mardi 30 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2403070 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 18 avril 2024, M. B A, représenté par Me Compin, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet des Yvelines d'examiner sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, de lui délivrer un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler, dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la condition d'urgence est remplie au regard du délai déraisonnable de traitement de sa demande ; il est placé en situation de précarité, alors qu'il remplit les conditions lui permettant de se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ; il risque de perdre son emploi, à défaut de présentation d'un titre de séjour valable ; le dernier récépissé qui lui a été remis arrive à expiration le 21 avril 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet des Yvelines, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 22 août 1992, est entré sur le territoire français en septembre 2018. Il déclare avoir sollicité un titre de séjour en qualité de salarié le 19 décembre 2021. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Yvelines de se prononcer sur sa demande de titre de séjour, ainsi que de lui fixer un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé l'autorisation à travailler, dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que M A a été reçu par les services de la préfecture des Yvelines qui a enregistré sa demande de titre de séjour le 5 janvier 2023 et lui a délivré quatre récépissés depuis cette date. Dès lors, la mesure sollicitée par M. A tendant à ce qu'il soit fait injonction au préfet des Yvelines de lui délivrer un rendez-vous afin de pouvoir déposer sa demande de titre de séjour est dépourvue d'utilité.
6. D'autre part, M. A, s'est vu remettre plusieurs récépissés dont le dernier expirait le 21 avril 2024. Le requérant ne justifie pas avoir vainement tenté avant cette date, ni même après d'ailleurs, d'en obtenir le renouvellement. En outre, au regard du titre de séjour dont il demande la délivrance, l'intéressé ne peut légalement prétendre, en application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler pendant la durée d'instruction de sa demande. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas d'une situation d'urgence quant à sa demande d'injonction de délivrance d'un récépissé.
7. Enfin, l'absence de réponse de l'administration dans le délai de quatre mois suivant la réception de la demande de délivrance d'un titre de séjour a eu pour effet de faire naître une décision implicite de rejet, quand bien même l'administration lui a délivré des récépissés après l'expiration de ce délai. Au demeurant, la demande de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Yvelines de statuer sur sa demande de titre de séjour excède la compétente du juge des référés, dont l'office lui permet uniquement de prononcer des mesures provisoires, conformément à l'article L. 511-1 du code de justice administrative.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celle présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 30 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
R. Féral
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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