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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403562

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403562

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 27 avril 2024, le 23 mai 2024 et le 28 mai 2024, M. A, représenté par Me Magdelaine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer à ce titre un récépissé de titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors que ses deux enfants ne sont pas issus de la même union contrairement à ce qui est indiqué par la préfète ;

- il méconnaît l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnaît le principe du contradictoire posé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Fruneau, substituant Me Magdelaine représentant M. A, présent, qui fait valoir qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur l'intégration en France de M. A, qui est le père de deux enfants français, que la circonstance qu'il constitue une menace à l'ordre public est infondée dès lors qu'il conteste les faits d'agression sexuelle envers son ex-conjointe qui lui sont reprochés et qu'il s'est acquitté de son amende pour les autres faits retenus, au demeurant anciens. Il souligne également qu'il est atteint d'une hépatite B et que le défaut de traitement, inaccessible en Guinée, engagerait son pronostic vital ;

- la préfète du Bas-Rhin n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 18 décembre 1988 à Macenta (Guinée), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

3. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990, " " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. En l'espèce, en premier lieu, M. A se borne à faire valoir qu'il est le père d'une enfant de nationalité française née en juillet 2015, qu'il verse une pension mensuelle à la mère de l'enfant de 80 euros par mois fixée par un jugement du tribunal judiciaire de Paris du 16 décembre 2021, et participe au paiement d'un séjour éducatif et est le destinataire de bulletins scolaires, sans établir, ni même alléguer, qu'il rendrait visite à cette enfant. En deuxième lieu, si M. A se prévaut de son union avec Mme C B, ressortissante française, de laquelle est né son deuxième enfant le 7 février 2024, il ressort des pièces du dossier que la vie commune avec Mme B est récente, datant au plus tôt de la fin de l'année 2023 et l'intéressé n'établit pas contribuer à l'entretien de l'enfant. Enfin, si le requérant soutient que l'offre de soins dans son pays d'origine ne lui permettra pas d'y bénéficier effectivement d'un traitement approprié contre l'hépatite B dont il souffre, il se borne à faire valoir à l'appui de cette allégation, outre des éléments généraux sur les limites du système de soins en Guinée, que ce pays ne disposerait pas du médicament antiviral " Tenofovir " qui lui a été prescrit, ou de médicaments au principe actif identique ou aux effets analogues aux produits dont il a besoin. Dans ces conditions, la préfète n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision de refus de séjour a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'a d'avantage méconnu l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

6. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'elle indique qu'il est séparé de la mère de ses deux enfants et qu'il est sans domicile fixe, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur les autres circonstances retenues.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que, pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, la préfète du Bas-Rhin s'est notamment fondée sur le risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, risque qu'elle a regardé comme caractérisé sur le fondement des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. A ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'est soustrait à une précédence mesure d'éloignement délivrée le 7 mars 2017. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Eu égard aux circonstances indiquées au point 4 du présent jugement, M. A, entré en France en 2015 et s'y étant maintenu sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour avant avoir fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour le 6 avril 2023, ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Dans ces conditions, alors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ne peut se prévaloir en l'espèce de l'existence de circonstances humanitaires. Par suite la préfète du Bas-Rhin, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2024 de la préfète du Bas-Rhin. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. E Le greffier,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 240356

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