mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2403079 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 14 avril et 16 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Mengelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, " vie privée et familiale ", au besoin avec astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît ces mêmes dispositions ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par ordonnance du 16 mai 2024, la clôture d'instruction a été reportée, en dernier lieu, au 24 mai 2024 à 10H.
Un mémoire en défense a été présenté le 12 juin 2024 par la préfète de l'Essonne et n'a pas été communiqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bartnicki,
- et les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante togolaise née le 28 janvier 1998, est entrée en France, alors titulaire d'un titre de séjour italien, le 30 novembre 2017. Elle a bénéficié d'un titre de séjour mention "étudiant" du 4 février 2021 au 3 février 2022 dont elle a sollicité le renouvellement le 20 janvier 2022, sa demande ayant été enregistrée en dernier lieu le 3 janvier 2023 sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". République. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée en France alors qu'elle était encore mineure pour y suivre des études, justifie d'une ancienneté de séjour de six ans et demi à la date de l'arrêté attaqué durant lesquels elle est parvenue à obtenir plusieurs diplômes, y compris durant la période de crise sanitaire et bien qu'hébergée dans des conditions précaires. Elle a ainsi obtenu un brevet d'études professionnelles - Métiers des services administratifs le 4 juillet 2019, un baccalauréat professionnel - spécialité Gestion-administration avec la mention Bien le 21 juillet 2020 ainsi qu'un brevet de technicien supérieur - spécialité Support à l'action managériale, le 12 juillet 2022. Ses relevés de notes et commentaires associés témoignent du sérieux du suivi de ses études. Elle justifie en outre avoir exercé une activité professionnelle en parallèle de ses études en qualité de femme de chambre et d'agent de propreté et s'est particulièrement impliquée dans la vie associative bénévole auprès de plusieurs associations ainsi que de la réserve communale de sécurité civile de la commune de Linas. Elle s'est formée à cette fin et a obtenu un certificat de compétences de citoyen de sécurité civile - PSC1 le 19 novembre 2022 et une attestation de formation Incendie, manipulation des extincteurs le 25 novembre 2023. Mme B justifie enfin de l'obtention le 2 mai 2024 d'un certificat " entretenir un espace paysager, végétaliser un espace paysager " ainsi que d'une promesse d'embauche du 25 avril 2024 à l'appui en qualité de travailleuse intérimaire ouvrière paysagiste. Si ces éléments sont postérieurs à l'arrêté attaqué, ils s'inscrivent toutefois dans la continuité du parcours de Mme B qui témoigne de ses efforts constants d'insertion au sein de la société française. Cette volonté constante d'insertion ressort également des attestations particulièrement circonstanciées produites à son soutien et émanant notamment de la directrice du lycée professionnel où elle a obtenu son baccalauréat qui témoigne du " grand investissement " de l'intéressée au sein de sa formation et souligne qu'elle " s'est fait remarquer pour son comportement exemplaire ", d'une assistante de formation à l'AFPA qui témoigne de ce que Mme B a été une stagiaire sérieuse, assidue et très professionnelle dans le cadre de sa formation d'ouvrier du paysage ainsi que d'un chef d'établissement honoraire qui a suivi son parcours à compter de 2019 et de la présidente de l'association AGAPE de l'EPVVC qui accompagne les femmes migrantes hébergées à Massy pour le compte du 115 et dans laquelle Mme B s'est particulièrement investie. Dans ces conditions, Mme B établit qu'elle a créé une vie privée en France telle que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision du préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Essonne délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à Mme B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B, la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
Mme Bartnicki, première conseillère,
Mme Ghiandoni, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Bartnicki
Le président,
Signé
R. Féral
La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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