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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403071

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403071

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Matouandou Massengo, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé lui permettant de travailler ou, à défaut, lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous l'empêche de déposer une demande de renouvellement de titre de séjour et la maintient ainsi dans une situation de séjour irrégulier l'exposant à une mesure d'éloignement ; elle risque de se trouver privée d'emploi alors qu'elle doit subvenir aux besoins de sa famille ;

- les mesures sollicités sont utiles, dès lors qu'elle se trouve dans l'impossibilité de justifier de la régularité de son séjour en France, pourtant nécessaire pour travailler ;

- les mesures sollicités ne font pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 19 décembre 1989, s'est vue remettre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 30 mars 2023 au 29 mars 2024. Elle en a sollicité le renouvellement, le 5 janvier 2024, par le biais du téléservice de l'Administration Numérique pour les Etrangers en France (ANEF), qui lui a délivré le même jour une confirmation du dépôt de cette demande de renouvellement. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, ainsi que d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé lui permettant de travailler ou, à défaut, une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

En ce qui concerne la demande de fixation d'un rendez-vous :

5. Il résulte de l'instruction, notamment de la confirmation du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour du 5 janvier 2024, que Mme B a déjà déposé celle-ci " avec succès " sur le téléservice ANEF. Dans ces conditions, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à la requérante un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour sont dépourvues d'utilité.

En ce qui concerne la demande de délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler ou d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande :

6. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

7. Outre qu'il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à une autorité administrative de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, quand bien même il serait soutenu que cette délivrance serait de plein droit, l'absence de délivrance d'un récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction de la requérante après un délai de quatre mois, comme de toute demande de documents complémentaires susceptible de rouvrir le délai d'instruction, ne peut que révéler l'existence, à cette date, d'une décision implicite de rejet opposée par la préfète de l'Essonne à cette demande.

8. Eu égard à l'intervention de cette décision implicite de rejet, la demande formée par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne revêt plus aucun caractère d'utilité et est, au surplus, de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celle présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 30 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

R. Féral

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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