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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402686

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402686

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAADA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2024, M. B A D, représenté par Me Saada, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'application de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2024.

Un mémoire, produit par la préfète de l'Essonne, a été enregistré le 12 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A D, ressortissant tunisien né en 1997, est entré en France le 16 septembre 2022 muni d'un visa long séjour mention " conjoint de français ", valable jusqu'au 25 août 2023. Il a sollicité, le 16 août 2023, un changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour " salarié ". Par un arrêté du 1er mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de le lui délivrer et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-219 du 16 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Essonne n° 23 spécial du même jour, le préfet de ce département a donné à M. E C, signataire de l'arrêté attaqué, en sa qualité de sous-préfet de Palaiseau, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Palaiseau, à l'exception d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions en matière de police administrative des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise, outre l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle énonce les raisons pour lesquelles eu égard notamment à sa situation familiale et professionnelle, sa demande de titre de séjour est rejetée. Elle est par suite suffisamment motivée.

4. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. A D.

5. En troisième lieu, l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" ".

6. M. A D justifie que son employeur, a déposé une demande d'autorisation de travail le concernant le 28 août 2023. En outre, il ressort des pièces du dossier que son employeur a déposé une seconde demande, identique, le 13 septembre 2023. Il ressort également des pièces produites que le service instructeur a sollicité des pièces complémentaires, notamment, pour la première demande, le titre de séjour détenu par l'intéressé et des informations complémentaires sur l'emploi visé, et pour la deuxième, une copie du titre de séjour de l'intéressé. En outre, le 21 novembre suivant, le service instructeur a sollicité également une attestation Urssaf de moins de six mois, en précisant que le document fourni à ce titre était expiré et qu'il ne pouvait donc pas être pris en compte. Ces courriers précisaient qu'à défaut de réponse dans le délai de 14 jours, la demande serait considérée comme incomplète et clôturée. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'employeur de M. A D ait produit les justificatifs demandés à l'appui de ces demandes avant que n'intervienne la décision en litige ou qu'il aurait été titulaire d'une autorisation de travail à cette date. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre " salarié ". Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. M. A D, entré sur le territoire français en 2022 en tant que conjoint de français, est, à la date de la décision attaquée, en instance de divorce. La circonstance qu'il exerce une activité professionnelle et qu'il maîtrise la langue française ne constituent pas des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Essonne a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire et de lui délivrer, sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, un titre de séjour.

9. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui"

10. Le requérant soutient être particulièrement intégré en France, où il exerce une activité professionnelle de technicien en fibre optique, et indique ne plus avoir de liens avec son pays d'origine. Toutefois, entré sur le territoire français en 2022, il ne peut se prévaloir d'une longue durée de présence en France, et il était en instance de divorce avec son épouse de nationalité française à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier, lieu, pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le moyen tiré de l'incompétence de son auteur doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde.

14. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée est inopérant et ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 du préfet de l'Essonne.

Sur les autres conclusions :

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction, de même que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

La présidente,

signé

N. Ribeiro MengoliLa greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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