Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310688

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2023, Mme C A D, représentée par Me Nouel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui fixant un rendez-vous en préfecture ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie pour avis ;

- le préfet, qui ne s'est pas prononcé à nouveau sur son droit au séjour, n'a pas procédé au réexamen de sa situation en méconnaissance du jugement du 17 mai 2022 ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale et méconnait ainsi, notamment, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A D, ressortissante de la République du Congo née le 7 novembre 1982, entrée en France le 17 novembre 2009 selon ses déclarations, a sollicité le 7 juillet 2022 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 novembre 2023, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 118 de la préfecture de l'Essonne, le même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. C B, directeur de l'immigration et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, tous actes, arrêtés et décisions dans les limites des matières ressortissant à ses attributions, dont relève l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant refus d'admission au séjour. En effet, après avoir rappelé les textes dont le préfet a fait application, l'arrêté énonce les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme A D. Il indique, en particulier, l'état civil de la requérante et sa nationalité, la date alléguée de son arrivée en France et le fondement juridique de sa demande. Il expose, par ailleurs, les circonstances de fait propres à la situation de la requérante ayant justifié le rejet de sa demande de titre de séjour, qui a été examinée au visa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'intéressée, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, la décision portant refus de titre de séjour répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Il en va de même de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dont la motivation se confond avec celle du refus de titre de séjour et qui comporte la mention des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

6. Mme A D soutient que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour, dès lors qu'elle réside en France depuis le 17 novembre 2009. Toutefois, les pièces versées sont insuffisantes pour établir sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté litigieux, notamment pour l'année 2020, au titre de laquelle elle ne produit qu'un avis d'imposition faisant apparaitre un montant d'impôt et un revenu fiscal de référence nuls, un reçu de transfert d'argent Western Union du 26 mars 2020 et un reçu d'honoraires d'avocat du 10 décembre 2020. Par suite, elle ne justifie pas d'un séjour habituel en France supérieur à dix ans à la date de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, laquelle a été prise le 28 novembre 2023, et n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de se prononcer. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est expressément prononcé sur la demande d'admission au séjour présentée par Mme A D, ce qu'il n'avait pas fait dans son précédent arrêté annulé par le tribunal dans son jugement du 17 mai 2022, et a ainsi procédé au réexamen de la situation de l'intéressée conformément à cette décision. D'autre part, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de Mme A D. Les moyens tirés du défaut de réexamen en méconnaissance du jugement du 17 mai 2022 et du défaut d'examen particulier doivent, dès lors, être écartés.

8. En cinquième lieu, à défaut de justifier d'avoir saisi le préfet de l'Essonne d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dès lors que ce dernier n'a pas examiné d'office sa demande sur ce fondement, Mme A D ne peut utilement soutenir qu'il a méconnu ces dispositions ni qu'il a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de celles-ci.

9. En sixième lieu, si Mme A D justifie d'une présence en France, où réside sa mère, depuis l'année 2009, elle n'établit pas l'intensité de sa relation avec celle-ci ni la nécessité de sa présence à ses côté, et ne justifie pas par la seule production de leurs titres de séjour de la réalité et de l'intensité des liens familiaux avec les personnes qu'elle présente comme sa grand-mère, sa tante et ses sœurs. Elle ne justifie, en outre, d'aucune autre attache sur le territoire français, ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle, alors qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à vingt-sept ans. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision méconnaitrait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Les moyens doivent être écartés.

10. En dernier lieu, pour les raisons précédemment exposées au point 9, Mme A D n'est pas fondée à soutenir que la décision porterait atteinte à sa vie privée et familiale et méconnaitrait ainsi, notamment, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A D, tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2023 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marc, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

E. Marc

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.