lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2310168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, M. A B demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 250 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 150 par jour de retard et durant cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure à défaut de consultation de la commission du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'une erreur de droit sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle.
Un mémoire présenté pour le préfet de l'Essonne a été enregistré le 2 octobre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Corthier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais né le 9 avril 1980 à Kinshasa en République Démocratique du Congo, est entré en France le 5 mai 2010 selon ses déclarations. Le 17 mars 2023, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, laquelle est restée sans réponse. M. B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé, par courrier du 19 septembre 2023, réceptionné le 25 septembre suivant, la communication des motifs du refus de sa demande de titre de séjour, née du silence gardé par le préfet de l'Essonne pendant plus de quatre mois sur sa demande reçue le 29 mars 2023. L'administration n'ayant pas répondu à cette demande de communication dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation fondant son annulation.
4. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de l'Essonne, ou le préfet territorialement compétent, procède à un nouvel examen de la demande de M. B dans le délai deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par M. B qui ne fait pas état de l'engagement de frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour de M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions présentées par M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Corthier
La présidente,
signé
J. Lellouch La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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