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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403034

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403034

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, deux mémoires et des pièces, enregistrés les 12 et 29 avril, 16 et 22 mai 2024, M. B A, représenté par Me Kacou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour étudiant ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux demandes de carte de séjour portant la mention " étudiant " présentées par des ressortissants ivoiriens dont la situation est régie par les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation du caractère sérieux du suivi de ses études, le défaut d'obtention de sa licence 3 étant exclusivement imputable à des difficultés familiales et financières qu'il a eu à subir au cours de l'année universitaire en cause ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi sont illégales par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et disproportionnée.

La procédure a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 23 mai 2024, la clôture d'instruction a été reportée, en dernier lieu, au 31 mai 2024 à 10 heures.

Par courrier du 17 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants ivoiriens qui sollicitent la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée des stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992, publiée par décret n° 95-436 du 14 avril 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bartnicki,

- et les observations de M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 26 juin 2001, est entré en France le 4 septembre 2019 sous couvert d'un visa un séjour portant la mention " étudiant " valable du 26 août 2019 au 26 août 2020. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " du 17 février 2021 au 16 décembre 2021 dont il a demandé le renouvellement le 7 septembre 2022. Par un arrêté du 13 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En en vertu de son article L. 110-1, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'applique sous réserve " des conventions internationales ". Aux termes de l'article 4 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 susvisée : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants ivoiriens à l'entrée du territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Selon l'article 10 de cette même convention : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les ressortissants ivoiriens doivent posséder un titre de séjour. () / Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'État d'accueil. ". Enfin, aux termes de l'article 14 de cette même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats ".

3. Dès lors que les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 prévoient la délivrance de titres de séjour en qualité d'étudiant, ce cas est au nombre des points traités par la convention franco-ivoirienne au sens de l'article 14 de cette convention. La situation de M. A est donc régie par les stipulations de son article 9. Par suite, M. A, ressortissant ivoirien, est fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne ne pouvait légalement se fonder sur les seules dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ".

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. En l'espèce, la décision contestée du 13 mars 2024 trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnées de manière erronée par l'autorité préfectorale, dès lors, en premier lieu, que ces stipulations et dispositions sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver M. A, qui a été en mesure de produire des observations suite au courrier du tribunal du 17 mai 2024, d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Dans ces conditions, et ainsi qu'en ont été informées les parties en application des dispositions de l'article L. 611-7 du code de justice administrative, il y a lieu, pour le tribunal, de procéder d'office à cette substitution de base légale et d'examiner la légalité de cette décision au regard desdites stipulations.

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " de M. A, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur le manque de progression de ses études. S'il est constant que M. A n'a pas validé sa troisième année de licence 3 en économie et gestion à l'Université Paris-Saclay en 2022-2023 après avoir validé ses deux premières années de licence, il ressort toutefois des pièces produites, particulièrement de trois attestations circonstanciées de proches de M. A, que cet échec est exclusivement imputable à des difficultés financières et familiales qu'il a eu à connaitre au cours de l'année universitaire en cause. Il justifie en outre s'être inscrit, dès que sa situation financière le lui à nouveau permis, dans une nouvelle formation Bachelor 3 Finance-Spring 2024 pour l'année universitaire en cours à la date de l'arrêté attaqué et dont il s'était déjà, à cette date, acquitté des frais de scolarité. Il produit par ailleurs un relevé d'assiduité de suivi de cette formation du 11 mars 2024 au 18 mai 2024, ainsi qu'une attestation établie par la directrice de l'établissement attestant du sérieux de ce suivi. Si ces derniers éléments sont pour partie postérieurs à l'arrêté attaqué, ils témoignent toutefois du caractère sérieux de l'inscription de l'intéressé au sein de cette nouvelle formation. Dans ces conditions, en estimant, au seul vu de l'unique échec dont l'intéressé a fait l'objet en 2023, qu'il ne justifiait pas d'une progression effective dans ses études, ni de leur caractère réel et sérieux, la préfète de l'Essonne a commis une erreur d'appréciation.

7. Il résulte ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Essonne délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement, à M. A, d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne ou à tout autre préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de délivrer à M. A un titre de séjour mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Bartnicki

Le président,

Signé

R. Féral La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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