vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2402943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GALMOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 avril et 14 mai 2024, Mme A E C, représentée par Me Galmot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de renouveler son titre de séjour " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour émane d'une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un examen non sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pu faire valoir, au préalable, ses observations ;
- elle émane d'une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un examen non sérieux de sa situation personnelle ;
- elle contrevient également à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
La préfète de l'Essonne n'a pas présenté d'observations en défense.
L'instruction a été close, en dernier lieu, au 28 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milon,
- et les observations de Me Galmot, représentant Mme C, également présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E C, ressortissante sénégalaise née en 1998, déclare être entrée en France le 22 septembre 2021, munie d'un visa de long séjour " étudiant " valant titre de séjour, valable jusqu'au 4 août 2022. Ce titre de séjour étudiant a été renouvelé pour la période du 5 août 2022 au 4 août 2023. Mme C a présenté, le 2 août 2023, une demande tendant au renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 29 mars 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs aux décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, sous-préfet de Palaiseau, qui, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-084 du 4 mars 2024 publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, aisément accessible sur le site internet de la préfecture, a reçu délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de Mme C, faisant, en particulier, mention des éléments portant sur la conduite de ses études supérieures en France. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé, sans qu'il puisse être reproché à la préfète de ne pas avoir mentionné l'ensemble des éléments ayant trait à la situation de l'intéressée, notamment en ce qui concerne son état de santé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté procèderait d'un examen incomplet de la situation personnelle de Mme C, l'absence de mention, dans l'arrêté, des éléments ayant trait à son état de santé n'impliquant pas leur absence de prise en compte par la préfète, à supposer d'ailleurs que ces éléments aient été transmis aux services de la préfecture. De même, si l'arrêté mentionne la présence d'une sœur en France, en lieu et place de celle d'un frère, une telle inexactitude, qui constitue une erreur matérielle dépourvue d'incidence sur le sens des décisions prises, ne peut être regardée comme révélant l'absence d'examen complet de la situation de l'intéressée.
Sur les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et le caractère cohérent de ces études.
6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de renouveler le titre de séjour étudiant délivré à Mme C, la préfète s'est fondée sur son manque de progression dans les études. Il ressort des motifs non contestés de l'arrêté que Mme C, inscrite en première année de licence de langue étrangères appliquées d'abord au sein de l'université de Paris Sorbonne, a été ajournée au terme de l'année universitaire 2021-2022. Il en ressort également qu'elle a été ajournée au terme de l'année universitaire 2022-2023 au cours de laquelle elle a suivi la même formation au sein de l'université de Paris-Saclay. La requérante fait valoir que d'importants problèmes de santé, caractérisés notamment par une anémie liée à des ménorragies ayant nécessité plusieurs transfusions sanguines, l'ont empêchée de suivre avec assiduité ses enseignements et de se présenter aux examens. Toutefois, si ces problèmes de santé, d'ailleurs pris en compte par l'université dans le cadre d'un aménagement des modalités d'examens et de contrôles continus, impactent sans aucun doute la vie de l'intéressée, ils ne peuvent, à eux seuls, expliquer l'absence de toute progression de Mme C au cours de ces deux années d'études, alors, par ailleurs, qu'il ressort des pièces du dossier que celle-ci a déclaré exercer une activité d'aide-ménagère et de garde d'enfants. Il n'est donc pas établi que la préfète aurait procédé à une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que la décision de refus de séjour serait, de ce point de vue, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée, qui ne se prévaut d'aucune autre considération au soutien de ce moyen.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. D'une part, si la requérante se prévaut des mêmes considérations que celles énoncées au point 6 ci-dessus, celles-ci ne permettent pas d'établir que la décision attaquée qui indique qu'elle ne méconnaît pas les dispositions précitées porterait, de ce point de vue, au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par cette décision. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme C est entrée en France en 2021, soit récemment. Enfin, elle ne conteste pas disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, l'intéressée a été mise à même de présenter ses observations à l'occasion de l'examen de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Par ailleurs, elle ne soutient pas avoir été empêchée de présenter des observations préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement dont est assorti ce refus de titre de séjour. Par suite, Mme C n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise au terme d'une procédure non contradictoire.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision attaquée, doivent être écartés.
Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre à l'appui de son recours formé contre la décision portant fixation du pays de renvoi dont celle-ci est assortie.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E C et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Mathou, première conseillère,
- Mme Milon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Milon
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026