mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2401420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 février 2024 et le 9 avril 2024, M. B A, représenté par Me Saidi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours et de lui délivrer dans tous les cas un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale car fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La préfète de l'Essonne a produit un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 22 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mars 2024 à 10 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Féral, Président-rapporteur,
- les observations de Me Saidi, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 5 juin 1980, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 11 novembre 2011. Il a, le 3 janvier 2022, sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 janvier 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
3. M. A verse aux débats des documents pour justifier de sa présence continue en France au cours des années 2012 à 2014, années pour lesquelles sa présence est remise en cause par la préfète de l'Essonne. Toutefois, les documents fournis sont peu nombreux pour chacune de ces années, la copie de sa carte d'admission à l'aide médicale d'état pour chacune des années en cause, un avis d'imposition faisant état d'un montant de revenu déclaré égal à zéro pour l'année 2012, un mandat-cash effectué en novembre 2012 et deux effectués en juillet et octobre 2013, un document médical en 2012 et un en 2013, une attestation d'hébergement établie en mai 2013 par une personne privée et le certificat de naissance de son fils le 29 mai 2014. La plupart de ces pièces ne possèdent qu'une faible valeur probante et sont insuffisantes pour révéler une présence continue, habituelle et ininterrompue en France au cours de ces trois années. Par suite, la préfète n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
5. M. A se prévaut de sa présence en France depuis 2011, de son mariage en France en 2016 avec une compatriote et de la naissance de trois enfants de cette union. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, l'intéressé ne démontre pas sa présence en France avant 2015 et a fait l'objet le 21 mars 2018 d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. En outre, il ressort des pièces du dossier que son épouse, une compatriote, est également en situation irrégulière en France et l'intéressé n'établit pas qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue ailleurs qu'en France et notamment dans son pays d'origine où il a toujours vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune insertion sociale particulière en France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant les décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Essonne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle du requérant.
6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. L'arrêté contesté n'a ni pour effet, ni pour objet, de séparer M. A de ses enfants, la cellule familiale que le requérant constitue avec son épouse et ses enfants étant susceptible de se reconstituer hors de France et en particulier en Côte-d'Ivoire. En outre, il n'établit pas que ses enfants ne pourraient bénéficier dans son pays d'origine d'une scolarisation normale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Essonne aurait méconnu les stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée
9. En cinquième et dernier lieu, le requérant fait valoir qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il ne produit aucun élément à l'appui de son allégation. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination méconnaitraient les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 18 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
Mme Bartnicki, première conseillère,
Mme Ghiandoni, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
Le Président-rapporteur,
Signé
R. Féral
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
A. BartnickiLa greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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