 2019 et qu'ainsi il serait dans l'incapacité de démontrer avoir eu la charge de la garde alternée de son fils, ce qui fonderait l'indu de RSA mis à sa charge.

7. Il résulte de l'instruction que M. D a produit à l'appui de son recours administratif préalable obligatoire ses déclarations de revenus à l'administration fiscale pour les années 2018 à 2021 sur lesquelles son fils est mentionné comme personne à sa charge avec un nombre de parts fixé à 1,25, un document établi par son bailleur portant mention de son fils C comme occupant de son logement de Vert-le-Petit au 19 août 2022, un courrier du 6 avril 2022 de M. D et de la mère de son fils demandant aux services de l'Académie de Versailles une dérogation à la sectorisation pour l'admission au collège de C et précisant que celui-ci est en garde alternée sur un cycle hebdomadaire avec une adresse secondaire qui est celle de son père à Vert-le-Petit et enfin, une série d'attestations de règlements et de factures établies par la mairie de Vert-le-Grand établissant la réalité des paiements mensuels par M. D des frais de repas, de garde et d'activités mis à sa charge pour son fils C depuis décembre 2019 jusqu'à juillet 2022. Par les documents qu'il produit, M. D établit l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de manière effective et équivalente lui ouvrant droit au bénéfice de la moitié de la majoration pour enfant à charge du montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et, dès lors qu'il en remplit les autres conditions, de la moitié de la majoration pour parent isolé mentionnée à l'article L. 262-9 du même code. Il s'ensuit que le conseil départemental de l'Essonne n'est pas fondé à mettre à sa charge l'indu de RSA de 5 496,03 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2022. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer la décharge de l'indu de 5 496,03 euros mis à la charge de M. D et d'annuler l'avis de sommes à payer n° 013724 1 du 19 septembre 2023.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est déchargé de l'indu de 5 496,03 euros de revenu de solidarité active pour la période de septembre 2020 à mai 2022 mis à sa charge par le conseil départemental de l'Essonne.

Article 2 : L'avis de sommes à payer n°013724 1 du 19 septembre 2023 du conseil départemental de l'Essonne est annulé.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au conseil départemental de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

Jean-Michel Crandal

La greffière,

signé

Stéphanie PaulinLa République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2309628

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