mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2403057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, M. B A, représenté par Me Champain, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui accorder un rendez-vous afin de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ainsi que de lui délivrer un récépissé de cette demande, l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie au regard du délai déraisonnable de traitement de sa demande ; il est placé en situation de précarité et exposé à une mesure d'éloignement, alors qu'il remplit les conditions lui permettant de se voir délivrer un titre de séjour ; il justifie d'une circonstance particulière, tenant au risque de perdre le bénéfice d'une promesse d'embauche, impliquant qu'il soit prioritairement fait droit à sa demande ;
- la mesure qu'il sollicite est utile dès lors qu'il se trouve dans l'impossibilité de justifier de la régularité de son séjour en France et en ce qu'elle constitue le seul moyen de permettre l'examen de sa demande ; il justifie du dépôt d'une demande de rendez-vous, déclarée complète par la préfecture ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet des Yvelines, représenté par Me Rannou, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de trois mois lui soit accordé pour fixer un rendez-vous à M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 16 janvier 2001, déclare être entré sur le territoire français le 14 janvier 2019. Il expose avoir sollicité le 5 juillet 2023, auprès du préfet des Yvelines, la régularisation de sa situation, mais qu'aucun rendez-vous ne lui a été proposé. Il demande, en conséquence, au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui fixer un rendez-vous, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, afin qu'il puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour, ainsi que de lui délivrer un récépissé de sa demande de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. Il résulte de l'instruction, que le préfet des Yvelines a mis en place, pour les premières demandes de titre de séjour, une procédure de présentation des demandes par courriel.
6. En l'espèce, M. A a déposé le 5 juillet 2023 seulement une demande de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, qui a été déclarée complète le 11 août 2023 par la préfecture des Yvelines. Si le requérant fait état de nombreuses et vaines relances auprès de la préfecture, il résulte toutefois de l'instruction que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire le 14 janvier 2019 selon ses déclarations et a été embauché de manière ininterrompue par plusieurs sociétés à compter du mois d'avril 2019 alors même qu'il ne disposait pas d'un titre de séjour. Il n'a par ailleurs entrepris de démarches pour sa régularisation que plus de quatre ans après sa première embauche et son entrée sur le territoire. Ainsi, quand bien-même il dispose d'une promesse d'embauche de la société " Balde Echafaudage Etaiement ", M. A, qui s'est lui-même placé dans la situation dont il se prévaut pour solliciter l'injonction au préfet de le convoquer, ne justifie pas d'une situation d'urgence à obtenir un rendez-vous sans que l'ordre d'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour d'autres ressortissants étrangers en fonction de leur date de dépôt soit respecté.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet des Yvelines.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Versailles, le 7 août 2024.
Le juge des référés,
signé
R. Féral
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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