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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403626

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403626

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. E, ressortissant égyptien, qui demandait l'annulation des arrêtés du préfet de police du 5 février 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de 36 mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen de la situation personnelle, estimant que les décisions étaient légalement fondées. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 avril 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A E.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 5 février 2024, M. E demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de police du 5 février 2024 l'ayant obligé à quitter le territoire français, ayant fixé son pays de destination et ayant refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, ainsi que l'arrêté du même jour ayant prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer le dossier du requérant et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises par des autorités incompétentes ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne représente aucune menace à l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision fixant son pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que ses moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lutz, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, également connu sous le nom de A C, est ressortissant égyptien né le 10 décembre 1993. Suite à son interpellation pour des faits délictuels, le préfet de police lui a notifié le 5 février 2024 un premier arrêté l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire et fixant son pays de destination et un second prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Par sa requête, M. E demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par M. B D, attaché d'administration au bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture de police, qui a reçu délégation de signature à cette fin par arrêté du 29 novembre 2023, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les arrêtés litigieux visent les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, et notamment sa situation administrative et pénale, ainsi que les autres éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi. S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet a relevé qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, qu'il est célibataire et sans enfants à charge, qu'il présente une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas d'ancienneté sur le territoire français. Il a ainsi exposé les éléments sur lesquels il s'est fondé pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, cette décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés des insuffisances de motivation ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions des arrêtés attaqués, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné le 5 février 2024 par le tribunal correctionnel de Paris à la peine de 18 mois d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle commis par une personne agissant sous l'emprise manifeste de produits stupéfiants, faits commis le 3 février 2024 dans un bus. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces faits, au regard de leur gravité et des conditions de leur commission, sont constitutifs d'une menace à l'ordre public. C'est donc sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'audition de M. E en garde à vue que ce dernier est célibataire et sans enfants à charge. Il déclare travailler en tant qu'intérimaire, sans contrat et donc en situation irrégulière, et être domicilié en Belgique. Il ne fait par ailleurs état d'aucun lien sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions ont été prises.

11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué par M. E qu'il serait, en cas de renvoi vers le pays dont il a la nationalité, exposé à risque de traitement inhumain ou dégradant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le président,

Signé

O. Mauny

Le rapporteur,

Signé

F. Lutz

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403626

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