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Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400942

mardi 3 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 février 2024, le 31 décembre 2025 et les 12 et 20 février 2026, la SASU Panafrance, représentée par Me Lamorlette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 août 2023 par lequel le maire des Loges-en-Josas a, au nom de l’État, refusé de lui délivrer un permis de construire pour la construction d’une messagerie comprenant un entrepôt et des bureaux sur une parcelle située lieu-dit La Porte des Loges ainsi que la décision par laquelle le maire des Loges-en-Josas a implicitement rejeté son recours gracieux dirigé contre cet arrêté ;

2°) d’enjoindre au maire des Loges-en-Josas de réexaminer sa demande de permis de construire dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le classement de la parcelle terrain d’assiette du projet en zone agricole par le plan de zonage du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) issu de la révision approuvée le 30 mars 2023 est incompatible avec le schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF) et est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
- le motif selon lequel la parcelle est grevée de deux emplacements réservés est entaché d’erreur de fait s’agissant de l’emplacement réservé n° 1 ; le maire aurait dû édicter une prescription s’agissant de l’emplacement réservé n° 2 ;
- le motif selon lequel le terrain n’est pas desservi par le réseau public d’électricité, que l’extension nécessaire à la desserte du terrain est supérieure à cent mètres et qu’elle doit être qualifiée d’équipement public méconnaît les dispositions des articles L. 111-11, L. 332-8 et L. 332-15 du code de l’urbanisme.


Par des mémoires en défense enregistrés le 25 septembre 2024 et les 12 février et 12 mars 2026, la commune des Loges-en-Josas, représentée par Me Férignac puis par Me Gosseye, demande au tribunal, à titre principal, de surseoir à statuer dans l’attente de l’arrêt de la Cour administrative d’appel de Versailles concernant sa demande de sursis à exécution des jugements du tribunal annulant le PLU de la commune, à titre subsidiaire, de rejeter la requête et, dans le dernier état de ses écritures, de mettre à la charge de la requérante une somme de 7 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé et sollicite, en cas d’annulation de l’ensemble des motifs fondant l’arrêté en litige, qu’y soient substitués les motifs selon lesquels le projet méconnaît les dispositions des articles IAUI 11 et IAUI 13 du règlement du PLU révisé le 16 décembre 29019 et modifié le 16 décembre 2021, remis en vigueur par l’effet de l’annulation, par le tribunal, par deux jugements n° 2304217 et n° 2304279 du 29 décembre 2025, du PLU approuvé le 30 mars 2023. Elle sollicite également que soient substituées aux dispositions de l’article L. 332-15 du code de l’urbanisme celles de l’article L. 111-11 du même code.


Par des mémoires en défense enregistrés les 16 janvier et 4 mars 2026, la préfecture des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé et sollicite, en cas d’annulation de l’ensemble des motifs fondant l’arrêté en litige, qu’y soient substitués les motifs selon lesquels le projet méconnaît les dispositions de l’article IAUI 3 du règlement du PLU révisé le 16 décembre 2009 et modifié le 16 décembre 2021, remis en vigueur par l’effet de l’annulation, par le tribunal, par deux jugements n° 2304217 et n° 2304279 du 29 décembre 2025, du PLU approuvé le 30 mars 2023, ainsi que les dispositions de l’article L. 151-41 du code de l’urbanisme, dès lors que la parcelle terrain d’assiette du projet comporte un emplacement réservé pour la création d’une voie devant desservir la zone mixte alors envisagée par les auteurs du PLU révisé le 16 décembre 2009 et modifié le 16 décembre 2021.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,
- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,
- et les observations de Me Estellon, représentant la requérante, et de Me Montanari, représentant la commune des Loges-en-Josas.


Une note en délibéré a été enregistrée le 16 octobre 2026 pour la requérante.


Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 août 2023, le maire des Loges-en-Josas a, au nom de l’État, refusé de délivrer à la SASU Panafrance un permis de construire pour la construction d’une messagerie comprenant un entrepôt et des bureaux sur une parcelle située lieu-dit La Porte des Loges. La société requérante demande au tribunal d’annuler cet arrêté ainsi que la décision par laquelle le maire a implicitement rejeté son recours gracieux.


Sur les conclusions à fin d’annulation et à fin d’injonction :

2. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par la requérante, le maire des Loges-en-Josas a opposé trois motifs, selon lesquels, d’une part, le projet méconnaît les dispositions du règlement du PLU approuvé le 30 mars 2023 applicables en zone agricole, qui interdisent notamment la construction d’entrepôts et de bureaux, d’autre part, le projet s’implante sur deux emplacements réservés ayant vocation à accueillir des équipements publics ou des espaces verts ainsi qu’un chemin paysager, créés par le plan de zonage du règlement du PLU approuvé le 30 mars 2023, et, enfin, que, pour l’application des dispositions de l’article L. 332-15 du code de l’urbanisme, le terrain n’est pas desservi par le réseau public d’électricité, que l’extension indispensable à sa desserte est supérieure à cent mètres et nécessite la réalisation d’un équipement public dont la commune n’est pas en mesure d’indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public cet équipement pourra être réalisé.

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 600-12-1 du code de l’urbanisme : « L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions de refus de permis ou d'opposition à déclaration préalable. Pour ces décisions, l'annulation ou l'illégalité du document d'urbanisme leur ayant servi de fondement entraîne l'annulation de ladite décision ».

4. Par un arrêt n° 26VE00423, 26VE00425 du 24 septembre 2026, la cour administrative d’appel de Versailles a annulé la délibération du conseil municipal de la commune des Loges-en-Josas du 30 mars 2023 approuvant le nouveau PLU. Dès lors, l’annulation rétroactive du PLU du 30 mars 2023 a entraîné la remise en vigueur du PLU immédiatement antérieur, révisé le 16 décembre 2009 et modifié le 16 décembre 2021. Ainsi qu’il a été dit au point 2, deux des trois motifs opposés par le maire sont fondés sur la méconnaissance des dispositions du PLU approuvé par la délibération du 30 mars 2023. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu’en application des dispositions précitées de l’article L. 600-12-1 du code de l’urbanisme, ces deux motifs de refus sont dépourvus de base légale.

5. En second lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme : « Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés (…) ». Ces dispositions poursuivent notamment le but d’intérêt général d’éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d’être contraints, par le seul effet d’une initiative privée, de réaliser des travaux d’extension ou de renforcement des réseaux publics, sans prise en compte des perspectives d’urbanisation et de développement de la collectivité, et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement. Il en résulte qu’un permis de construire ou d’aménager doit être refusé lorsque, d’une part, des travaux d’extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d’autre part, l’autorité compétente n’est pas en mesure d’indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

6. D’autre part, aux termes de l’article L. 332-15 du même code : « L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau et gaz, les réseaux de communications électroniques, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés ». Ces dispositions permettent seulement, lors de la délivrance du permis de construire, de mettre à la charge de son bénéficiaire le coût des équipements propres à son projet ou de prévoir, avec son accord et sous certaines conditions, un raccordement aux réseaux d’eau ou d’électricité empruntant des voies ou emprises publiques, mais n’imposent pas, à défaut, de refuser l’autorisation sollicitée.

7. Enfin, aux termes de l’article L. 332-8 du code de l’urbanisme : « Une participation spécifique peut être exigée des bénéficiaires des autorisations de construire qui ont pour objet la réalisation de toute installation à caractère industriel, notamment relative aux communications électroniques, agricole, commercial ou artisanal qui, par sa nature, sa situation ou son importance, nécessite la réalisation d'équipements publics exceptionnels (…) ». Lorsqu’un pétitionnaire s’est engagé à prendre en charge le coût de travaux d’extension ou de renforcement du réseau de distribution d’électricité rendus nécessaires par l’implantation d’une installation à caractère industriel, agricole, commercial ou artisanal et que ces travaux peuvent être légalement mis à sa charge en application des dispositions de l’article L. 332-8 du code de l’urbanisme, l’autorisation de construire l’infrastructure ne peut pas être refusée sur le fondement de l’article L. 111-11 du même code, sauf à ce qu’un motif autre que financier ne le permette.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment, de l’avis rendu par Enedis le 27 février 2023, que le projet nécessite la création d’une extension du réseau public d’électricité d’une longueur de 140 mètres en-dehors du terrain d’assiette de l’opération, qui pourrait être réalisée dans un délai de quatre à six mois et dont le coût est estimé à 12 036,60 euros. Dès lors, le projet nécessite la réalisation d’équipements publics substantiels non propres à l’opération envisagée devant être pris en charge par la collectivité publique. Si la commune des Loges-en-Josas pouvait déterminer, à la date de l’arrêté en litige, dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux pouvaient être réalisés, il ressort toutefois tant du motif de refus opposé dans l’arrêté en litige que des termes de ses mémoires en défense que le projet ne correspondait pas aux besoins de la commune compte tenu des perspectives d’urbanisation envisagées sur la parcelle terrain d’assiette du projet, que ce soit à la date de l’édiction de l’arrêté en litige, dès lors que la parcelle était alors classée en zone agricole, qu’à la date du présent jugement, dans la mesure où, si l’annulation rétroactive du PLU du 30 mars 2023 a entraîné la remise en vigueur les dispositions du PLU immédiatement antérieur, ces dernières dispositions, et notamment, celles du rapport de présentation, font de la parcelle terrain d’assiette du projet une zone « IAUI » à vocation mixte « moins génératrice de nuisances », à destination de logements et de bureaux. Par suite, il y a lieu, ainsi que le sollicite la commune en défense, de substituer aux dispositions de l’article L. 332-15 du code de l’urbanisme celles de l’article L. 111-11 du même code, dès lors que la commune aurait pris la même décision en se fondant sur ces dernières dispositions et que la substitution de base légale ainsi opérée ne prive la requérante d’aucune garantie. Enfin, le motif opposé par la commune pour refuser de prendre en charge les travaux d’extension étant autre que financier, la requérante ne peut utilement soutenir que le maire ne pouvait refuser de lui délivrer le permis sollicité sur le fondement des dispositions de l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme dès lors qu’une participation spécifique pouvait être mise à sa charge pour le financement des travaux en application des dispositions précitées de l’article L. 332-8 du même code. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le troisième motif de refus opposé par le maire des Loges-en-Josas à sa demande de permis de construire méconnaît les dispositions des articles L. 111-11 et L. 332-8 et L. 332-15 du code de l’urbanisme.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres substitutions de motifs sollicitées par la commune des Loges-en-Josas et le préfet des Yvelines en défense, que les conclusions à fin d’annulation de la requérante ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte, doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

10. D’une part, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions de la requérante, partie perdante, présentées en application de ces dispositions. D’autre part, l’arrêté en litige ayant été édicté par le maire, au nom de l’Etat, la commune des Loges-en-Josas n’a pas la qualité de partie à l’instance au sens des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces dispositions font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune des Loges-en-Josas en application de ces mêmes dispositions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de la SASU Panafrance est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune des Loges-en-Josas présentées en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Panafrance et au préfet des Yvelines.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune des Loges-en-Josas.


Délibéré après l’audience du 13 octobre 2026, à laquelle siégeaient :

M. Doré, président,
Mme Hardy, première conseillère,
Mme Kubota, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.


La rapporteure,

signé

M. Hardy
Le président,

signé

F. Doré

La greffière,

signé

S. Paulin


La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.