mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2401421 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés le 16 février 2024 et le 21 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Sidi-Aïssa, demande au tribunal :
1°) l'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et ce sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale car elle-même fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Le préfet des Yvelines a produit des pièces qui ont été enregistrées le 15 mars 2024.
Par une ordonnance du 22 mars 2024, la clôture d'instruction a été reportée, en dernier lieu, au 5 avril 2024 à 10 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Féral, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Sidi, représentant Mme B
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissant marocaine née le 7 août 1982, est entrée en France en août 2015. Le 14 mars 2023, elle a déposé une demande de titre de séjour " salarié " auprès de la préfecture des Yvelines. Par un arrêté en date du 15 janvier 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Après avoir rappelé l'impossibilité pour les ressortissants marocains de se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiqué que Mme B ne remplissait pas les conditions prévues à l'article 3 de l'accord franco-marocain, le préfet des Yvelines a examiné la demande d'admission au séjour présentée par l'intéressée dans le cadre de son pouvoir général de régularisation.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B justifie d'une insertion professionnelle ancienne et stable par la production de bulletins de salaires auprès de l'Institut Curie à compter du mois de juillet 2020. Mme B a en effet d'abord été employée auprès de l'Institut Curie en contrats à durée déterminée en qualité d'agente de service sur un poste d'agent de service d'assistance aux soins, puis à compter du 1er février 2021 en contrat à durée indéterminée. Un avenant à ce contrat, le 1er juillet 2021, lui confie un poste d'agente de service qualifiée. Son employeur a par ailleurs déposé le 8 février 2023 une demande d'autorisation de travail à son profit. Ainsi, la requérante justifie d'une insertion professionnelle ancienne et stable, depuis trois ans et demi à la date de la décision attaquée auprès du même établissement de soins. Dans ces conditions, compte tenu de la durée de sa présence en France, non contestée, de plus de huit années à la date de la décision attaquée, et de cette insertion professionnelle, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, de la faire bénéficier d'une mesure de régularisation, le préfet des Yvelines a commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la décision par laquelle il a rejeté sa demande de titre de séjour doit être annulée pour ce motif.
4. Par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, qui sont dépourvues de base légale, doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard à son motif, la présente décision implique nécessairement que le préfet des Yvelines, ou le préfet territorialement compétent, délivre à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la date de sa notification et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'expiration de ce délai est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de Mme B, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salariée " dans un délai d'un mois à compter de la date du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Féral, président,
- Mme Anne Bartnicki, première conseillère ;
- Mme Sara Ghiandoni, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
Le Président-rapporteur,
Signé
R. Féral
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
A. Bartnicki
La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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